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Benjamin Lucas-Lundy : "Dire que LFI est non républicaine, c'est une honte !"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Primaire de la gauche, carburants, projet de loi d'urgence agricole : Benjamin Lucas-Lundy, député Génération.s des Yvelines et candidat à la primaire unitaire de la gauche, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Benjamin Lucas-Lundy
Benjamin Lucas-Lundy interviewé par Benjamin Glaise sur Sud Radio, le 25 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Primaire unitaire de la gauche, candidature de Jean-Luc Mélenchon, polémique autour de François Ruffin, positionnement de Raphaël Glucksmann, prix des carburants, loi d’urgence agricole, concerts de Patrick Bruel et débat sur le nucléaire. Au micro de Sud Radio, Benjamin Lucas-Lundy a répondu aux questions de Benjamin Glaise.

Primaire unitaire de la gauche : "Mon objectif c’est qu’au premier tour de l’élection présidentielle nous ayons un seul bulletin de vote"

Maxime Lledo pour Sud Radio : La primaire unitaire de la gauche aura-t-elle bien lieu ?
Benjamin Lucas-Lundy : “J’espère, parce qu’on a besoin aujourd’hui de trouver des solutions, un cadre de débat démocratique et de donner la parole au peuple de gauche. J’ai présenté cette candidature pour être le porte-parole de cette génération Nouveau Front populaire qui a empêché l’extrême droite d’arriver au pouvoir en juillet 2024. Cette majorité relative à l’Assemblée nationale nous donne une grande responsabilité. Cette primaire doit être une étape pour construire le rassemblement de toute la gauche et des écologistes.”

De qui à qui doit aller ce rassemblement ?
“De tout le monde, comme on l’a fait avec le Nouveau Front populaire. Il y avait tout le monde, de Place publique à La France insoumise, et moi ça m’allait très bien. La gauche et les écologistes rassemblés peuvent porter un programme de transformation radicale de la société. Il y a des urgences qui le nécessitent et c’est comme ça qu’on peut l’emporter.”

Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve ou Jean-Luc Mélenchon ne veulent pas tous entendre parler de cette primaire. À quoi sert-elle ?
“Le 9 juin 2024, après la dissolution, beaucoup disaient qu’il n’y aurait jamais d’alliance avec La France insoumise. Une partie du Parti socialiste disait aussi qu’il faudrait s’affronter dans toutes les circonscriptions. Et puis nous avons fait le Nouveau Front populaire, parce qu’il y avait une aspiration citoyenne à ne pas laisser le pays à l’extrême droite. Nous avons montré qu’unis, nous pouvions aller chercher des victoires que nous n’aurions jamais obtenues divisés.”

Les municipales ont-elles montré que l’unité de la gauche était difficile à construire ?
“Elle s’est faite au deuxième tour dans beaucoup de villes, y compris chez ceux qui disaient qu’ils ne s’allieraient pas avec les uns ou avec les autres. Mon objectif, c’est qu’au premier tour de l’élection présidentielle nous ayons un seul bulletin de vote de la gauche et des écologistes. Il faut empêcher l’extrême droite de l’emporter, être présents au second tour et gagner. Aujourd’hui, il y a besoin de changement, de partage des richesses, d’égalité et de combat contre le racisme et les discriminations.”

Avez-vous une date pour cette primaire unitaire de la gauche ?
“On a prévu le 11 octobre, ça laisse du temps. Si elle a lieu avec tout le monde, tant mieux, cela règle le problème. Si tout le monde n’y est pas, elle doit constituer un point d’étape pour aller ensuite dialoguer avec les autres. Il faut un seul bulletin de vote de la gauche et de l’écologie pour augmenter nos chances de victoire et tourner la page de dix ans de macronisme.”

"Avec sa bande dessinée, François Ruffin a fait une faute"

François Ruffin est-il discrédité par la polémique autour de sa bande dessinée ?
“Je l’ai entendu reconnaître une erreur, mais moi je pense que c’est une faute. Plusieurs points qui se suivent forment une ligne, et cette bande dessinée pose problème. On ne combattra pas la haine raciste, nationaliste et xénophobe en n’étant pas très fort sur le combat antiraciste. Dans cette lutte pour l’existence de notre République et de ses valeurs, on ne peut pas faire la moindre erreur.”

François Ruffin reste-t-il légitime dans cette primaire ?
“Tout le monde est légitime, mais je combats la ligne qu’il porte sur ces sujets-là. Nous avons besoin d’être exemplaires sur le combat antiraciste et la lutte contre les discriminations. C’est aujourd’hui une question centrale dans l’affrontement avec l’extrême droite. Il faut être au clair sur ce que l’on dit et sur ce que l’on fait ensemble.”

"J’invite Jean-Luc Mélenchon à participer à la primaire unitaire de la gauche. S’il la gagne, il est notre candidat"

Jean-Luc Mélenchon est-il le seul à pouvoir amener la gauche au second tour de la présidentielle ?
“C’est pourquoi je l’ai invité à venir participer à cette primaire, et que s’il la gagne, il est notre candidat. Je ne fais pas partie de ceux qui veulent construire la gauche non mélenchoniste. Je n’ai aucune difficulté à être allié de La France insoumise, avec qui nous votons beaucoup de textes en commun à l’Assemblée nationale. Nous avons la même aspiration à construire une société plus juste, à engager une bifurcation écologique, sociale, démocratique et radicale.”

Jean-Luc Mélenchon seul peut-il réussir ?
“Personne ne peut réussir seul. Si la gauche est divisée, soit elle ne sera pas au second tour, soit elle n’aura pas construit la dynamique suffisante pour gagner. Il faut convaincre une majorité de Françaises et de Français. Jean-Luc Mélenchon a su construire ce rassemblement en 2022 avec la Nupes, et il faut retrouver ce chemin.”

"Dire que La France insoumise est non républicaine, c’est une honte"

La France insoumise reste-t-elle un repoussoir, y compris à gauche ? Certains la qualifient de non républicaine.
“Absolument pas, c’est une honte. Il y a une opération qui dure depuis des années pour diaboliser La France insoumise, comme cela a pu viser les écologistes ou les communistes. Une partie du grand patronat et de la droite a toujours voulu juger la gauche illégitime à gouverner. Tout cela vise à banaliser l’extrême droite raciste et xénophobe de Marine Le Pen et Jordan Bardella.”

Le Rassemblement national peut-il arriver au pouvoir en 2027 ?
“Je veux tout faire pour éviter que l’extrême droite l’emporte en 2027. Cette insurrection doit être citoyenne, civique, pacifique. Elle doit se passer dans les urnes. Pour cela, il faut un bulletin de vote de l’union de la gauche et des écologistes.”

"Il faut une gauche qui n’est pas la gauche de François Hollande et de Raphaël Glucksmann"

Raphaël Glucksmann refuse de participer à cette primaire. Est-il selon vous un nouveau Macron ?
“Je veux l’union de tout le monde, donc je m’efforce de ne pas dire du mal des personnes. J’ai des désaccords avec Raphaël Glucksmann, par exemple quand il dit qu’il faudra travailler plus ou qu’on ne produit pas assez. Ce n’est pas mon logiciel. Je suis aussi en désaccord avec sa proposition de service national obligatoire, car l’adhésion à la nation ne se construit pas par la contrainte.”

Raphaël Glucksmann est-il tout de même de gauche ?
“Ce n’est pas ma gauche, c’est une gauche beaucoup plus light, beaucoup plus modérée, mais c’est de gauche. Nous partageons un certain nombre de valeurs. Ce que je souhaite, c’est un projet de gauche comme la Nupes ou le Nouveau Front populaire, un projet de rupture et de transformation de la société. Il faut aller loin, notamment sur la rente, l’héritage et la concentration du patrimoine.”

Est-ce donc une gauche Hollande et Glucksmann que vous refusez ?
“Il faut une gauche qui n’est pas la gauche de François Hollande et de Raphaël Glucksmann. Il faut une gauche qui assume une confrontation avec le monde libéral. Il faut une gauche qui veut transformer radicalement la société. Monsieur Glucksmann donne plus souvent l’impression de draguer ce qui reste de la Macronie plutôt que de reconstruire le lien entre le peuple et la gauche.”

Raphaël Glucksmann est-il le nouveau Macron ?
“Non, parce qu’il n’inscrit pas du tout sa démarche de la même façon qu’Emmanuel Macron. On a déjà souffert dix ans de macronisme, je ne vais pas inventer des Macron là où il n’y en a pas. Monsieur Attal est un nouveau Macron, par exemple. Monsieur Glucksmann, encore une fois, c’est une gauche qui n’est pas la mienne, mais ça reste la gauche.”

Carburants : "Monsieur Lecornu fait la manche auprès de Total"

Les aides annoncées sur les carburants constituent-elles une bonne politique ?
“Non, elle n’est pas bonne, parce que les Françaises et les Français continuent à tirer la langue quand ils vont faire le plein. On voit des annonces dont on ne voit pas la couleur concrètement sur le pouvoir d’achat, notamment pour les classes moyennes et populaires. Le gouvernement se trompe de diagnostic. On savait que ces chocs pétroliers allaient arriver et on a perdu dix ans avec dix ans de macronisme sans transition écologique suffisante.”

Le gouvernement sert-il les intérêts des pétroliers ?
“Aujourd’hui, dans la politique qui est la leur, ils servent concrètement les intérêts des multinationales et des pétroliers. Si on veut agir sur les prix à la pompe, il faut bloquer puis contrôler les prix. Monsieur Lecornu fait la manche auprès de Total alors qu’il a des instruments. On peut aller chercher dans les superprofits et les dividendes des actionnaires de Total pour soulager le portefeuille de nos concitoyens.”

Faut-il une loi de finances rectificative ?
“Oui, il faut que le Parlement décide, mais nous avons un désaccord philosophique majeur avec monsieur Lecornu. Lui veut baisser la dépense publique, ce qui veut dire réduire les services publics et les solidarités. Nous considérons qu’il faut augmenter les dépenses là où il y a des besoins urgents. Pour cela, il faut aller chercher des recettes chez les milliardaires et les ultrariches.”

Faut-il regarder du côté des aides publiques aux grandes entreprises ?
“Il y a 211 milliards d’euros d’aides publiques aux grandes entreprises qui ne sont ni conditionnées, ni contrôlées, ni plafonnées. On pourrait regarder cela pour mieux gérer l’argent public. Je ne dis pas qu’il faut supprimer toutes les aides publiques. Mais il faut aujourd’hui une puissance publique qui agisse et un choc de partage et d’égalité.”

Nucléaire : "Il faut un grand débat sur l’avenir de notre énergie"

Voterez-vous la loi d’urgence agricole ?
“Non, parce que ce n’est pas une loi qui répond aux vraies urgences des agricultrices et des agriculteurs. Elle ne va pas leur permettre de vivre dignement. C’est une loi dictée par les lobbies, notamment celui de l’agro-industrie. Nous voulons une agriculture paysanne, moteur de la transition écologique, qui sorte de la dépendance aux pesticides et des politiques absurdes de gestion de l’eau.”

La simplification administrative peut-elle aller avec l’écologie ?
“Ça dépend de quelles normes et de quelles démarches on parle. Aujourd’hui, cette loi simplifie surtout pour les plus gros, pour les industries, pas pour les paysannes et les paysans. Leur principale revendication, c’est de vivre dignement de leur travail. Ces obsessions de simplification sont souvent des obsessions de détricotage de ce qui protège notre environnement et nos droits sociaux.”

Faut-il annuler les concerts de Patrick Bruel, visé par plusieurs enquêtes pour viol et agression sexuelle et toujours présumé innocent ?
“Oui, il faut annuler ces concerts et appeler au boycott. La présomption d’innocence s’applique du point de vue du droit, je ne la remets pas en cause. Mais un concert donne à Patrick Bruel de la force pour imposer son récit et mépriser la parole des victimes. Avant le droit, il y a aussi la morale et l’éthique.”

Faut-il un référendum sur le nucléaire ?
“Ce qui est certain, c’est qu’il faut un grand débat sur l’avenir de notre énergie. Est-ce qu’il faut un référendum ? Je ne le sais pas. Je suis idéologiquement anti-nucléaire, car c’est une énergie dangereuse, mais je constate aussi qu’on a besoin de décarboner rapidement. On ne sortira pas du nucléaire dans le prochain quinquennat, et je ne crois pas que ce soit souhaitable.”

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