Au micro de Sud Radio, Emmanuel Duteil explique que la source de la fortune des milliardaires est fondamentalement différente en France et aux États-Unis.
Emmanuel Duteil : "Les Américains ont su gagner le match de la 'nouvelle économie'"
Maxime Lledo : Qu'est-ce qui distingue le classement de cette année des classements précédents ?
Emmanuel Duteil : Ce qui est étonnant, c'est les paradoxes. Il n'y a jamais eu autant de milliardaires dans notre classement que cette année : on a 153 milliardaires sur les 500 fortunes que nous avons listées. Et pourtant, la fortune globale recule pour la deuxième année consécutive. Bien évidemment, la crise en Iran a joué sur certaines valeurs boursières…
Maxime Lledo : Qu'est-ce qui fait que nous, en Europe, on est plus faibles pour accueillir les grosses fortunes ?
Emmanuel Duteil : Ce qui fait la différence, si vous regardez les grands classements américains, vous avez Elon Musk et Bill Gates. C'est-à-dire des gens qui ont fait fortune dans ce que nous, nous n'avons pas pu suffisamment faire, à savoir gagner le match de ce qui était à l'époque "la nouvelle économie" : on n'a pas Google ni SpaceX ni Tesla en France. Ce qui explique leur succès, c'est qu'ils se sont positionnés sur des marchés où il y a des milliards d'euros disponibles. Regardez la récente entrée en Bourse de SpaceX : jamais une introduction en Bourse n'avait fait autant d'argent à des humains.
En revanche, tout comme les Allemands, on a dans notre classement des familles qui sont investies depuis très longtemps dans leur activité. Il y a par exemple Mulliez, le fondateur d'Auchan, la galaxie Decathlon, et puis une myriade d'autres marques qui sont dans le quotidien des Français. On a souvent l'impression que ces grandes fortunes sont dématérialisées, on ne sait pas trop qui est derrière toutes ces enseignes… Et quand vous listez ces 150 milliardaires, vous voyez que c'est un peu notre vie de tous les jours qui est représentée dans cette forme de réussite à la française.
"Il n'y a pas un seul candidat à la présidentielle qui soit allé en Chine"
Maxime Lledo : Il y a dans notre pays un sentiment d'injustice fiscale : on a l'impression que certains sont tout en haut, profitent de tout tout le temps. Et il y a ceux qui travaillent, qui galèrent, ceux qui ont la sensation de ne pas bien gagner leur vie…
Emmanuel Duteil : Les deux sont vrais. Qu'il y ait des grandes fortunes françaises qui vivent plutôt bien et qui, par le biais de montages, réussissent à payer le juste impôt mais s'en sortent plutôt bien au final, il n'y a pas de doutes. Tout comme il n'y a pas de doutes que beaucoup de Français ont des difficultés à terminer leurs fins de mois parce qu'inflation, parce que chômage qui repart, parce que doutes sur la pérennité de leur emploi, avec le déploiement de l'IA un peu partout… Les deux sont totalement vrais. Et ce sera la mission du futur président de la République de trouver une réponse à cela.
Maxime Lledo : Le prix Nobel de l'Économie, Philippe Aghion, disait que les politiques ne comprennent rient à l'économie…
Emmanuel Duteil : À ma connaissance, il n'y a pas un seul candidat à la présidentielle qui soit récemment allé en Chine pour voir ce qui s'y passe. On est complètement arriérés par leur développement technologique. Nous avons perdu la guerre technologique par rapport à la Chine. Quand on veut relancer industriellement la France, il faut savoir ce qui est possible ou pas possible par rapport à ce que font les autres. Pour beaucoup d'entre eux, la France est la France, et ça leur suffit. Et je suis effaré par cela.
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