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D'éternel outsider à nation majeure, comment le Maroc est devenu une puissance du football mondial ?

DECRYPTAGE SUD RADIO - Porté par une stratégie de long terme, une formation ambitieuse et une génération dorée, le Maroc s'est indéniablement imposé comme l’une des nouvelles puissances du football mondial.

FRANCK FIFE - AFP/Archives

Longtemps considéré comme une nation capable de coups d’éclat, mais encore éloignée des géants historiques du football, le Maroc a changé de dimension. En quelques années, les Lions de l’Atlas sont passés du statut d’outsider respecté à celui de véritable force mondiale, à tel point que les Bleus ont toutes les raisons de les craindre avant de les affronter en quart de finale de cette Coupe du monde 2026, ce jeudi soir.

Une transformation qui ne doit rien au hasard, elle repose sur une stratégie pensée sur le long terme, basée sur la formation, des infrastructures modernes, une politique sportive ambitieuse et une capacité à attirer les meilleurs talents issus de la diaspora.

Le symbole de cette métamorphose reste évidemment la Coupe du monde 2022 au Qatar. En atteignant les demi-finales, le Maroc est devenu la première sélection africaine de l’histoire à atteindre le dernier carré d’un Mondial. Une performance qui a dépassé le simple exploit sportif, elle a confirmé l’entrée du pays dans une nouvelle ère et a changé le regard porté sur le football africain. Mais cette réussite n’est pas née en quelques semaines. Elle est le résultat d’un projet construit depuis de nombreuses années.

Une révolution partie de la formation

La montée en puissance marocaine trouve d’abord son origine dans un choix stratégique, celui d'investir massivement dans la formation des jeunes joueurs. Au cœur de cette politique se trouve l’Académie Mohammed VI de football, inaugurée en 2010 près de Rabat. L’objectif était clair : créer une structure capable de former des joueurs techniquement, tactiquement et humainement, tout en offrant au pays une réserve permanente de talents.

Cette approche commence aujourd’hui à porter ses fruits. Plusieurs joueurs majeurs de la sélection actuelle sont passés par ce système ou ont bénéficié d’un environnement de formation marocain modernisé. Le pays ne cherche plus seulement à repérer des talents à l’étranger, il veut aussi les produire.

Cette stratégie tranche avec le fonctionnement de nombreuses nations africaines, souvent dépendantes de générations exceptionnelles ou de joueurs formés en Europe. Le Maroc, lui, tente de construire une véritable industrie du football.

Les infrastructures : un investissement fructueux

La transformation marocaine ne se limite pas aux centres de formation. Depuis plusieurs années, le royaume investit dans ses équipements sportifs afin de se rapprocher des standards internationaux.

Stades rénovés, centres d’entraînement performants, organisation de compétitions internationales : le Maroc revendique sa volonté de devenir une référence dans l’organisation du football sur le continent africain. Cette ambition s’inscrit notamment dans la préparation de la CAN 2025 et dans la perspective de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal.

Cette politique permet également aux clubs marocains de progresser. Des équipes comme le Wydad Athletic Club ou le Raja Club Athletic disposent d’une visibilité continentale importante et participent à renforcer l’attractivité du championnat local.

Les binationaux : une force devenue un modèle

L’autre grande réussite du Maroc réside dans sa capacité à convaincre des joueurs issus de la diaspora de porter les couleurs rouges et vertes.

Pendant longtemps, de nombreux talents possédant des origines marocaines évoluaient dans les sélections de jeunes européennes. La Fédération royale marocaine de football a progressivement développé une politique de rapprochement avec ces joueurs, en leur proposant un projet sportif clair et une identité forte.

Ainsi, de nombreux joueurs unanimement considérés comme de grands noms européens, à l'image d'Achraf Hakimi, Hakim Ziyech ou Brahim Díaz illustrent cette stratégie. Nés ou formés en Europe, et pour beaucoup en France, ils ont choisi de représenter le Maroc et d’intégrer cette sélection devenue ambitieuse.

Ce phénomène n’est pas propre au Maroc, mais le royaume a réussi à en faire un véritable avantage compétitif. Là où certains pays subissent la perte de leurs talents, le Maroc tente de créer un lien durable avec sa diaspora.

Le Maroc, nouvelle locomotive du football africain ?

Le royaume possède donc aujourd’hui plusieurs atouts de poids : une génération de joueurs de très haut niveau, une formation structurée, des infrastructures en développement et une stratégie internationale assumée.

Son ambition dépasse désormais les frontières nationales. Le Maroc veut devenir un centre majeur du football mondial, capable d’organiser les plus grandes compétitions et de produire régulièrement des joueurs de classe internationale. La route reste longue pour rejoindre les nations historiques comme la France, le Brésil ou l’Argentine. Mais le Maroc est devenu aux yeux de tous un projet footballistique cohérent, construit pour durer.

Et dans un sport où les puissances se bâtissent souvent sur plusieurs générations, le royaume semble avoir compris une règle essentielle : les grandes équipes ne naissent pas par hasard, elles se construisent.

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