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Prisca Thevenot : "Ce n'est pas parce que le RN est en tête des sondages qu'il est au-dessus de la loi"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Attal, 2027, sondages et bloc central : Prisca Thevenot, députée Ensemble pour la République des Hauts-de-Seine, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

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Prisca Thevenot, interviewée par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 6 juillet 2026, dans “L’invité politique”.

Soutien de Gabriel Attal dans la compétition interne du bloc central, ralliement de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe, stratégie présidentielle, dette publique, continuité avec Emmanuel Macron et procès de Marine Le Pen. Au micro de Sud Radio, Prisca Thevenot a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

"Gabriel Attal porte une vision d'espoir"

Jacques Cardoze pour Sud Radio : Édouard Philippe a enregistré plusieurs soutiens, dont celui de Laurent Wauquiez. Est-ce un coup dur pour le camp de Gabriel Attal ?
Prisca Thevenot : “Je suis le soutien de Gabriel Attal, pas de Bruno Retailleau, donc cette question doit aussi être posée aux Républicains. Le mercato fait beaucoup parler, mais le mercato en politique comme au football ne décrète pas qui sera gagnant au moment du transfert. Ce qui compte, c’est le terrain, au moment du match. Et ce match, nous le jouons avec Gabriel Attal, sur le terrain, auprès des Français.”

Laurent Wauquiez reste tout de même un soutien de poids pour Édouard Philippe. Cela change-t-il l’équilibre dans le bloc central ?
“Je ne veux pas rentrer dans ce jeu-là, parce que notre pays mérite un débat politique sur le fond. On pourrait parler des Républicains et de leurs cinquante nuances d’idées, qui ne sont pas toujours vraiment à droite. Ils ont parfois permis d’augmenter les impôts, de remettre en cause la place de la France en Europe, ou de ne pas soutenir la réforme des retraites. Mais le sujet n’est pas de refaire le match des années précédentes, c’est de préparer celui qui vient.”

Gabriel Attal mène donc une campagne différente de celle d’Édouard Philippe ?
“Gabriel Attal n’est pas dans les petites phrases, ni dans les petits slogans. Il est dans des vrais projets d’ambition, sur l’intelligence artificielle, sur l’école, sur les frontières, sur l’énergie ou encore sur la géothermie. C’est du concret, et c’est ce dont les Français ont besoin aujourd’hui. Cette campagne, nous allons la mener pied au plancher, non pas pour savoir qui sera au premier rang des meetings, mais pour parler aux Français.”

Gabriel Attal dans la continuité de Macron ? "On ne va pas se renier mais nous devons revoir notre façon de fonctionner"

Laurent Wauquiez avait appelé à une primaire allant de Gabriel Attal à Sarah Knafo. Cela complique-t-il le jeu au sein du bloc central ?
“C’est plutôt à Édouard Philippe qu’il faut poser la question : veut-il une primaire avec Sarah Knafo ou pas ? Pour moi, ces sujets ne sont pas à la hauteur de l’enjeu national, européen et international. L’enjeu, c’est de parler du fond, de souveraineté et de la place de la France. Nous avons le droit de faire campagne différemment, sur le fond comme sur la forme.”

Vous refusez donc la polémique directe avec Édouard Philippe ?
“Édouard Philippe n’est pas un opposant politique, c’est un partenaire politique avec qui nous avons gouverné. Est-ce qu’il y a des nuances sur le fond ? Oui, et c’est précisément sur cela que nous pouvons débattre sereinement et sainement. Il y a des différences sur l’intelligence artificielle, sur les retraites, sur l’âge de départ ou sur la part de capitalisation.”

Gabriel Attal s’inscrit-il dans la continuité d’Emmanuel Macron ?
“On ne va pas se renier. Est-ce que nous sommes libéraux économiquement, pro-européens et progressistes sur les valeurs ? Oui. En revanche, nous considérons qu’un certain nombre de sujets doivent nous conduire à revoir notre façon de fonctionner. Le monde de 2027 n’est pas le même que celui de 2017.”

"Les Français sont déjà dans l’effort"

Édouard Philippe a ironisé sur Gabriel Attal, qu’il juge trop pessimiste. Deux lignes commencent-elles déjà à s’opposer ?
“Nous considérons que les Français sont déjà dans l’effort. Ils ont déjà la sueur au coin du front quand ils se lèvent tôt le matin, quand ils rentrent tard le soir, quand ils n’arrivent pas à finir le mois correctement ou à partir en vacances. Notre enjeu n’est pas de leur dire qu’il faut encore plus d’efforts. Notre enjeu est de porter une ambition nouvelle pour dégager des marges de manœuvre financières.”

Gabriel Attal porte-t-il une vision plus optimiste ?
“Il porte une vision d’espoir. Ce n’est pas seulement moi qui le dis, ce sont les Françaises et les Français que nous rencontrons dans nos déplacements. À Montpellier, à Perpignan, et bientôt à Toulon, c’est ce qui ressort énormément. Les Français veulent du concret, pas seulement des slogans, et Gabriel Attal fixe un cap.”

Cette ambition passe-t-elle par l’intelligence artificielle ?
“Oui, parce que nous avons devant nous une révolution de l’intelligence artificielle que nous devons largement embrasser. Elle peut permettre de produire, d’innover et de retrouver des marges de manœuvre financières. L’objectif n’est pas de vivre avec la carte de crédit de nos enfants et de nos petits-enfants. L’objectif est de bâtir une puissance capable de financer son avenir.”

"Gabriel Attal fixe un cap et un cadre"

Gabriel Attal promet le zéro déficit. Est-ce crédible dans un contexte où tous les services publics réclament davantage de moyens ?
“En général, les candidats à l’élection présidentielle expliquent tout ce qu’ils veulent faire, puis, à la fin, ils disent comment ils vont le financer. Nous faisons l’inverse. Le sujet de la dette et du financement est aujourd’hui au cœur des préoccupations des Français. Ils savent très bien que si nous ne maîtrisons pas la dette, cela se traduira par des augmentations d’impôts et pèsera sur les prochaines générations.”

Quel est précisément le cap fixé par Gabriel Attal ?
“Gabriel Attal fixe un cap et un cadre. L’objectif est de revenir sous les 3 % de déficit d’ici la fin du premier quinquennat, puis à l’équilibre d’ici dix ans. Nous partons d’un constat simple : deux tiers de nos dépenses sont sociales. Il faudra donc regarder la réforme de l’assurance chômage, la réforme des retraites, ainsi qu’un plan de départ volontaire dans la fonction publique.”

Certains diront que cela ressemble à ce que proposait déjà Emmanuel Macron il y a près de dix ans.
“Il y a près de dix ans, beaucoup de choses avaient été engagées. Mais au cours des deux dernières années, avec la dissolution, beaucoup de choses ont été balayées et remises en cause. Cela ne veut pas dire renier ce que nous sommes, ni abandonner notre ligne pro-européenne, libérale et progressiste. Cela signifie adapter notre fonctionnement à un monde qui a changé.”

Comment départager Gabriel Attal et Édouard Philippe dans cette compétition du bloc central ?
“Beaucoup parlent de rassemblement avec des injonctions ou des tribunes. Gabriel Attal, lui, le met dans le concret et dans l’action, parce qu’il n’est pas dans l’incantation. Il a été à l’origine du comité de liaison où se retrouvent Renaissance, l’UDI, Horizons, le MoDem et le Parti radical. Ce comité devra travailler au calendrier et au processus de désignation, pendant que chaque candidat mène sa campagne.”

RN : "Ce n’est pas parce qu’on est en tête des sondages qu’on est au-dessus de la loi"

La décision attendue dans l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national peut-elle lancer la campagne présidentielle ?
“Ce qui contraint le Rassemblement national à attendre la décision du 7 juillet, ce n’est pas la faute des juges. C’est le fait que Marine Le Pen est l’héritière d’un système qui permettait de détourner massivement de l’argent, et cet argent était celui des Français. Il faut être très clair sur ce point. Les juges rendent une décision de façon indépendante.”

Trouvez-vous problématique qu’une décision de justice puisse avoir un impact direct sur la campagne ?
“À partir de combien dans les sondages est-on au-dessus de la loi ? À partir de combien dans les sondages a-t-on le droit de tout faire avec l’argent des Français ? Ce n’est pas parce qu’on est en tête des sondages qu’on est au-dessus de la loi. Le sujet, c’est l’argent des Français et un système financier de détournement d’argent.”

Marine Le Pen ou Jordan Bardella, cela change-t-il l’adversaire pour Gabriel Attal ?
“Peu importe que ce soit l’un ou l’autre, il y aura le Rassemblement national dans cette élection présidentielle. Ce qui nous importe, avec Gabriel Attal, c’est de combattre le Rassemblement national sur le fond. D’ailleurs, il existe aussi un jeu d’équilibriste idéologique entre la ligne de Marine Le Pen et celle de Jordan Bardella. La question sera donc de savoir quelle est réellement la ligne du Rassemblement national.”

Jordan Bardella et Gabriel Attal appartiennent à la même génération. Est-ce un élément important dans cette campagne ?
“Ce n’est pas une question de génération, c’est une question de fond. Les Français ne sont pas dans un casting de télé-réalité. Ils veulent savoir quelle sera leur vie demain et après-demain, et quelle sera la position de la France en Europe et dans le monde. Le Rassemblement national est à combattre sur les idées, sur le fond, qu’il soit représenté par Marine Le Pen ou Jordan Bardella.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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