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Ségolène Royal : "Pour 2027, je consulte, je réfléchis. Si je peux être utile, pourquoi pas ?"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Canicule, protection de l'enfance, 2027 : Ségolène Royal, ancienne ministre, ancienne candidate à la Présidentielle et auteure de "Mais qui va garder les enfants?" (Fayard), était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

ségolène royal, présidentielle, 2027
Ségolène Royal interviewée par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 3 juillet 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule, adaptation au réchauffement climatique, candidature à l’élection présidentielle de 2027, protection de l’enfance, pesticides et relations franco-algériennes. Au micro de Sud Radio, Ségolène Royal a répondu aux questions de Maxime Lledo.

Canicule : "Tout cela aurait pu être anticipé"

Maxime Lledo pour Sud Radio : Craignez-vous que les prochains épisodes de canicule provoquent plusieurs milliers de morts en France ?
Ségolène Royal : “On le savait. Ceux qui sont aux responsabilités ont l’air de découvrir la situation, mais il y a dix ans, lors de la conférence de Paris sur le climat, tous les pays ont été mis en garde contre le risque d’un réchauffement climatique supérieur à deux degrés. Nous savions que cela pouvait rendre les températures insupportables et qu’il fallait agir, mais surtout anticiper. Le programme d’action était organisé et avait commencé à être mis en application.”

Pourquoi jugez-vous la réponse des pouvoirs publics insuffisante face à la canicule ?
“J’étais présidente de la COP21 et ministre de l’Environnement, c’est pour cela que je ne suis pas contente de ce qui se passe. Je vois les Français souffrir alors que tout cela aurait pu être anticipé. Une anticipation à court terme était également possible puisque nous avons déjà vécu une canicule l’été dernier. On a pourtant l’impression que la France se trouve dans une impréparation et une improvisation totales, en laissant de côté les Français les plus fragiles.”

Comprenez-vous le sentiment de “tiers-mondisation” exprimé par certains Français face aux systèmes improvisés dans les écoles ou les hôpitaux ?
“Bien sûr, alors qu’il existe d’autres solutions. Il y a une dégradation et un effondrement de l’autorité, mais surtout de l’efficacité de l’État dans tous les domaines. Plusieurs drames convergent aujourd’hui : les maltraitances sur les enfants, la canicule qui pénalise les plus fragiles, la hausse du prix de la vie et la précarisation des familles. Ces problèmes ne sont ni anticipés ni réglés alors que des solutions existent.”

Quelles mesures auraient permis, selon vous, de mieux protéger les logements et les bâtiments publics ?
“Lorsque j’étais ministre de l’Environnement au moment de la COP21, j’avais mis en place le crédit d’impôt pour la transition énergétique. Il permettait aux particuliers de réaliser des travaux d’isolation dans leur logement et aux communes d’engager la rénovation thermique des bâtiments, avec une priorité donnée aux écoles. Ce dispositif a été cassé et les filières industrielles liées à la transition énergétique se sont effondrées. Avec dix années de constance et de continuité, une grande partie des bâtiments et des logements serait aujourd’hui correctement isolée.”

"Nicolas Hulot a été totalement incompétent !"

Vous mettez directement en cause les choix réalisés après votre départ du ministère de l’Environnement ?
“Ils ont nommé Nicolas Hulot, qui était totalement incompétent. Tout ce que nous avions construit collectivement avec les entreprises pour développer des filières économiques liées à la lutte contre le réchauffement climatique a été cassé. Ces filières devaient également améliorer le bien-être des habitants grâce à l’isolation, à des systèmes de refroidissement adaptés et à des chauffages économes en énergie. En dix ans, l’absence de continuité a empêché d’obtenir les résultats attendus.”

Sébastien Lecornu affirme pourtant que la chaîne des responsabilités a tenu pendant la canicule. Que lui répondez-vous ?
“Il y a dix ans, je me rendais déjà au Conseil des ministres dans une petite voiture électrique fabriquée en France. Si cette filière avait été soutenue, nous aurions aujourd’hui des voitures électriques françaises, accessibles et peu coûteuses. À la place, nous assistons à un effondrement industriel, notamment chez les sous-traitants de l’automobile. La politique doit assurer la gestion efficace du quotidien, mais elle doit aussi anticiper à partir des informations disponibles.”

Vous dénoncez également le manque de moyens consacrés à la lutte contre les incendies ?
“Lorsque l’on regarde les incendies, on se demande où sont les Canadair et comment les pompiers sont équipés. Nous voyons des pompiers seuls avec leurs lances au milieu de forêts qui brûlent. Il y avait une promesse de fabrication de nouveaux avions bombardiers d’eau et Airbus avait proposé d’en construire. Là encore, aucune décision durable n’a été prise et le projet a été laissé à l’abandon.”

Le renouvellement fréquent des ministres explique-t-il cette absence de continuité ?
“Ce qui me frappe depuis dix ans, c’est le changement frénétique des ministres à la tête des administrations. Il y a eu sept ministres de l’Éducation et sept ministres de l’Écologie. Il ne peut donc pas y avoir de suivi, d’évaluation ni d’étude d’impact sérieuse des décisions publiques. Chaque nouveau responsable arrive, change les objectifs et pénalise ceux qui s’étaient engagés dans la transition énergétique.”

La climatisation constitue-t-elle néanmoins une réponse indispensable à la canicule ?
“Là où il est possible de climatiser, il faut climatiser, comme il faut chauffer lorsqu’il fait froid. Ce qui est dérisoire, c’est d’organiser tout le débat autour de la question de savoir s’il faut ou non de la climatisation. Elle est nécessaire dans les écoles, les hôpitaux et les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes afin de protéger les populations vulnérables. Mais ce débat ne doit pas occulter l’inertie sur l’isolation thermique, les logements sociaux et les bâtiments à énergie positive.”

"Il n’y a pas d’homme ou de femme providentielle"

Envisagez-vous de vous présenter à l’élection présidentielle de 2027 ?
“Il n’y a pas d’homme ou de femme providentielle. Il faut une pensée forte capable de fédérer des énergies nouvelles, et je continue à défendre l’ordre juste. Cette idée est encore plus actuelle qu’auparavant dans la protection de l’enfance, l’économie, les finances publiques et l’écologie. La politique doit apporter de la justice, de la protection et des résultats.”

Pourquoi ne pas retenter l’aventure présidentielle après votre qualification au second tour en 2007 ?
“Cette question m’est beaucoup posée, y compris dans la rue. Je consulte et je réfléchis. Je respecte les personnes qui s’engagent en politique, car il s’agit toujours d’une forme d’engagement et de sacrifice, mais la multiplication des candidatures n’est pas ce qu’attendent les Français. Il faut une structuration et, si je peux être utile, pourquoi pas.”

La nouvelle génération socialiste ne souhaite-t-elle pas tourner la page des anciennes candidatures ?
“Je comprends qu’une nouvelle génération puisse se dire qu’elle ne veut pas repartir avec ceux qui ont déjà mené une campagne présidentielle. Mais, compte tenu des problèmes auxquels nous sommes confrontés, les Français ont aussi besoin de personnes expérimentées. Peut-être que le temps des femmes est également venu dans un monde marqué par la violence, la cruauté et l’absence de bienveillance. L’expérience doit servir à obtenir des résultats concrets.”

Quelles seraient vos priorités si vous décidiez finalement d’être candidate ?
“La première priorité serait l’ordre juste, avec une tolérance zéro pour les violences faites aux enfants et aux femmes. La deuxième serait l’urgence climatique. Les Français auraient des résultats sur ces sujets. Il faudrait aussi changer la méthode de gouvernement, arrêter de faire peur aux citoyens et cesser de présenter les retraités comme la variable d’ajustement des finances publiques.”

Que peut apporter une femme à la présidence de la République ?
“Peut-être que le temps des femmes est venu. Dans un monde marqué par la violence, la cruauté et l’absence de bienveillance, les Français ont besoin d’être protégés. Mais la question ne se résume pas au fait d’être un homme ou une femme : elle concerne aussi la place du féminin dans l’exercice du pouvoir. J’entends par là l’attention aux autres, la bienveillance et la capacité à ne pas gouverner en faisant peur.”

Considérez-vous Marine Le Pen comme une adversaire particulièrement dangereuse ?
“Si elle peut être candidate, elle est particulièrement dangereuse au sens politique, car l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir serait dramatique pour la France. La question n’est pas seulement de savoir si le candidat est un homme ou une femme, mais de savoir quelle conception du pouvoir il défend. Le féminin peut signifier la bienveillance, la protection et l’attention aux autres. Les Français n’ont pas besoin qu’on leur fasse peur ou qu’on les maltraite.”

"Oui, Gérald Darmanin aurait dû démissionner"

Après le drame de la jeune Lyhanna, Gérald Darmanin aurait-il dû démissionner ?
“Dans un autre pays européen, oui, il aurait démissionné. Son prédécesseur n’a d’ailleurs pas fait mieux. Les ministres de la Justice et de l’Intérieur n’ont pas suffisamment mobilisé la police, la gendarmerie et la justice contre les violences faites aux enfants. Face à un tel drame, la responsabilité politique doit être assumée.”

Pourquoi estimez-vous que la protection de l’enfance n’a pas été une priorité suffisante ?
“Les forces de l’ordre ont été mobilisées en priorité sur la gestion et la répression des mouvements sociaux. Pendant ce temps, des plaintes concernant des viols sur des enfants n’ont pas été suivies comme elles auraient dû l’être. Les dispositifs permettant d’auditionner les mineurs dans des lieux adaptés ont également été affaiblis. Cela montre que la protection de l’enfance n’a pas été placée au premier rang.”

Quelles mesures devraient être prises immédiatement ?
“Il faut rétablir la prévention dans les écoles et apprendre aux enfants que leur corps leur appartient. Leur parole doit être entendue et les professionnels chargés de les auditionner doivent être formés aux mécanismes des prédateurs sexuels. Il faut que la peur change de camp et que les sanctions soient immédiates. Les dossiers des enfants et adolescents qui ont mis fin à leurs jours devraient aussi être réexaminés.”

"Le rétablissement de pesticides interdits est une faute grave"

Les agriculteurs dénoncent l’interdiction de produits phytosanitaires sans solution de remplacement. Comprenez-vous leur inquiétude ?
“Les producteurs font énormément d’efforts et il faut le souligner. Lorsque j’étais ministre de l’Environnement, j’avais créé des partenariats avec les syndicats agricoles et les producteurs pour développer des alternatives. Mais le rétablissement de pesticides interdits, notamment des néonicotinoïdes, constitue une faute grave. Cela ruine les efforts de ceux qui ont investi dans la recherche, les bonnes pratiques et les solutions de biocontrôle.”

Pourquoi vous opposez-vous aussi fermement au retour de ces substances ?
“Lorsque l’on rétablit un produit interdit alors que des filières alternatives commencent à se mettre en place, on pénalise les comportements vertueux. C’est moralement scandaleux. Nous connaissons également les conséquences des pesticides sur la santé et nous ne pouvons pas ignorer les cancers, notamment chez les enfants, dans certains territoires fortement exposés. La santé publique doit rester prioritaire.”

La France peut-elle interdire certains traitements tout en important des aliments produits avec ces mêmes substances ?
“Il n’est pas normal d’importer des cerises, des noisettes, des pommes ou d’autres produits contenant des pesticides interdits en France. Les agriculteurs français doivent respecter des normes exigeantes tandis que des produits ne répondant pas aux mêmes règles entrent sur le marché. Cette contradiction crée une concurrence injuste et trompe le consommateur. Il faut appliquer des exigences comparables aux produits importés.”

Comment mieux valoriser les productions françaises dans les supermarchés ?
“Je demande à la grande distribution d’identifier et d’isoler clairement les produits agricoles d’origine française. Aujourd’hui, lorsqu’on fait ses courses, il faut parfois chercher longuement pour savoir d’où viennent les fruits et les légumes. Un étiquetage visible permettrait d’indiquer les produits utilisant moins de pesticides ou n’en utilisant pas. Les consommateurs et les parents deviendraient ainsi les alliés des producteurs français.”

"La France doit se réconcilier avec l’Algérie"

Espérez-vous la libération du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie ?
“Bien sûr, j’espère qu’il sera libéré. Mais moins on transforme son cas en rapport de force public, plus il a de chances de l’être. Chaque fois que cette situation est utilisée pour attaquer ou insulter l’Algérie, cela ne produit aucun résultat positif. La discrétion diplomatique peut être plus efficace que les déclarations spectaculaires.”

Faut-il adopter une ligne plus ferme à l’égard des autorités algériennes ?
“Je pense qu’il faut entretenir de bonnes relations avec ses voisins, avec les pays de la francophonie et avec l’ensemble du Maghreb. La France a été fâchée avec le Maroc, puis avec l’Algérie, alors qu’elle doit construire une relation équilibrée avec le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Il faut arrêter de diviser pour régner. La France doit se réconcilier avec l’Algérie dans son propre intérêt.”

Quels intérêts communs pourraient justifier ce rapprochement ?
“À la foire d’Alger, j’ai vu les entreprises espagnoles et italiennes développer de nombreux partenariats avec l’Algérie, notamment dans le domaine de l’énergie. La France possède pourtant une histoire commune avec ce pays et pourrait construire une coopération gagnant-gagnant. Les entreprises françaises le demandent fortement. Pendant que nos relations se dégradent, d’autres pays prennent notre place sur le plan économique et commercial.”

Vos détracteurs vous accusent parfois de complaisance à l’égard du régime algérien. Que leur répondez-vous ?
“Je me garde de juger les autres régimes et les autres pays. Lorsque l’on observe la situation française, les scandales liés à la pédocriminalité, les difficultés des hôpitaux ou la répression de certains mouvements sociaux, nous ne sommes pas en position de donner des leçons de morale. Nous devons aussi regarder lucidement ce que la France a fait en Algérie pendant la colonisation. Il faut sortir de l’obsession néocoloniale et construire un partenariat respectueux.”

La crise diplomatique pénalise-t-elle directement les intérêts français ?
“Les Algériens ne demandent qu’à travailler avec nous et les entreprises françaises souhaitent également renouer les échanges. Toutes nos exportations agricoles vers l’Algérie ont été suspendues alors que l’agriculture française souffre, et d’autres pays prennent notre place. Dans le même temps, des milliers de médecins algériens contribuent au fonctionnement des hôpitaux français. Il faut donc changer de regard et reconstruire une relation fondée sur le respect et les intérêts réciproques.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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