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Canicule : Sandrine Rousseau veut "proposer une motion de censure contre le gouvernement"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Canicule, A69, fin de vie, 2027 : Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Sandrine Rousseau
Sandrine Rousseau, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 30 juin 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule, motion de censure, adaptation au réchauffement climatique, autoroute A69, fin de vie et stratégie de la gauche pour l’élection présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Sandrine Rousseau a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Canicule : “Je vais proposer une motion de censure contre le gouvernement”

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Faut-il saluer la gestion de la canicule par le gouvernement ?
Sandrine Rousseau : “C’est une question complètement incongrue. La seule annonce qui a été faite a été de continuer les soldes : il y a eu zéro annonce et zéro gestion. Je pense que, s’il n’y avait pas eu de gouvernement, la situation n’aurait pas été pire. Affirmer que l’ensemble de la chaîne a tenu est scandaleux alors que des personnes sont mortes et que le bilan de la canicule pourrait être historique.”

Vous souhaitez donc déposer une motion de censure contre le gouvernement ?
“Je vais proposer à mon groupe de déposer une motion de censure, car il n’est pas possible de gérer aussi mal une crise. Nous ne connaissons pas encore le bilan définitif, mais le nombre de morts pourrait se compter par milliers. Il y a les décès immédiats et les décès décalés, qui surviennent dans les deux ou trois jours suivant le pic de canicule. Un gouvernement qui gère aussi mal un phénomène annoncé et qui provoque autant de conséquences ne mérite pas de rester en place.”

Considérez-vous que les autorités ont été absentes pendant la canicule ?
“Le gouvernement a été aux abonnés absents et la ministre de la Transition écologique était introuvable pendant la crise. La seule réponse a consisté à acheter quelques climatiseurs, qui arrivent dans les hôpitaux après la canicule. Nous avions pourtant les prévisions annonçant ce pic de chaleur. Rien n’a été anticipé pour protéger les personnes les plus vulnérables et lutter contre leur isolement.”

Le Premier ministre affirme pourtant que l’ensemble de la chaîne a tenu. Que lui répondez-vous ?
“Rien n’a tenu. Il y a eu des coupures massives d’électricité, des hôpitaux qui n’étaient pas en capacité de gérer les afflux et des personnes qui sont mortes dans des immeubles ou des maisons isolées. Dans ma circonscription, des familles vivent dans des immeubles de 36 étages sans un seul volet sur les façades exposées au sud. Des personnes malades et âgées ont souffert au point de mettre leur santé et leur vie en danger.”

La motion de censure sera-t-elle effectivement déposée ?
“Je vais la proposer à mon groupe et nous verrons s’il souhaite la porter. Cette motion de censure permettrait de poser un rapport de force face à un gouvernement qui ne fait aucune annonce à la hauteur de la situation. Nous avions déjà connu un pic de canicule au mois de mai, ce n’est donc pas le premier épisode de l’année. Malgré cela, aucune décision suffisante n’a été prise pour protéger la population.”

"On a des plans grand froid, il faut des plans grand chaud"

Quelles décisions auraient dû être prises après le premier épisode de chaleur du mois de mai ?
“Nous avons des plans grand froid, il faudrait donc mettre en place des plans grand chaud. Il aurait fallu recenser les espaces frais, établir une cartographie des vulnérabilités et débloquer un plan d’urgence pour installer des volets et des brasseurs d’air dans les hôpitaux. Nous devons rattraper en très peu de temps des années d’inaction. Or, depuis le mois de mai, aucune mesure à la hauteur de la situation n’a été annoncée.”

Pourquoi insistez-vous sur l’installation de volets et de brasseurs d’air ?
“Des personnes vivent dans ce que l’on peut appeler des bouilloires thermiques. Dans certains immeubles, notamment dans ma circonscription, il n’existe aucun volet sur des façades directement exposées au soleil. Des familles entières, des personnes âgées et des malades y ont subi la canicule dans des conditions extrêmement difficiles. Il faut agir immédiatement sur les bâtiments pour empêcher que ces logements deviennent dangereux.”

La climatisation doit-elle être généralisée dans les bâtiments publics ?
“Il faut de la climatisation dans certains lieux, notamment les hôpitaux, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les écoles et les crèches. Mais cette solution ne doit intervenir qu’après la mise en œuvre de toutes les autres mesures de rafraîchissement. Si nous installons uniquement des climatiseurs partout, nous allons aggraver la situation. Il faut un plan global et pas seulement une réponse technique fondée sur la climatisation.”

Quelles solutions doivent être privilégiées pour rafraîchir durablement les villes ?
“Il faut sortir du tout-minéral et du tout-béton, puis penser la résilience de nos espaces de vie. La végétalisation, la plantation d’arbres, la protection des sols et l’installation de volets permettent de rafraîchir durablement les bâtiments et les quartiers. Certaines villes très climatisées sont revenues à des politiques de végétalisation, car elles se sont révélées plus efficaces. Nous devons penser le rafraîchissement dans son ensemble et pas uniquement la climatisation.”

Pourquoi la généralisation de la climatisation pourrait-elle aggraver les effets de la canicule ?
“La climatisation consomme de l’énergie et rejette de la chaleur vers l’extérieur. Dans une ville comme Paris, qui constitue déjà un îlot de chaleur très intense, une généralisation de la climatisation rendrait les rues encore moins vivables. Cette réponse ne traite pas les causes liées à notre mode de production, de consommation et d’aménagement. Nous devons donc trouver d’autres solutions pour rendre les villes plus résistantes aux pics de chaleur.”

"Il faut une révolte citoyenne contre l’inaction !"

Soutenez-vous la mobilisation demandant la suspension des loyers dans les logements dépourvus de volets ?
“Il faut une révolte citoyenne contre l’inaction, car nous n’allons pas nous laisser mourir à cause de l’incompétence des gouvernements successifs. Ils sont incapables de prendre réellement en compte la question climatique. Toutes les données montrent pourtant que le réchauffement climatique provoque aussi des événements extrêmes dans des proportions que nous n’avons encore jamais connues. Il faut donc s’adapter et surtout anticiper.”

La France est-elle prête à affronter une prochaine canicule ?
“Qu’est-ce qui a changé depuis la dernière canicule ? Rien. Une nouvelle vague de chaleur représenterait donc un nouveau choc, ce qui est dramatique. Je ne suis pas certaine que les organismes déjà affaiblis soient capables de supporter un autre pic comparable à celui que nous venons de connaître. Cette absence d’anticipation est extrêmement inquiétante.”

Que vous inspire la validation de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres ?
“Cette décision dit tout de notre situation. Nous sortons d’un pic de canicule, nous nous dirigeons vers un autre et le réchauffement climatique devient hors de contrôle, mais nous continuons à valider de nouvelles autoroutes. C’est une manière d’accélérer l’effondrement du monde dans lequel nous vivons. Nous devrions au contraire protéger tout ce qui permet de préserver nos conditions de vie.”

Considérez-vous que l’autoroute A69 est inutile ?
“Une route départementale existe déjà parallèlement au tracé de cette autoroute, il n’y a donc pas besoin d’une nouvelle infrastructure. Ce projet sert les intérêts d’un industriel alors que son tracé traverse des milieux naturels protégés, des terres agricoles et des espaces arborés. Une fois qu’un milieu naturel a été bétonné, les dégâts sont irrattrapables. Nous détruisons ainsi ce qui est absolument indispensable à notre vie.”

Le chantier étant déjà très avancé, faut-il encore tenter de l’arrêter ?
“Il faut arrêter ce projet, même maintenant. Le moindre mètre carré de terre sauvé reste un mètre carré de terre préservé. L’A69 est l’exemple même d’un projet inutile et absurde qu’il devrait être possible d’abandonner. Je ne comprends pas pourquoi le monde politique et le monde économique sont incapables de réagir face à une telle contradiction.”

"La loi sur la fin de vie a encore été affaiblie"

Êtes-vous satisfaite de l’évolution du texte sur la fin de vie ?
“La loi sur la fin de vie a encore été affaiblie et le droit prévu s’est amoindri par rapport à la lecture précédente. Le texte n’autorisera l’aide à mourir que dans des cas très restrictifs. Je soutiens néanmoins cette loi, car elle est attendue par de nombreuses personnes qui souffrent énormément et souhaitent pouvoir disposer de leur corps dans leurs derniers instants. Il s’agit d’un texte important, même si son champ d’application est devenu très limité.”

Pourquoi cette loi vous paraît-elle nécessaire ?
“Je pense notamment aux personnes atteintes de la maladie de Charcot, aux malades du cancer et à toutes celles qui écoutent les débats parlementaires avec inquiétude. Je reçois énormément de messages de personnes qui suivent ce que nous disons à l’Assemblée nationale. Elles attendent une réponse politique à leurs souffrances et à leur souhait de pouvoir choisir. J’espère que cette loi pourra être appliquée rapidement.”

Craignez-vous que le texte soit finalement rejeté ?
“Je ne vois pas comment cette loi pourrait être repoussée alors qu’elle prévoit déjà un accès à l’aide à mourir plus restreint que dans sa version précédente. Le débat doit désormais aller à son terme. Il faut permettre aux personnes concernées de disposer enfin d’un cadre légal. Ce texte reste essentiel malgré les restrictions qui y ont été ajoutées.”

Le texte répond-il complètement aux attentes des personnes en fin de vie ?
“Le texte ne répondra pas à toutes les situations puisqu’il est devenu beaucoup plus restrictif. Certaines personnes qui espéraient pouvoir bénéficier d’une aide à mourir risquent de ne pas entrer dans les critères prévus. Je considère cependant que cette loi constitue une avancée importante. Elle doit permettre de reconnaître la souffrance et la volonté de personnes qui souhaitent pouvoir décider de leurs derniers instants.”

"Les écologistes doivent discuter, négocier et soutenir la candidature de Mélenchon"

Pourquoi vous opposez-vous à une candidature écologiste supplémentaire en 2027 ?
“J’appelle les militants écologistes à ne pas voter en faveur d’une candidature de Marine Tondelier à l’élection présidentielle. Il y a déjà trop de candidatures à gauche, alors que l’impératif est de permettre à la gauche de gagner et d’accéder au second tour. Pour y parvenir, il ne faut pas multiplier les candidatures et disperser les voix. Les écologistes doivent prendre leurs responsabilités.”

Souhaitez-vous une candidature unique de la gauche ?
“Je souhaiterais qu’il n’y ait qu’une seule candidature, même si nous semblons aujourd’hui mal partis pour y parvenir. À défaut, il faut qu’il y en ait le moins possible. Nous devons négocier les conditions programmatiques et les accords législatifs plutôt que multiplier les démarches individuelles. La gauche doit se donner une chance sérieuse d’atteindre le second tour.”

Jean-Luc Mélenchon est-il aujourd’hui le mieux placé à gauche ?
“Aujourd’hui, il est le mieux placé. Il porte un programme de rupture et sa candidature est actuellement la plus dynamique. Je souhaite au minimum que les écologistes discutent avec La France insoumise, négocient et envisagent de soutenir la candidature qui a le plus de chances. Nous n’avons ni le temps, ni le luxe, ni le privilège de disperser une nouvelle fois les voix.”

Pourquoi ne rejoignez-vous pas directement La France insoumise ?
“Je suis écologiste et je ne vois pas pourquoi adopter une attitude responsable à gauche devrait me conduire à quitter mon parti. J’espère que les écologistes engageront une dynamique de négociation avec La France insoumise. Nous avons déjà commis l’erreur de la dispersion en 2017 et en 2022. Nous serons comptables d’un nouvel échec si nous recommençons.”

Les prises de position de Jean-Luc Mélenchon, notamment sur les attaques du 7 octobre, constituent-elles un obstacle ?
“Il peut évidemment choquer et sa candidature comporte des faiblesses. Je ne minimise pas les difficultés que pourrait représenter son soutien. Mais il s’agit aussi de la candidature la plus dynamique à gauche et de celle qui propose un véritable programme de rupture. Ces désaccords doivent précisément faire partie des discussions et des négociations.”

Vous sentez-vous menacée au sein de votre propre parti ?
“Il est étonnant qu’un parti considère que la meilleure solution consiste à écarter des responsables situés sur des lignes différentes. Un parti va extrêmement mal lorsqu’il utilise l’intimidation et l’autoritarisme à la place d’un véritable débat politique. Les militants doivent pouvoir se prononcer entre plusieurs stratégies claires. L’histoire de l’écologie politique est à l’opposé d’une personnification excessive et d’un fonctionnement sans démocratie.”

Pourquoi ne pas créer une branche écologiste au sein de La France insoumise ?
“J’ai toujours été écologiste, je suis chercheuse en économie sur les questions écologiques et je n’ai adhéré qu’à ce parti. Je veux continuer à me battre à l’intérieur de cette formation aussi longtemps que cela sera possible. Mon objectif est d’éviter que les écologistes aillent dans le mur en suivant une stratégie de personnification à outrance. Cette stratégie est contraire à l’histoire et aux principes démocratiques de l’écologie politique.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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