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Jérôme Guedj : "Mélenchon déroule le tapis rouge au RN"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Marine Le Pen, brouillard au PS, 2027 : Jérôme Guedj, député PS de l'Essonne et candidat à l'élection présidentielle, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Jérôme Guedj
Jérôme Guedj, interviewé par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 7 juillet 2026, dans “L’invité politique”.

Procès Marine Le Pen, jugement de la Cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, situation interne au Parti socialiste, primaire à gauche, rupture avec La France insoumise, fiscalité des très hauts patrimoines. Au micro de Sud Radio, Jérôme Guedj a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

Procès de Marine Le Pen : "Si on veut pouvoir se présenter, on ne commet pas de délit !"

Jacques Cardoze pour Sud Radio : Dans l’affaire des assistants parlementaires du FN au Parlement européen, êtes-vous à l’aise avec le calendrier judiciaire et le pouvoir des magistrats ?
Jérôme Guedj : “Par principe, je suis à l’aise avec la justice, parce que je suis un légaliste et un républicain. La justice est lente, tous les Français l’expérimentent tous les jours, et il n’y a pas de situation différente s’agissant du Rassemblement national. Il y a la force de la loi. Il ne faut pas inverser l’accusation : s’il y a une incertitude, c’est parce qu’il y a eu un comportement sanctionné par la loi.”

Vous considérez donc que le procès de Marine Le Pen ne pose pas la question d’un gouvernement des juges ?
“Entre 2004 et 2016, il y a eu de manière permanente, organisée et répétée un détournement de fonds publics, c’est-à-dire de l’argent de l’ensemble des Français, avec l’affaire des assistants parlementaires au Parlement européen. C’est cela qui a été sanctionné sévèrement par la justice. On peut se demander si le calendrier est opportun ou parler de gouvernement des juges, mais il y a des élections présidentielles tous les cinq ans. Si on veut pouvoir se présenter, on ne commet pas de délit financier, ce qu’a fait Marine Le Pen.”

Marine Le Pen et Jordan Bardella, est-ce la même chose pour vous ?
“Non, ce n’est pas pareil, même si c’est incontestablement le même parti. On voit bien qu’il y a deux sensibilités, deux tonalités, deux styles, deux histoires et deux générations. L’expérience est toujours utile dans une élection présidentielle, même s’il existe aussi une force de la jeunesse. Mais sur le fond, cela reste le même parti politique et il faudra avoir le débat avec eux.”

Le procès de Marine Le Pen change-t-il quelque chose à la stratégie de la gauche ?
“Non, rien ne change pour moi. Quand on est candidat à l’élection présidentielle, on s’adresse à tous les Français, y compris aux électeurs tentés par le Rassemblement national. Il faut formuler des propositions face aux colères, au sentiment de relégation, aux services publics qui ne fonctionnent pas, aux difficultés à obtenir un rendez-vous médical ou à remplir le frigo. Certains pensent que le RN est la bonne solution parce qu’il n’a jamais été aux responsabilités, mais notre rôle est de nous adresser à tous les électeurs sans les trier.”

"Je n’ai pas voté la motion de censure, comme la majorité des députés PS"

Sur la motion de censure contre le gouvernement, avez-vous suivi la position défendue par Olivier Faure ?
“Non, je n’ai pas voté la motion de censure, comme la majorité des députés PS. Nous avons eu un débat dans le groupe socialiste, comme à chaque fois, et nous sommes 69 membres. La décision a été prise avec un vote, parce que nous sommes un parti démocratique. Aux deux tiers, le groupe a décidé de refuser la censure.”

Olivier Faure a-t-il été désavoué dans cette séquence ?
“Il a le droit d’avoir une position, mais dès lors qu’il y a un fonctionnement démocratique, il faut respecter la position majoritaire. Ce qui est problématique, c’est de ne pas avoir respecté cette position qui s’est dégagée dans le groupe. Il a entraîné avec lui une petite vingtaine de députés. Objectivement, cela montre une division et une mise en minorité.”

Certains responsables socialistes estiment qu’Olivier Faure devrait démissionner. Que répondez-vous ?
“Je ne suis pas certain que les affaires du Parti socialiste passionnent nos concitoyens, qui ont bien d’autres sujets de préoccupation. Il y a aujourd’hui une ligne de division à l’intérieur du PS. Olivier Faure a été élu par les militants lors du dernier congrès, mais il n’a plus de majorité dans le fonctionnement du parti, ni au Conseil national, ni au Bureau national. On est dans une situation baroque où un chef de parti n’a plus les coudées franches dans son propre parti.”

"Il faut qu’Olivier Faure constate qu’il est désavoué"

Olivier Faure répond qu’il ne faut pas confondre minorité et légitimité. Est-ce un argument recevable ?
“Je ne conteste pas qu’il ait été élu par les militants. Mais je m’en fiche de savoir s’il reste ou non premier secrétaire du Parti socialiste. Ce qui compte, c’est notre capacité à nous adresser aux Français. Je constate malheureusement que, depuis huit ans qu’il est premier secrétaire, il y a eu une sorte de glissade permanente.”

Faut-il donc qu’Olivier Faure tire les conséquences de cette situation interne ?
“Il faut qu’Olivier Faure constate qu’il est désavoué. Dans le parti, il n’a plus de majorité, et dans le groupe, il n’arrive pas à convaincre les députés socialistes. Mais ce n’est pas le plus grave, parce que l’essentiel reste la manière dont nous allons parler aux Français. Ce qui m’agace, c’est qu’on ne parle pas assez du pouvoir d’achat, du frigo, du plein d’essence et des préoccupations concrètes de nos concitoyens.”

Cette fracture interne intervient aussi dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Comment voyez-vous le vote interne sur la primaire ?
“La seule motivation d’Olivier Faure est de gagner le dernier vote qui lui permettrait d’asseoir son autorité. La question posée aux militants socialistes est de savoir comment le candidat à l’élection présidentielle sera désigné. Il peut y avoir un système de départage, mais il faut dire clairement quel espace politique on veut construire. Ce débat ne doit pas être une simple tambouille politicienne.”

"Je ne veux pas participer à la primaire que propose Olivier Faure"

Vous avez annoncé que vous ne vouliez pas participer à la primaire proposée par Olivier Faure. Pourquoi ?
“Je ne veux pas participer à la primaire que propose Olivier Faure. Ce n’est pas seulement une pré-primaire socialiste, c’est une primaire qui mènerait à terme à un affrontement avec Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain et d’autres. Je suis pour le rassemblement le plus large de la gauche, mais on ne peut pas commencer par se confronter avec des responsables qui entretiennent encore une relation ambiguë avec Jean-Luc Mélenchon. J’assume une rupture totale avec La France insoumise.”

Quelle gauche souhaitez-vous incarner dans cette présidentielle ?
“Je veux une gauche républicaine, digne et crédible. La gauche doit être capable de dire que le bruit et la fureur ne permettent pas de gagner les élections. On peut avoir des convictions solidement trempées, proposer par exemple une sécurité sociale intégrale pour que les Français n’aient plus besoin de payer une assurance privée, et rester crédible dans la manière de faire de la politique. Il faut refuser la brutalisation et la fuite en avant.”

Si François Hollande ou Raphaël Glucksmann se présentent, le même espace politique ne risque-t-il pas d’être saturé ?
“À la fin, il n’y aura qu’un seul candidat dans cet espace-là. Nous sommes des gens responsables et il ne faut pas une multiplication des candidatures. Des responsables résolument laïques, de gauche, féministes et favorables à la construction européenne avec des exigences fermes peuvent se mettre d’accord. Le pays a besoin d’une gauche capable de parler des colères et des situations indignes sans passer par-dessus bord les principes républicains.”

"Jean-Luc Mélenchon et LFI déroulent le tapis rouge au RN"

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise font à nouveau polémique. Les renvoyez-vous dos à dos avec le Rassemblement national ?
“Je dis depuis des mois que Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, par leurs propositions et leur incarnation, déroulent le tapis rouge au Rassemblement national. Si Jean-Luc Mélenchon est au second tour de l’élection présidentielle, que ce soit face à Bardella ou Le Pen, je pense que le RN gagnera. Le niveau de rejet de Jean-Luc Mélenchon dans l’opinion, y compris à gauche, est tel que le Front républicain ne fonctionnera pas. Pour combattre le Rassemblement national sur le fond, il faut contenir LFI sur le fond.”

Les affaires visant Rima Hassan ou Jean-Luc Mélenchon renforcent-elles votre rupture avec LFI ?
“On ne peut pas flirter avec l’apologie du terrorisme. Quand Jean-Luc Mélenchon dit que cela se discute de savoir si les attaques du 7 octobre étaient terroristes, cela confirme ma rupture définitive et radicale. Il fait le choix de conflictualiser, de brutaliser et d’essentialiser le débat public. Le pays n’a pas besoin de cela.”

Que vous inspire son appel au boycott de la matinale de France Culture ?
“Je n’ai pas envie de passer ma vie à parler de Jean-Luc Mélenchon, parce qu’il fait tout cela pour qu’on parle de lui. Il met en permanence des provocations dans le débat, qu’il s’agisse du terrorisme, de l’antisémitisme ou de son rapport aux journalistes. Il incarne une forme d’autocratie. La liberté d’expression et la liberté de travail des journalistes doivent être sacrées dans ce pays.”

Sur le budget, Sébastien Lecornu propose une forme de mécénat forcé pour orienter l’argent des grandes fortunes. Est-ce une bonne piste ?
“C’est probablement insuffisant au regard de l’ampleur de l’enjeu. L’inégalité majeure dans la concentration du patrimoine doit être au cœur de la campagne. Pour financer les services publics, les hôpitaux, les transports et la solidarité nationale, je crois au principe de l’impôt. Les très grandes fortunes doivent payer proportionnellement autant d’impôts que les autres : le patriotisme républicain commence par un patriotisme économique et fiscal.”

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