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L’opinion de Françoise Degois : "Bardella est plus facile à battre que Marine Le Pen"

OPINION SUD RADIO – Françoise Degois revient sur les différences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella avant le verdict de la cour d’appel ce mardi à partir de 13h30.

L’opinion de Françoise Degois : "Bardella est plus facile à battre que Marine Le Pen"
Ludovic MARIN - AFP/Archives

On va se projeter dans l'après-décision de la cour d'appel concernant Marine Le Pen. Quelles conséquences pour ses adversaires ? C'est à partir de 13h30 que nous serons fixés sur le sort de Marine Le Pen. Pourra-t-elle être candidate à la présidentielle ou pas ? Le Pen et Bardella, ce n'est pas la même chose. 

« Non, c'est ça. Le Pen et Bardella, ça n'est pas tout à fait pareil. Alors ça reste quand même l'extrême droite. Mais il y a beaucoup de divergences sur plusieurs plans. D'abord, sur le plan économique. Marine Le Pen est plutôt étatiste, plutôt pour un État protecteur. Elle est, par exemple, pour des taxations financières sur des super profits, alors que Jordan Bardella y est opposée.

Elle est plus sociale, même si ses votes à l'Assemblée ne reflètent pas vraiment ce portrait qu'on en trace. La presse adore être binaire, donc d'un seul coup, Marine Le Pen serait une égérie socialiste de gauche. Rien n'est plus faux. Mais, en réalité, elle reste quand même très droitière sur la retraite, par exemple, ou sur la fiscalité. En tout cas, elle croit plus à l'État Providence que Jordan Bardella qui, lui, est très entreprise, très business. Il parle compétitivité, réindustrialisation, quand Le Pen parle de pouvoir d'achat et de protection.

"Bardella est obsédé par le fait de séduire les grands patrons"

Jordan Bardella est bien plus obsédé par le fait de séduire les grands patrons que Marine Le Pen. Marine Le Pen s'est toujours méfiée du MEDEF. Mais, Jordan Bardella, pas du tout. Il veut imposer cette vision moderne d'un RN qui serait pro-business, même si son audition devant le MEDEF n'a pas été un véritable succès. En réalité, le programme économique du RN reste quand même dans un très grand flou artistique. 

La différence, elle porte aussi sur l’euro. Pendant des années, vous le savez, Marine Le Pen, à l'instar de son père, était pour la sortie de l'euro. Elle a évidemment changé de position et Jordan Bardella incarne finalement ce RN plus jeune qui n'envisage pas une seconde la sortie de l'euro. Cette sortie, vous le savez Jacques, qui fut l'une des vieilles lunes de l'extrême droite européenne et des souverainistes de tout crin. »

"Bardella, c'est le bling bling assumé à la mode Sarkozy"

Et leur différence aussi, elle est dans leur comportement, dans leur mode de vie. 

« Absolument, Marine Le Pen, c'est l'héritière, il ne faut jamais l'oublier, qui a grandi dans un environnement cossu, la propriété de son père de Montretout. Alors, c'était chaotique sur le plan politique, mais c'était très cossu et vraiment très confortable. Si Jordane Bardella, lui, n'est pas un petit gars de la banlieue à proprement parler, pur et dur, c'est la petite classe moyenne, assez éloignée de la politique. Et en fait, il doit son ascension à son militantisme politique. 

Le Pen n'aime pas le bling bling, on le sait, et préfèrera toujours une soirée entre amis avec ses chats, là où Bardella est attiré comme un aimant par tout ce qui brille. Et c'est d'ailleurs la principale critique au sein du Rassemblement National. Bardella, c'est le bling bling assumé à la mode Sarkozy. On a pu le voir lors de son week-end un amoureux avec la princesse de Bourbon des Deux Siciles au Grand Prix de Monaco.

Si la séquence a fait tiquer Marine Le Pen, elle n'en a rien dit, car elle protège contre vents et marées Jordan Bardella. Et je voudrais souligner que c'est d'ailleurs assez unique ce type de relation dans le monde politique. Une forme d'élève-professeur et quasiment de mère-fils. »

"Le libéralisme de Bardella contre l'étatisme de Le Pen"

Enfin, il est surtout question de différence d'expérience.

« Oui, et c'est ce qui fait dire à tous les adversaires politiques de l'extrême droite que Marine Le Pen est bien plus coriace à battre que Jordan Bardella. Du côté de l'Elysée, un conseiller du président le dit sans détour, c'est simple, elle a l'expérience, elle est couturée comme il faut pour plaire aux Français qui aiment les politiques tabassées et résistants. Les Français peuvent se dire, c'est son tour, car c'est la grande inquiétude, cette fameuse expression, c'est son tour.

Ce que les Français ont aussi pensé en élisant François Mitterrand en 1981, ou Jacques Chirac en 1995 : trois fois candidat, trois fois battu, toujours debout. Les Français ont dit un moment donné : « C'est leur tour ». La jeunesse de Bardella contre l'expérience de Le Pen, le libéralisme de Bardella contre l'étatisme de Le Pen, tous s'accordent à dire que le jeune président du RN est plus facile à battre que la leader historique de l'extrême droite française, c'est-à-dire dans cette espèce de grand rouleau compresseur, cette machine à laver sur essorage qui dure à peu près six mois, la présidentielle, c'est véritablement une campagne de chien, on ne s'en rend pas compte. C'est donc une partie de la présidentielle, justement, cette mer des batailles dont tout le monde rêve, eh bien, que se joue aujourd'hui à partir de 13h30 au palais de justice de Paris. »

Retrouvez Drôle d'époque dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger

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