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Débarquement : "Trop souvent la mémoire est borgne", regrette Jean-Pierre Guéno

Par Adélaïde Motte

Débarquement : "trop souvent la mémoire est borgne", selon Jean-Pierre Guéno, historien, écrivain et auteur de "Paroles du Jour J - Lettres et carnets du Débarquement" (Flammarion). Il était “L’invité politique” sur Sud Radio.

débarquement
Jean-Pierre Guéno interviewé par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, le 6 juin, dans “L’invité politique”.

Débarquement, Poutine, Rassemblement National : Jean-Pierre Guéno a répondu aux questions de Jean-Jacques Bourdin.

Débarquement : "Il ne faut jamais oublier" le rôle de la Résistance

Le débarquement était une mission quasi-impossible. Jean-Pierre Guéno rappelle les fortifications mises en place par Rommel, qui a "sur l'ordre d'Hitler, personnellement inspecté les plages d'Omaha Beach". "Il a fait renforcer les fortifications, il suffisait de deux mitrailleuses sur la plage", explique-t-il. Le débarquement a été si difficile qu'il a bien failli manquer. "À la mi-journée, si les informations avaient été plus rapides, il n'aurait pas été impossible que les Alliés fassent demi-tour." Jean-Pierre Guéno rappelle le rôle de la Résistance, "qu'il ne faut jamais oublier". Sans son sabotage des communications, "les Allemands auraient réagi beaucoup plus tôt." Il ne faut pas non plus oublier les autres débarquements, comme celui de Dieppe, où "l'enjeu c'était de capturer une machine Enigma pour décoder les codes des nazis", ou celui d'Afrique du Nord, en Sicile.

"L'armada fantastique navale va arriver sur un front de 35km de large, c'est monumental, quand ils viennent à apercevoir cet armada ils n'en reviennent pas", relate Jean-Pierre Guéno. Il rappelle aussi la responsabilité de la "bureaucratie" dans les difficultés rencontrées par les Alliés. "Les Américains, on leur interdisait de voler au-dessous d'une certaine altitude", explique-t-il, d'où "l'imprécision sur les plages, ce qui fait que les blockhaus ont bien tenu le coup." Il rappelle aussi l'exercice effectué au Royaume-Uni. "Les Alliés ont réuni 30 000 hommes, c'était un véritable exercice, il a fait plus de morts que le jour J."

"Trop souvent la mémoire est borgne"

"Il y avait un plan B", relate Jean-Pierre Guéno. "J'ai été le premier à publier le communiqué de presse d'Eisenhower, il l'avait donné à son ordonnance." Ce communiqué louait notamment des combattants "hors pair." Le plan B, en cas d'échec du débarquement, "était de raser les six plus grandes villes allemandes avec des bombes à anthrax et des bombes au botox. Il n'y avait plus qu'à les charger. La barbarie est partout."

Jean-Pierre Guéno regrette donc "une dysenterie mémorielle, ça part dans tous les sens". "Trop souvent la mémoire est borgne, elle oublie le côté pile de l'histoire, nos dirigeants s'en emparent", dénonce Jean-Pierre Guéno qui parle de "vampirisation de la mémoire collective." Si l'on connaît les viols commis par les Américains et les Russes, on oublie ainsi ceux de l'armée française en Italie. "L'armée française a violé tout ce qui bougeait, ça a été d'une telle violence que le pape a interdit à l'armée française de défiler." "L'histoire est comme la vie, c'est un mélange inextricable de fange et de ciel, nous n'avons ni à en être fier ni à en être honteux."

Ukraine : "Ce qui se passe est comparable"

La non-invitation de la Russie aux commémorations est-elle légitime ? "De toutes façons, ils n'ont pas participé au débarquement alors que toutes les nationalités ont participé", rappelle Jean-Pierre Guéno. "Ce qui est intéressant, c'est que l'Ukraine est invité, ça paraît tout à fait légitime parce que ce qui se passe est comparable". "C'est hallucinant de voir le crédit que peuvent recevoir Poutine et l'extrême-droite israélienne, ces gens-là sont les bouchers de l'histoire, même avec une longue cuillère, on ne négocie jamais avec le diable."

Jean-Pierre Guéno s'inquiète également de l'évolution de la politique française au regard de la mémoire du débarquement. Ainsi, parmi les fondateurs du Rassemblement National, "il y en a quatre, des Français, qui ont porté l'uniforme SS, comment peut-on oublier ça ? C'est très préoccupant". "Comment peut-on approuver les cavaliers de l'apocalypse qui ne progressent qu'en nous montrant le pire ?", dénonce-t-il, ajoutant que "la plupart des candidats n'ont aucun projet de société, ils sont pulvérisés, c'est la foire des ego, nous vivons l'ère de l'hyper-narcissisme". "Nous avons les élus que nous méritons, ils sont à notre image."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h30 dans le Grand Matin Sud Radio avec Jean-Jacques Bourdin

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