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Iran : comment l’équipe de foot féminine a tenté de s'opposer au régime des mollahs

GROS PLAN SUD RADIO - Lors de la Coupe d’Asie féminine en Australie, l’équipe d’Iran a transformé quelques secondes de silence en un geste politique retentissant. Entre accusations de trahison, demandes d’asile nocturnes et tensions diplomatiques, récit d'une semaine pleine de contestation pour l'équipe iranienne de football féminine.

Iran’s team lineup for the national anthem before the AFC Women’s Asian Cup Australia 2026 match between Iran and the Philippines in Gold Coast on March 8, 2026. (Photo by AFP) / -- IMAGE RESTRICTED TO EDITORIAL USE - STRICTLY NO COMMERCIAL USE --

Pendant que le Moyen-Orient s’embrase, un autre front, bien plus discret, s’est ouvert sur un terrain de football. À des milliers de kilomètres de Iran, en Australie, l’équipe nationale féminine iranienne s’est retrouvée au cœur d’un geste politique aussi silencieux que puissant.

Un silence qui fait du bruit

Le 4 mars, avant leur premier match de la Coupe d’Asie, les joueuses iraniennes se tiennent alignées sur la pelouse. Dans les tribunes, quelques supporters agitent des drapeaux. Les caméras filment les visages fermés des footballeuses. Puis retentit l’hymne national. Mais rien ne se passe, aucune d’entre-elles ne chante.

Un geste minuscule en apparence, mais lourd de sens dans ce contexte international. Quatre jours plus tôt, dans la nuit du 28 février, des frappes menées par Israël et les États-Unis avaient visé des installations en Iran, plaçant Téhéran au cœur d’une nouvelle escalade internationale et plongeant le reste du Moyen-Orient dans une guerre on ignore encore les limites.

Qualifiées de "traitresses"

Dans ce contexte explosif, le silence des joueuses a immédiatement été interprété comme un acte de défi envers le régime iranien. Sur la télévision d’État, un présentateur n’a pas hésité à les qualifier de « traîtresses ».

Très vite, la situation prend une dimension politique. Le 9 mars, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran et figure de l’opposition en exil, appelle publiquement les autorités australiennes à assurer la sécurité de l’équipe féminine Iranienne.

Une fugue pour réclamer l'asile politique

Derrière ce geste symbolique plane une inquiétude bien réelle : celle des représailles, pour les joueuses et leurs familles. Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits humains accusent la République islamique d’exercer des pressions sur les sportifs iraniens à l’étranger, parfois en menaçant leurs familles restées au pays.

Quelques jours plus tard, l’histoire prend un autre tournant quand dans la nuit, cinq joueuses de l’équipe font le mur de leur hôtel avec pour objectif de demander l’asile. Une sixième joueuse et un membre du staff déposent eux aussi une demande auprès des autorités australiennes, juste avant le départ prévu de l’équipe pour la Malaisie, dernière étape avant le retour Iran.

La sécurité ou le danger : un choix cornélien

Depuis Washington, Donald Trump intervient publiquement après un échange avec le premier ministre australien Anthony Albanese. Sur son réseau Truth Social, il exhorte Canberra à ne pas renvoyer les joueuses. Selon lui, ce serait « une terrible erreur humanitaire ». Il affirme même qu’elles pourraient être « très probablement tuées » si elles rentraient en Iran, proposant que les États-Unis les accueillent si l’Australie refusait.

Le 15 mars, Tony Burke, ministre de l’intérieur Australien, annonce que trois joueuses ont finalement retiré leur demande d’asile pour rentrer avec le reste de l’équipe en Iran. Une autre l’avait déjà fait plus tôt dans la semaine.

Selon lui, les footballeuses ont eu « plusieurs occasions » de discuter de leurs options. Mais la décision était, dit-il, « d’une difficulté incroyable ». Car derrière chaque choix plane la même question : rester en sécurité à l’étranger… ou mettre en danger sa famille restée au pays.

Le football comme espace de contestation

Si sportivement le parcours de l’équipe iranienne ne restera pas dans les annales après avoir été éliminée dès le 1er tour de cette Coupe d'Asie, son silence groupé durant les hymnes nationaux figurera comme le geste politique le plus marquant et symbolique de cette Coupe d’Asie. Une protestation sans slogan, sans banderole. Simplement quelques joueuses debout, immobiles, face aux caméras. Parfois, dans le sport comme ailleurs, le message le plus fort est celui qu’on ne prononce pas.

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