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Refus d’obtempérer : derrière les chiffres, une violence routière croissante

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Les refus d’obtempérer constituent aujourd’hui un phénomène préoccupant en France, à la croisée des enjeux de sécurité routière et de l’ordre public.

Ce délit, défini par le Code de la route, correspond au fait pour un conducteur de ne pas s’arrêter malgré l’injonction des forces de l’ordre lors d’un contrôle. Derrière cette définition juridique se cache une réalité plus complexe, marquée par une hausse récente des faits et une dangerosité croissante.

Refus d'obtempérer : "Ils vivent dans leur société à eux, ils ne veulent pas vivre en société avec nous avec nos règles à nous"

Après plusieurs années de relative stabilisation, les chiffres sont repartis à la hausse. En 2024, environ 24.900 refus d’obtempérer ont été enregistrés, soit une légère baisse par rapport à l’année précédente. Mais cette accalmie n’a été que temporaire : en 2025, près de 28.000 cas ont été recensés, en augmentation d’environ 11% sur un an. Concrètement, cela représente plus de 75 faits par jour, soit un refus toutes les vingt minutes environ sur le territoire. Ce niveau constitue l’un des plus élevés observés depuis une décennie et alimente les inquiétudes des autorités.

Au-delà du volume, c’est surtout la gravité des situations qui alerte. Une part importante de ces refus d’obtempérer est qualifiée d’"aggravée", c’est-à-dire qu’elle met directement en danger la vie d’autrui. En 2024, près d’un cas sur cinq entrait dans cette catégorie, tandis que certaines estimations évoquent plus d’un tiers des situations impliquant une mise en danger directe en 2025. Ces épisodes se traduisent fréquemment par des courses-poursuites à grande vitesse, des conduites à contresens ou des refus d’obtempérer en milieu urbain dense, augmentant fortement le risque d’accidents.

Comment expliquer ce comportement ? "Dans le refus d'obtempérer, il y a le refus, c'est-à-dire que c'est un acte volontaire. On ne s'arrête pas parce qu'on n'assume pas : soit vous n'avez pas de permis de conduire, soit vous avez pris une consommation de stup', soit vous avez pris de l'alcool… et vous préférez fuir, quitte à mettre en danger et les policiers, et les citoyens. On voit qu'il y a une partie de la société qui se radicalise par rapport à ça. Ils vivent dans leur société à eux, ils ne veulent pas vivre en société avec nous avec nos règles à nous. C'est un peu des sociopathes. La plupart du temps, ce n'est pas des primo-déliquants, on les a eus sur d'autres affaires. Et la justice n'est pas passée comme il fallait pour dire 'stop'", commente au micro de Sud Radio Jean-Christophe Couvy, secrétaire national du syndicat de police Un1té.

Le refus d’obtempérer, un révélateur de comportements à risque plus larges

Le profil des auteurs présente également des caractéristiques récurrentes. Les refus d’obtempérer sont très majoritairement commis par des hommes, souvent jeunes : près de trois quarts des personnes mises en cause ont moins de 30 ans. Ces situations sont fréquemment associées à d’autres infractions, comme la conduite sans permis, sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, ou encore l’utilisation de véhicules non assurés ou volés. Le refus d’obtempérer apparaît ainsi moins comme un acte isolé que comme un révélateur de comportements à risque plus larges.

Le phénomène présente aussi des disparités territoriales. Il est plus fréquent dans les zones urbaines, où la densité de circulation et les contrôles routiers sont plus importants. Certains territoires, notamment ultramarins, affichent des taux nettement supérieurs à la moyenne nationale. Toutefois, aucune région n’est totalement épargnée, ce qui confirme l’ampleur nationale du problème.

Mais c'est surtout un phénomène de société, fait valoir Jean-Christophe Couvy. "Quand il y a un parti politique qui ne cesse de répéter que la police est violente, que la police tue, qu'elle est raciste, qu'elle est aux mains du gouvernement pour martyriser les citoyens… Et pour certains cerveaux malléables, on y croit. Donc, quand il y a un contrôle routier, on n'a plus peur de foncer sur les policiers", explique le secrétaire national du syndicat de police Un1té à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Albin Teixeira.

"On essaie de préserver la vie humaine"

Sur le plan juridique, les sanctions prévues sont significatives. Le refus d’obtempérer simple est puni de deux ans d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. Des peines complémentaires peuvent s’y ajouter, comme la suspension ou l’annulation du permis de conduire, voire la confiscation du véhicule. Lorsque l’infraction est aggravée, les peines peuvent atteindre cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende, voire davantage en cas de blessures ou de décès. Cette sévérité vise à dissuader des comportements qui mettent en danger non seulement les forces de l’ordre, mais aussi les autres usagers de la route.

Alors, pourquoi les policiers ne font-ils pas usage de leur arme ? "Oui, mais ce n'est pas pour les refus d'obtempérer, c'est pour les vols avec violence et les vols à main armée. Là, effectivement, les policiers sont formés. En Angleterre, les policiers sont formés pour faire des chocs tactiques, comme ils appellent ça. Même si c'est de plus en plus controversé. Parce qu'en tant que policier, vous avez aussi la valeur humaine. Quand vous allez tamponner une moto par exemple sur un rodéo et que le gamin décède, il faut vivre avec ça toute votre vie. Vous n'êtes pas des bouchers-charcutiers, désolé pour eux, je n'ai rien contre, mais c'est juste une image. Nous, on fait notre métier et on essaie de préserver la vie humaine, même si des fois on doit se servir de notre arme, soit pour nous défendre, soit pour défendre des citoyens, pour neutraliser un individu qui est dangereux. Mais voilà, c'est pas notre but ultime de se lever le matin en disant : 'tiens, aujourd'hui je vais percuter deux-trois motos, ça va me faire plaisir, j'ai passé une mauvaise journée hier'", commente Jean-Christophe Couvy au micro de Sud Radio.

Et pourquoi ne pas se contenter de lire la plaque d'immatriculation, puis interpeller l'auteur des faits à son domicile ? "Mais si vous lisez une plaque d'immatriculation et que la voiture est volée ? J'entends des partis politiques dire : 'ah, mais vous regardez la plaque, et puis le lendemain, vous mettez un PV, vous allez l'interpeller'. Oui, mais une voiture volée, je fais quoi ? Double plaque, je fais quoi ? Je vais venir chez vous le lendemain en disant 'madame, c'est vous qui avez fait un refus d'obtempérer' ? Vous allez dire 'mais non, pas du tout'. La double plaque, c'est : je vais mettre les plaques de votre voiture sur ma voiture, et c'est vous qui allez recevoir les amendes. Et puis, on va venir vous interpellez vous, alors que vous n'y êtes pour rien. Et puis l'idée est aussi de montrer qu'il y a un réflexe, qu'il ne peut pas y avoir une impunité totale", explique Jean-Christophe Couvy.

Toutes les courses-poursuites ne vont pas jusqu'au bout pour autant. "On essaie de mettre de moins en moins en danger lors d'une course-poursuite ou les usagers, ou les policiers. Et l'idée, c'est de coordonner des forces de police pour essayer d'arriver en étau et de bloquer le véhicule à un moment donné. Ça nous arrive aussi de lâcher la 'prise en charge'. Quand on voit que la personne prend trop de risques, on se dit 'tant pis, le jeu n'en vaut pas la chandelle'. Mais souvent, la personne qui est chassée, elle, a un accident, rate un virage, et on la récupère quelques kilomètres plus loin", raconte Jean-Christophe Couvy.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Albin Teixeira.

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