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Guerre au Moyen-Orient : pourquoi l’industrie automobile mondiale s’inquiète

Après les frappes en Iran et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, l’industrie automobile redoute des conséquences sur ses chaînes d’approvisionnement, le transport des véhicules et le coût des matières premières. François Roudier, secrétaire général de l’Organisation internationale des constructeurs d’automobiles (OICA), analyse sur Sud Radio les impacts d’une crise qui pourrait désorganiser une partie du marché mondial.

Guerre au Moyen-Orient : pourquoi l’industrie automobile mondiale s’inquiète
(Photo by Thomas SAMSON / AFP)

Si la crise au Moyen-Orient met en lumière l’importance stratégique du détroit d’Ormuz pour l’acheminement du pétrole, il impacte le secteur automobile dans son ensemble. En effet, ce passage est une voie de transit essentielle pour le transport de nombreux véhicules exportés vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Pour certains constructeurs, les conséquences du conflit pourraient être importantes. « Lorsque vous regardez le blocage, pour les constructeurs chinois c’est à peu près 16 % de leurs voitures exportées qui ne pourront pas passer. Les Coréens c’est 8 %, les Japonais aussi », explique François Roudier, secrétaire général de l'Organisation Internationale des Constructeurs d'Automobiles (OICA).

Transports, production et prix du pétrole

Au-delà du transport des véhicules, la crise pourrait également toucher directement la production industrielle. La hausse du prix du pétrole et les tensions sur les dérivés pétrochimiques affectent de nombreux composants indispensables à la fabrication automobile. 

« Les pneumaticiens ont besoin des dérivés du pétrole pour faire leurs pneus », rappelle François Roudier. Cette dépendance à la pétrochimie touche aussi de nombreux éléments présents dans les véhicules modernes. « On voit qu’on a un effet direct sur le carburant, sur les véhicules qui ne peuvent plus rentrer et sur tout ce qui peut être lié à des dérivés du pétrole dans la fabrication d’automobiles », poursuit-il.

Aluminium, plastiques, acier : une production désormais mondialisée

Les perturbations pourraient également concerner d’autres matières premières clés pour l’industrie automobile comme l’aluminium, les plastiques et l’acier. Au cours des dernières décennies, une partie de la production industrielle liée à l’automobile a été déplacée vers les pays producteurs d’hydrocarbures.

« Les productions qui étaient souvent faites en Europe ont été localisées à côté des producteurs de pétrole », explique François Roudier. Une stratégie qui répondait à la volonté de certains États de diversifier leurs économies et de développer des industries à plus forte valeur ajoutée. « Les producteurs de pétrole voulaient aussi monter en gamme et en valeur ajoutée dans les produits qu’ils faisaient », ajoute-t-il. Mais cette évolution rend aujourd’hui les chaînes d’approvisionnement plus sensibles aux tensions dans la région.

Si les tensions se prolongent, les constructeurs pourraient être contraints de revoir leurs stratégies commerciales et logistiques. « Ça modifie les plans de distribution. Si vous exportez massivement dans les pays du Golfe, vous allez reporter votre exportation ailleurs. Ça désorganise, c’est compliqué », estime François Roudier.

Une opportunité pour l’Europe ?

Malgré ces inquiétudes, le responsable de l’OICA appelle à relativiser certaines réactions sur le marché de l’énergie. Si le détroit d’Ormuz représente environ 20 % du pétrole transporté dans le monde, d’autres sources d’approvisionnement existent. « Il y a une surréaction par rapport à ce qui se passe là-bas », estime François Roudier, rappelant que les grandes compagnies pétrolières et les assureurs ont depuis longtemps anticipé les risques de cette zone sensible.

Dans ce contexte, « c’est sûrement une opportunité pour les constructeurs occidentaux, qu’ils soient européens ou américains, pour gagner un peu plus », estime François Roudier. Mais cet avantage reste limité par la forte dépendance technologique vis-à-vis de l’Asie, notamment dans le domaine des batteries. En effet, « la majeure partie des batteries de véhicules, qu’elles soient électriques ou hybrides, restent chinoises », rappelle-t-il.

Une transition électrique déjà fragilisée

La crise intervient enfin dans un contexte difficile pour la transition vers la voiture électrique. Les investissements massifs réalisés ces dernières années pèsent lourdement sur les finances des constructeurs, tandis que les ventes ralentissent dans plusieurs régions du monde.

« On estime qu’on a perdu 70 milliards de dollars dans l’électrique », souligne François Roudier. Entre coûts énergétiques élevés, ralentissement de la demande et incertitudes géopolitiques, le secteur pourrait être contraint de revoir certains de ses plans.

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