single.php

Marine Tondelier : "Je propose d'instaurer des congés payés climatiques"

INTERVIEW SUD RADIO - 1er mai, superprofits pétroliers, primaire de la gauche : Marine Tondelier, sécrétaire nationale des Écologistes et candidate à la Présidentielle, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Marine Tondelier gouvernement
Marine Tondelier, interviewée par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 1er mai 2026, dans “L’invité politique”.

"Les macronistes font n'importe quoi ! Le gouvernement a essayé de faire pression sur l'inspection du travail, alors qu'elle est indépendante !" Au micro de Sud Radio, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes et candidate à l'élection présidentielle a répondu aux questions de Maxime Lledo.

Maxime Lledo : Vous faites partie des personnalités politiques qui pensent que les jours fériés et chômés ne sont pas suffisamment nombreux et qu'il faut absolument le préserver ?

Marine Tondelier : Il est férié dans 150 pays du monde et dans, je crois, 24 pays sur 27 en Europe. Donc oui, ce serait un peu bizarre que la France toute seule recule. Ce serait assez symptomatique de comment les politiques macronistes considèrent les travailleurs.

Il y a tout un débat aujourd'hui en France, on avait par exemple plusieurs invités politiques ce dernier mois qui ont plaidé pour que la journée du 8 mars soit un jour férié. Faites-vous partie des personnalités politiques qui pensent qu'il y a des éléments sur lesquels on doit imposer un jour férié pour célébrer ou pour prendre conscience d'un événement particulier ?

Il y a 12 jours fériés en moyenne en Europe, en France on en a onze. Donc il y a des politiques en France qui n'arrêtent pas de dire qu'on en a le plus du monde, ce n'est pas vrai ! Et s'il fallait en ajouter un le 8 mars, en honneur des droits des femmes, ce serait pas mal. Ça ferait au moins une journée par an ! Moi je célèbre le 8 mars férié ou pas férié, en tout cas.

Est-ce qu'en venant ici, vous avez aperçu une boulangerie ouverte ou un fleuriste ouvert ?

Je n'ai pas regardé. Mais surtout je voulais parler d'environnement, parce que ce sont les droits des travailleurs et en réalité les politiques publiques, quand elles ne prennent pas en compte la nature ou la santé, ce qui sont les sujets que je porte en tant qu'écologiste, c'est les travailleurs qui sont en première ligne.

Ça a été le cas avec la silicose, ça a été le cas avec l'amiante, ça a été le cas avec le chlordécone auxquels ont été exposés les ouvriers agricoles, notamment dans les territoires d'Outremer. Et donc c'est important pour moi d'avoir une parole là-dessus aujourd'hui, et notamment la proposition que les Écologistes souhaitaient faire à votre antenne, c'est d'instaurer des congés payés climatiques.

Parce que ça se fait dans d'autres pays. En Espagne, je serai dans quelques jours avec la ministre du Travail, Yolanda Diaz, ils ont instauré un congé payé climatique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que des fois il y a des travailleurs qui ne peuvent pas travailler pour des raisons climatiques.

Il y a 4 personnes sur 10 dans ce pays qui sont exposées dans l'année à des très très fortes chaleurs Dans les chantiers du BTP, ça peut être dans des usines aussi. J'avais visité Duralex, là où on travaille au niveau du four. Mais aussi dans des bureaux qui sont très mal isolés. Et donc aujourd'hui, il y a un décret un peu vague en France qui ne donne même pas de seuil à partir d'autant de degrés on arrête. Et surtout les gens peuvent se mettre en retrait, ou l'entreprise peut fermer. Mais ce n'est pas vraiment un congé payé, donc ça se fait sur le dos des travailleurs.

Donc ce serait quoi ? Une semaine de congé payé ?

Alors en Espagne c'est 4 jours, nous on est partis sur 5 jours, mais à discuter. On est en train d'en discuter avec les syndicats patronaux et des représentants des salariés évidemment.

Et ce que je trouve intéressant, c'est que ça peut être en cas de forte chaleur, mais ça peut être aussi dans d'autres cas. Exemple, quand il y a eu les très fortes inondations dans le Nord-Pas-de-Calais, à l'hiver 2023, il y avait des routes qui étaient impraticables.

Donc si vous pouvez faire du télétravail, vous en faites. Mais il y a des salariés qui ont dû prendre des congés sur leur congé, leurs cinq semaines de congé par an pour partir avec leurs enfants l'été, parce qu'ils ne pouvaient pas aller travailler. Il y a des fois, des moments, quand il fait chaud, où les écoles de vos enfants vont fermer.

Donc vous dites que pour ces cas-là, on leur permet de prendre des congés payés ?

C'est ça. Je veux des congés payés dédiés à cette situation. Je ne veux pas qu'ils puisent sur les congés payés qui étaient pour leur famille, pour leur repos. Parce que s'occuper des enfants qui n'ont pas école tout en télétravaillant, des fois c'est un peu compliqué.

Donc c'est ça qu'on peut explorer, parce qu'on est au XXIe siècle, qu'il y a des nouveaux risques et que le changement climatique, ce sont les travailleurs qui en sont en première ligne. Donc il faut les protéger, les accompagner.

Est-ce que vous encouragez l'inspection du travail, à appliquer la loi et donc à sanctionner aujourd'hui ceux qui se permettent d'ouvrir leurs portes et de faire travailler leurs salariés ?

On n'a rien compris parce que les macronistes ont fait n'importe quoi. Gabriel Attal qui fait sa proposition en force, Lecornu qui revient en arrière. Il fait un communiqué de presse oùdemande à l'inspection du travail de faire des choses pas très légales, de ne pas appliquer la loi.

C'est comme ça que s'organise le débat dans ce pays. Une crise, une polémique, tous les journaux s'excitent et puis demain tout le monde pensera à autre chose. Moi, ce que je dis, c'est qu'aujourd'hui, rentrent en compte les nouveaux prix du gaz : 15% en plus. Et la principale difficulté que vous rencontrez cette année, que ce soit les boulangers, les fleuristes, les artisans charcutiers bouchers et tous les autres, c'est ça.

Parce que quand le gaz augmente de 15%, imaginez tous les professionnels qui en sont dépendants, puis les particuliers. Derrière, en général, avec un peu de retard, c'est l'électricité qui augmente.

Mais vous dites quoi à l'inspection du travail ?

Je dis qu'on est vraiment la France, car les gens ne savent pas s'ils ont le droit de travailler ou pas. Il faut que les règles soient claires. Et là, franchement, aujourd'hui, je pense que les gens qui décident d'ouvrir ou pas, ils ne savent même pas dans quelles conditions ils prennent un risque. Je trouve que c'est très représentatif de notre pays. Moi, je dis à l'inspection du travail qu'elle est indépendante.

Et l'État de droit, c'est de respecter l'indépendance des corps de fonctionnaires. Mais la manière dont s'organise ce débat, sous la pression de Gabriel Attal, qui fait son pyromane, c'est n'importe quoi.

Le gouvernement a essayé de mettre une pression ?

Oui, c'est ce que le Conseil d'État dit quand on les interroge. Mais surtout, je dis, le principal problème là, c'est 15% d'augmentation du prix du gaz tout de suite, et l'électricité qui va suivre. Et bon courage aux artisans, aux commerçants et à tous les Français avec ça.

Total est sous le feu des critiques. Est-ce que vous faites partie des gens qui estiment qu'au milieu de cette crise, Total doit payer davantage ?

Total, au premier semestre 2026, fait 5 milliards de bénéfices et quand on compare avec le premier semestre de l'année dernière, c'est 51% de plus. Mais ce n'est pas 51% de plus parce qu'ils sont géniaux, c'est 51% de plus parce que nous, on a payé plus cher à la pompe et qu'ils ont acheté au prix classique des barils et qu'en mars, ils ont revendu à prix d'or parce que les cours avaient augmenté. Donc, c'est ce qu'on appelle les profiteurs de guerre.

Donc ?

Les écologistes ont déposé une proposition de loi le 14 avril dernier. Elle dit que vous prenez la moyenne des 3 dernières années des profits de Total et si ça augmente de plus de 20%, on taxe à 66%.

À 66% ? C'est communiste à ce niveau-là...

Oui, mais c'est de l'argent qu'ils n'ont pas mérité, qu'ils ont gagné sur le dos des Français, sur le dos de notre pouvoir d'achat et parce qu'ils ont profité d'une guerre. Donc, ça paraît logique.

Tous les pays d'Europe, un par un, sont en train de le demander, sauf la France parce qu'en France, on ne demande pas des comptes à M. Pouyanné, on lui donne la Légion d'honneur et moi, je suis pour qu'on lui retire la Légion d'honneur parce qu'il y a des conditions de retrait de la Légion d'honneur et je pense qu'il commence à s'en rapprocher.

Lesquelles ?

L'atteinte à l'honneur d'un pays, de ses fonctions. Je pense que ce qu'il fait en ce moment ne l'honore pas et que de lui-même, il devrait dire : "écoutez, cet argent, je l'ai gagné, ce n'est est pas mérité, on va le restituer aux Français parce qu'avec, on pourrait payer des aides".

Si vraiment il était généreux, il ne ferait pas 5 milliards de profits et 51% de profits de plus que l'année dernière. Les barils de pétrole de mois de mars qu'il a vendus à prix d'or, il les avait achetés au prix normal.

Donc à un moment, je ne dis pas qu'il a volé cet argent, je dis juste que quand on fait des superprofits liés à une crise ou à une guerre, il faut les rendre à l'État pour qu'on fasse des aides ciblées aux ménages qui sur le pétrole ou sur le gaz vont être en difficulté.

En revanche vous êtes pour l'électrification du pays. Mais comment la fait-on ?

Avec des aides courageuses qu'il faut financer en allant chercher les superprofits des pétroliers et ceux qui profitent de cette crise. On le fait en accompagnant vraiment les Français parce que vous savez, il n'y a rien de pire que de l'écologie quand elle n'est pas faite par les Écologistes ?

On peut électrifier le pays, Marine Tondelier, sans utiliser le nucléaire ?

Électrifier les usages, c'est comment on fait dans nos usages pour qu'il y ait plus de part d'électrique et après, comment on le produit ? Si vous savez construire une centrale nucléaire en 5 ou 6 ans, je vous regarde. Quand il y a une crise climatique et une crise énergétique, il faut agir vite. Ce qu'on sait faire vite, ce n'est pas des EPR, c'est plutôt des éoliennes.

Donc, c'est la meilleure énergie renouvelable et décarbonée. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est tout le monde. Et la Cour des comptes elle-même est très sceptique sur les nouveaux EPR.

Est-ce que la France ne s'est pas trompée sur le nucléaire depuis 10 ou 15 ans ?

Oui, sûrement, parce qu'on est aujourd'hui dans une forme d'impasse et qu'on est les bonntes d'âne sur le renouvelable en France, ce qui nous coûte très très cher. Donc si je suis présidente, il y aura une convention citoyenne sur l'énergie et les décisions ne seront pas prises je ne sais où, je ne sais comment, elles seront prises démocratiquement.

Ce sera un grand changement. Vous savez, je ne suis pas sectaire.

Pas sectaire, ça tombe bien parce que vous mettez beaucoup d'énergie à pousser cette idée de la primaire à gauche...

C'est navrant, voire indécent. J'étais hier sur une exploitation de betteraves dans l'Aisne et les agriculteurs disaient : "on est fatigué de tout ça". Je ne les laisserai pas tomber.

Et donc je vais adresser ce matin un message aux socialistes. Il y a des choses qui sont posées sur cette primaire. Le fait que 82% des électeurs de gauche et écologistes sont pour. 4% de plus qu'en février, c'est-à-dire que plus certains tapent dessus, plus les électeurs la veulent. C'est 87% des électeurs socialistes qui la veulent et 89% des électeurs écologistes. Premier acte.

Deuxième acte, les écologistes la portent depuis le début de manière très claire, très cohérente et continueront de le faire. François Ruffin s'est engagé aussi, Clémentine Autain, le parti de Benoît Hamon, tout le monde. On n'attend plus qu'eux.

Alors on a compris que Jean-Luc Mélenchon n'allait pas venir. Je pense même, on verra, que ce week-end, il déclarera sa candidature à la présidentielle. On a bien compris que lui ne viendrait pas dans la primaire. Par contre, le parti socialiste, je ne comprends rien et j'en ai marre parce que le temps presse. On n'est pas en train de dire ce sera la droite ou la gauche, ça va être l'extrême droite. Et donc notre devoir, notre responsabilité, c'est de nous organiser.

Donc, message aux socialistes : arrêtez de déconner les gars, faites votre vote, laissez choisir vos militants

François Ruffin s'est déclaré être hostile à l'immigration de travail en disant que quand la France parle ou cherche des médecins, elle ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens, roumains, elle doit avoir ses propres médecins. Que lui répondez-vous ?

Je suis en colère parce qu'il convoque de lui-même les sujets de l'extrême droite et qu'ils en parlent suffisamment.

L'immigration, c'est un sujet d'extrême droite ?

En fait, vous savez, les élections, elles sont aussi marquées par quels sujets font l'actualité et quels sujets font le débat. Vous savez bien que le système médiatique, une grosse partie de lui, essaye de prescrire des thèmes qui sont favorables à l'extrême droite.

C'est le cas du thème de l'immigration qui n'est pas le sujet principal qui touche le quotidien des français. Ce dont on vient parler sur le gaz, sur l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, ça c'est très concret.

Et aujourd'hui, certains ne le savent peut-être pas mais les travailleurs étrangers dont le Medef dit qu'il en faudra 3 millions d'oeufs en 2050 pour que notre économie tourne. Et donc, ces personnes aujourd'hui, elles travaillent au service des Français, au service de notre économie, elles cotisent pour les retraites, pour l'assurance maladie, pour tout et elles sont contributrices nettes.

Ça vous interpelle cette polémique autour de Master Poulet ?

Je suis fatiguée de tout ça franchement. Je trouve qu'il y a quand même plus grave dans le monde qu'un marchand de poulet où Karim Bouamrane met des plots devant, l'autre va s'acheter du poulet pour dire qu'il a vaincu les plots. Je ne comprends pas ce qu'on est en train de faire dans ce pays et je pense que ça donne une image délétère de la politique.

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
07H
06H
04H
23H
22H
21H
20H
19H
Revenir
au direct

À Suivre
/