"Trump à Versailles ? On ne déroule pas le tapis rouge à un tyran !" au micro de Sud Radio, Fabien Roussel a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
La guerre en Iran a "conforté un régime théocratique, c’est un immense gâchis, c’est une guerre pour rien"
Jean-François Achili : Donald Trump, au G7 à Évian, est-il à vos yeux le gagnant ou le perdant de cette guerre avec l’Iran ?
Fabien Roussel : "C’est le perdant. Mais les grands perdants, ce sont les peuples du monde : le peuple iranien, le peuple libanais, mais aussi tous les peuples qui ont souffert de l’économie de guerre qui s’est abattue à cause de la fermeture d’Ormuz et de la pression sur les prix du pétrole. C’est une guerre criminelle, et le président Trump et Netanyahou portent une lourde responsabilité dans ce conflit. C’est extrêmement grave."
Mais pas le régime des mollahs, à vos yeux ?
"Mais le régime des mollahs, qui massacre sa population, qui a réprimé dans le sang ceux qui espéraient un peu plus de liberté, eux, quelque part, vont sortir renforcés de ce conflit, parce qu’ils ne sont pas perdants. Ils vont même dire qu’ils ont gagné, qu’ils ont su résister. Et c’est pour ça que c’est extrêmement grave. Trump et Netanyahou arrivent à faire en sorte qu’à l’issue de ce conflit, un régime autocratique, dangereux, féodal, sorte renforcé. Et c’est pour ça que cette guerre est criminelle. Mais, en plus, elle a provoqué un chaos, conforté un régime théocratique, et c’est pour ça que c’est un immense gâchis, c’est une guerre pour rien. Et encore, est-ce qu’elle est terminée ? Peut-on parler au passé ? C’est pour ça que, moi, j’attends de voir, comme saint Thomas. Ils vont signer un accord qui n’est en fait qu’une trêve de 60 jours durant lesquels ils vont discuter de la mise en œuvre de cet accord. Et j’espère qu’il n’y aura pas de bombardement sur le Liban. J’espère que l’armée israélienne va quitter le Liban, qui est occupé aujourd’hui, et que cette trêve durera dans le temps."
🗣️@Fabien_Roussel : "La guerre ne résout rien ! Il est temps de mettre fin à cette guerre en Ukraine et que la France et la diplomatie européenne décident de prendre langue avec Poutine" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) June 16, 2026
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/cu9QD4iWmr
Vous dites la même chose pour Poutine et la Russie en Ukraine, Fabien Roussel ?
"Eh bien, la leçon qu’il faut retenir, et que Poutine devrait retenir, c’est que la guerre ne résout rien. La guerre qu’ont voulu faire Trump et Netanyahou en Iran n’a rien apporté d’autre que le chaos. La guerre que fait Poutine en Ukraine n’apporte rien que quatre ans de souffrance et plus de deux millions de victimes. Il est temps de mettre fin à cette guerre. Et là, en revanche, il est temps que la France et la diplomatie européenne décident de prendre langue avec Poutine pour y mettre fin. Et vous voyez comment ça se passe en Iran : aujourd’hui, les deux parties, Trump et le régime des mollahs, disent qu’ils ont gagné. On finit une guerre quand les deux parties arrivent à se mettre d’accord, et en faisant en sorte que les deux parties aient le sentiment de gagner. Il va falloir faire ça aussi en Ukraine, parce que cette guerre en Ukraine ne se terminera pas de manière militaire. Elle se terminera uniquement s’il y a un accord politique et diplomatique entre les parties."
Fabien Roussel, est-ce que le président Emmanuel Macron a raison de vouloir projeter le porte-avions Charles-de-Gaulle et sa flottille dans le détroit d’Ormuz pour participer à des opérations de sécurisation ?
"Que l’on participe à des opérations de déminage avec d’autres puissances, parce qu’on en a les capacités, somme toute, je dirais : faisons-le."
Vous le soutenez, Emmanuel Macron, là-dessus ?
"Mais c’est pour ça que je nuance. Que l’on puisse engager l’armée là-bas pour sécuriser un endroit dans une guerre où nous n’avons ni de près ni de loin à être mêlés, j’ai un doute là-dessus. Je ne souhaiterais pas que, demain, si le conflit reprenait et qu’un missile tombait sur le porte-avions, nous nous trouvions de toute façon en état de légitime défense et de devoir répondre. Donc je ne souhaite pas que l’on envoie le porte-avions. Que l’on envoie des démineurs et des opérations de déminage, c’est une chose. Que l’on envoie le porte-avions, je l’ai déjà dit, c’est un mauvais signal que nous envoyons."
"Trump n’a rien à faire à Versailles"
Sur le prix à la pompe, Emmanuel Macron promet que le gouvernement va s’assurer que la chute du cours du pétrole attendue soit bien répercutée. Vous le croyez ?
"Des paroles, des paroles, des paroles, chantait Dalida, et on continue encore avec des paroles. C’est du cinéma. J’ai envie de pousser un coup de colère : les Français, on en a marre, quoi. On se fait plumer par tous les bouts. Le Brent descend à 80 dollars, et on ne va pas voir le prix de l’essence baisser. Alors là, par contre, quand les prix augmentent, alors qu’ils sont encore dans les cuves des stations essence, le prix augmente tout de suite. Mais quand le prix du baril baisse, il faut des mois et des mois pour que ça se répercute à la pompe. Ils se servent, ils se gavent. Les raffineurs se faisaient 4 centimes de marge. Ils continuent de se faire plus de 10 centimes aujourd’hui. Total a gagné 6 milliards d’euros de plus en un trimestre."
Il a bloqué ses prix, c’est ce qu’il a dit. C’est le seul.
"Mais il a bloqué ses prix ? Vous rigolez. Il s’est fait une opération de pub et de com à quelques dizaines de millions d’euros, alors que c’est lui qui a le monopole complet. Il extrait le pétrole, il le raffine, il le distribue. C’est lui qui a le monopole de la distribution."
Les pétroliers se gavent, Fabien Roussel ?
"Oui, je le redis ce matin, et c’est la raison pour laquelle nous défendons le principe d’une nationalisation d’un grand groupe comme celui-ci, parce que c’est de cette manière que nous pouvons garantir des prix bloqués à la pompe pour les ménages, pour les familles, pour les travailleurs, mais aussi pour les entreprises."
🇫🇷Trump à Versailles
— Sud Radio (@SudRadio) June 16, 2026
🗣️@Fabien_Roussel : "Recevoir en grande pompe un tyran… Je ne comprends pas qu'on lui déroule le tapis rouge ! Macron est naïf, obséquieux... Il lui fait des courbettes !" #GrandMatin
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0826 300 300 pic.twitter.com/s3GKZTjTdW
Fabien Roussel, Donald Trump demain soir en grande pompe à Versailles. Vous êtes invité, au fait ?
"Je serais vraiment curieux d’être une petite souris, quand même, parce que recevoir en grande pompe un tyran tel que Trump... Il n’a rien à faire à Versailles. Et je ne comprends pas que l’on déroule le tapis rouge à un homme qui, avant d’arriver ici, menace de 100 % de droits de douane sur les vins français. Et c’est comme ça que lui dit merci à un pays qui l’accueille au château de Versailles. Franchement, le président de la République, je le trouve très naïf dans cette affaire. Faire des courbettes, lui dérouler le tapis rouge, faire les poignées de main viriles, et derrière, on se fait plumer. Il serait temps que la France, justement, joue de la politique et du bras de fer avec les États-Unis pour se faire un petit peu respecter. Vraiment, on a besoin d’un pays qui se fasse respecter, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui."
"Jordan Bardella est plus champagne que Picon-bière, il est plus loge VIP que bal populaire"
Bon, Fabien Roussel, parlons de Lyhanna. Vous avez participé hier soir à la manifestation parisienne. Il y en a eu d’autres, des rassemblements organisés partout en France. Ils vont se répéter pour réclamer cette loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Vous avez parlé de scandale d’État. J’imagine que vous ne changez pas d’avis là-dessus. Vous ne pensez que rien ne sera fait ?
"Mais j’espère que cette loi intégrale va être mise à l’ordre du jour, et que les 2,8 milliards qui sont demandés comme moyens à mettre en œuvre pour que l’on puisse remettre des juges, des magistrats, donner des moyens à la gendarmerie, des infirmières dans les écoles, des moyens pour les travailleurs sociaux, pour délivrer la parole des enfants, écouter la parole des enfants, et faire en sorte que chaque suspicion de violence, de viol contre des enfants, puisse être suivie d’effets derrière immédiatement, c’est indispensable et incontournable. Et là où je suis en colère, où je parle de scandale d’État, c’est que cela fait maintenant trois ans qu’une centaine d’associations, des partis politiques de gauche, des parlementaires, demandent la mise en application de cette loi. Moi-même, à la Fête de l’Humanité l’année dernière, nous avions reçu ces associations. Nous avons défendu les 82 propositions de la CIIVISE pour justement dire : il y a urgence. Nous avons tenu une conférence sur la petite enfance, place du Colonel-Fabien, avec ces associations. Ça fait des années que l’on demande des moyens en urgence, et il faut ce drame pour que l’on se dise : oui, il y a un sujet, il y a un déni. Il y a un véritable déni, et un mouchoir qui est mis sur ces drames pour ne pas débloquer 3 milliards."
La gauche parisienne a fermé les yeux, elle y participe. Le Parti communiste participe à la gauche parisienne. Sur le périscolaire, le scandale du périscolaire, là aussi, il y a un problème. Vous ne trouvez pas ?
"Mais le problème est profond. Et c’est bien pour ça qu’il y a un dysfonctionnement, un manque de moyens dans la justice, qui s’est révélé. Mais ce n’est pas que la justice : les travailleurs sociaux, les élus locaux qui ont justement en charge les temps périscolaires, la question des animateurs, la question des enseignants, des personnels, des infirmières dans les écoles pour écouter la parole des enfants, tout ça a disparu. Avant, on avait des infirmières dans tous les collèges, dans tous les lycées. Donc il faut un électrochoc, il faut une prise de conscience."
Bien sûr. Mais il n’y est pas ?
"Mais non seulement il n’y est pas, et si on est en colère, c’est parce que le président de la République a tout de suite dit : « Ne me parlez pas de moyens, il n’y a pas de problème de moyens. » Ils sont dans le déni, ils refusent de mettre l’argent qu’il faut pour que l’on s’occupe de nos enfants."
🗣️@Fabien_Roussel : "@J_Bardella est plus champagne que picon bière, plus loge VIP que bal populaire !" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) June 16, 2026
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/zCHf5gbwES
Fabien Roussel, sur la mobilisation, vous y étiez hier soir. Vous savez, il y a eu la marche blanche à Fleurance. Vous avez entendu la réponse de Jordan Bardella ? C’était sur BFM TV dimanche, à ceux — vous en faites partie — qui ont critiqué sa présence au Grand Prix de Monaco avec sa compagne, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, au balcon d’une loge VIP. C’était le jour de la marche blanche des 6 000 à Fleurance. Vous aviez dit dans Le Parisien : « Bardella n’a jamais été du côté des ouvriers, il préfère boire du champagne à Monaco avec sa princesse. » Réponse du président du RN au journaliste qui l’interroge et qui lui dit : « Où étiez-vous dimanche ? » Il dit : « Des marches blanches, il y en a tous les jours, et puis j’apprécie la Formule 1, j’y vais en famille », etc. Qu’est-ce que vous lui répondez ce matin ?
"Je réponds que le Rassemblement national n’a véritablement jamais été du côté du monde ouvrier, du monde du travail. Il n’aime pas, d’ailleurs, les manifestations. Souvent, quand il y a des salariés qui se mobilisent pour revendiquer leurs droits, notamment le droit à la retraite, il parle, lui, de ces syndicats qui prennent en otage les Français. Donc ils n’ont jamais été du côté de ceux qui se battent pour défendre leurs droits. Et c’est pour ça qu’il ne participe pas aux marches blanches, parce que je pense qu’il n’a peut-être même jamais manifesté de sa vie, ce garçon-là. Et il est plus champagne que Picon-bière, il est plus loge VIP que bal populaire. Qu’est-ce que vous voulez ? C’est peut-être la différence qu’il y a entre lui et moi."
Parlons de 2027, puisque nous évoquons Jordan Bardella, qui est en tête de tous les sondages. Fabien Roussel, un mot sur la Corse. Tiens, d’ailleurs, le projet de loi constitutionnelle pour la Corse autonome, le Parti communiste votera pour, d’un mot ?
"J’attends de voir le texte. Ce qui nous préoccupe, nous, en Corse, c’est bien sûr le respect du vote, le respect de l’identité corse, de sa langue, de son histoire, mais surtout que les Corses aient accès à des aliments qui n’explosent pas par rapport au continent, qu’ils aient accès à des logements, à des loyers décents, qu’ils aient accès à de l’essence à des prix normaux. Or, en Corse, tout coûte cher, tout coûte plus cher. Et la question de la vie économique et sociale, c’est ça qui est posé. Et je ne pense pas qu’en donnant à la région Corse des pouvoirs législatifs, notamment sur l’impôt, sur la fiscalité, cela va régler les choses. Au contraire, cela risque de créer une région autonome, et demain d’autres régions françaises pourraient revendiquer les mêmes législations. Et c’est comme ça qu’on explose la République, et qu’il y aura des régions riches, des régions pauvres, des petits Monaco qui se construiront, et ça se fera toujours au détriment des peuples."
"J’ai une ambition immense pour la France"
Fabien Roussel, 40e congrès national du Parti communiste le week-end du 3 juillet à Lille. Vraisemblablement, vous serez reconduit à la tête du parti. Vous savez, chez nous, un peu candidat, vous êtes un peu candidat unique dans l’histoire. Bref, 2027, la question sera tranchée aussi, la candidature ?
"On va prendre le temps de l’aborder, bien sûr. Il y a une échéance dans dix mois, maintenant. Moi, ça me démange de gagner pour les Français des hausses de salaires, du respect, de bonnes retraites, faire en sorte qu’en France on puisse s’épanouir au travail, que l’on puisse vivre dignement de son travail, que l’on puisse respecter la planète et s’engager dans la transition écologique. J’ai une ambition immense pour la France. J’ai envie de m’y plonger pleinement. J’ai envie d’empêcher que le Rassemblement national trompe les Français et réussisse à remporter cette élection. Je veux tout faire pour ça, et je veux une gauche qui soit suffisamment forte pour pouvoir l’emporter et lui donner une grande ambition. Maintenant, les communistes ont six mois pour en débattre. On va voter le 6 septembre prochain pour dire quel candidat nous souhaitons présenter, comment nous souhaitons aller là-bas, quelle utilité à cette candidature pour qu’elle soit justement la plus efficace pour porter un projet ambitieux pour notre pays."
🗣️@Fabien_Roussel : "J'ai une ambition immense pour la France en 2027. J'ai envie de m'y plonger pleinement, et j'ai envie d’empêcher que le RN trompe les Français" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) June 16, 2026
➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W
☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/4rE6psudQx
Mélenchon est déjà loin devant dans les intentions de vote. Vous avez vu ? Il est à fond, déjà.
"Parlons de projet et de programme. Et c’est ça sur lequel les Français doivent pouvoir se déterminer : qu’est-ce qui va changer pour eux au lendemain de l’élection présidentielle ? Quelles sont les grandes idées que l’on aura réussi à mettre dans le débat ? Et c’est pour ça que nous, nous voulons porter la question de la paix — on en a parlé en début d’émission —, mais aussi la question sociale, le respect du monde du travail, le respect du monde ouvrier, le respect de la jeunesse, le respect des retraités qui ont bossé toute leur vie."
Et là, vous allez y aller quand même, malgré cette concurrence ?
"On se donne six mois. On a commencé au mois de mars, on finira au mois de septembre. C’est une question sérieuse. Et nous sommes, nous, très attachés à la démocratie. Je dis « nous » parce qu’il y en a d’autres qui le sont moins. Nous, nous sommes très attachés à la démocratie, et nous sommes tellement attachés à la démocratie que nous la faisons vivre dans notre propre parti. Nous allons voter du début jusqu’à la fin sur le contenu du programme, sur le choix du candidat, sur l’utilité de cette candidature. Ça fera l’objet d’amendements. Et donc nous allons débattre démocratiquement pendant six mois, parce que c’est une affaire sérieuse. Et après, le message que je lance, c’est que nous devons être tous unis et être prêts à mener cette campagne. Nous avons des différences."
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !