"Il faut sortir du marché européen de l’électricité pour offrir à nos entreprises l’électricité la moins chère d’Europe." Au micro de Sud Radio, Philippe Brun a répondu aux questions de Benjamin Glaise.
"Le gouvernement a complètement asséché les finances des départements"
Benjamin Glaise : La France face aux incendies : des chiffres qui donnent le tournis. Plus de 116 000 hectares parcourus par les flammes depuis le début de l’année, plus de 13 000 départs de feu, 30 à 40 de plus chaque jour. Est-ce que vous, comme le RN et La France insoumise, vous dénoncez le manque de moyens matériels et financiers alloués aux pompiers, à la sécurité civile ? On a notamment l’insoumis Adrien Clouet qui parle, lui, carrément de scandale d’État. Vous êtes d’accord avec lui ?
Philippe Brun : "C’est une étrange défaite. Il y a, chaque année, un rapport qui est fait à la commission des finances par une députée socialiste qui s’appelle Sophie Pantel et qui pointe le manque de moyens et les risques, notamment face à la recrudescence des incendies. Moi, j’invite chacun à taper sur Google « Sophie Pantel rapport ». C’est une députée de la Lozère. C’est elle la responsable des crédits des pompiers à l’Assemblée nationale. Et qu’est-ce qu’elle dit ? Elle dit que les moyens manquent considérablement, qu’il y a une recrudescence du nombre d’interventions. Il y a une augmentation de 35 % du nombre des interventions depuis dix ans, dans les services départementaux d’incendie et de secours. Dans ces conditions, il faut que les moyens correspondent aux besoins et, malheureusement, ils sont très insuffisants."
Benjamin Glaise : « On est passé de deux à huit avions Dash, le budget de la sécurité civile a été quasiment multiplié par deux. » C’est ce qu’on dit du côté du gouvernement, du côté d’Emmanuel Macron. Ça ne vous satisfait pas ?
Philippe Brun : "Ce n’est pas vrai. Il a baissé de 4,5 % en 2025. Et puis, je le rappelle, la sécurité civile, c’est surtout les services départementaux d’incendie et de secours. Et qu’a fait le gouvernement ? Le gouvernement a complètement asséché les finances des départements. Je rappelle que les départements contribuent à presque 60 % du budget des services départementaux d’incendie et de secours."
"Aujourd’hui, les départements sont en grave difficulté. On va parler de la Gironde : le département est sous la menace d’une tutelle du préfet, vous le savez, parce qu’il n’a pas assez de moyens. Aujourd’hui, les départements sont financés essentiellement par les frais de notaire que vous payez quand vous achetez une maison ou un appartement. Il y a eu une baisse importante du marché immobilier parce que les taux d’intérêt de la Banque centrale européenne ont augmenté. Donc, il y a une baisse du marché immobilier. Aujourd’hui, le département est en grande difficulté et n’a donc pas les moyens de faire face, notamment, à cette augmentation importante des besoins. Il faut aujourd’hui qu’on ait un mode de financement spécifique aux services départementaux d’incendie et de secours. Il y a eu un Beauvau de la sécurité civile qui proposait aussi de mettre à contribution les compagnies d’assurance. Il est temps, maintenant, de le faire."
Incendies : "Il y a une insuffisance considérable des moyens"
Benjamin Glaise : Les assurances vont payer ? Elles vont augmenter leurs tarifs.
Philippe Brun : "En tout cas, il faut trouver un mode de financement. Et de toute façon, elles vont les augmenter quoi qu’il arrive. Vous vous rendez compte, quand vous avez des villages entiers qui sont décimés, que les primes d’assurance vont augmenter. Moi, je préfère que les primes d’assurance augmentent parce qu’on finance les pompiers plutôt que les primes d’assurance augmentent parce que des maisons ont été brûlées et détruites. Et je pense qu’elles augmenteront moins si on augmente cette petite taxe sur les conventions d’assurance, qui permettra d’éviter des drames, d’éviter des vies brisées, plutôt que cette augmentation générale des primes."
Benjamin Glaise : Scandale d’État ou pas, selon vous, Philippe Brun ?
Philippe Brun : "En tout cas, il y a une insuffisance considérable des moyens. Et, à chaque fois qu’on a une crise en France, on se rend compte à quel point notre État est défaillant. On a eu l’affaire des masques : on se rend compte, pendant le Covid, qu’on avait détruit par erreur nos stocks stratégiques de masques, qu’on n’était plus capables de produire des masques en France. Là, aujourd’hui, on a les incendies. On se rend compte qu’il y a des Canadairs qui ne marchent pas. On se rend compte que nos services départementaux d’incendie et de secours ont des moyens qui sont insuffisants."
Benjamin Glaise : C’est une question de volonté ?
Philippe Brun : "C’est une question de volonté politique. Aujourd’hui, il y a une forme d’incurie générale. C’est-à-dire que l’État s’occupe de beaucoup de choses, mais ne s’occupe pas des choses importantes dont ont besoin les Français. Il faut aujourd’hui revoir ses priorités."
Benjamin Glaise : LFI réclame une session extraordinaire à l’Assemblée nationale pour donner davantage de moyens à la sécurité civile. Vous y êtes favorable ou pas ?
Philippe Brun : "Oui. Je l’ai proposé moi-même lundi sur une chaîne concurrente. Il y a deux choses à faire."
"Premièrement, il faut adopter ce que nous proposons sur les conventions d’assurance pour donner des moyens immédiats, importants. Les incendies, ce n’est pas terminé. On va en avoir au cœur de l’été."
"Deuxièmement, il y a une loi qui va être inscrite à l’ordre du jour, proposée par un député qui s’appelle Fabrice Barusseau. C’est une loi d’adaptation au changement climatique qui prévoit de revoir, vous savez, tout le droit applicable aux communes, aux plans communaux de sauvegarde, pour s’adapter justement à ces incendies, au réchauffement climatique. Le gouvernement a dit qu’il était favorable à ce que cette loi soit inscrite. Je pense qu’il faut l’adopter rapidement."
Benjamin Glaise : Par rapport à ce qui se passe, en tout cas, en ce moment devant nos yeux, est-ce qu’il faudra en passer par une commission d’enquête ? Ce sera nécessaire ?
Philippe Brun : "On peut le faire. Il y a un rapport, je vous le dis, chaque année, de la commission des finances, qui est fait par une députée qui a les mêmes moyens qu’une commission d’enquête puisqu’elle a un contrôle sur pièces et sur place au ministère de l’Intérieur. Donc, moi, je vous invite à lire ce rapport. On peut faire une commission d’enquête en plus, mais elle ne fera que reprendre les conclusions de ce rapport."
"On est en train de vivre l’été probablement le moins chaud des trente prochaines années"
Benjamin Glaise : Le temps du retour d’expérience viendra. On ne le fait pas au milieu de la bataille. C’est Emmanuel Macron qui l’a dit à propos des polémiques. Est-ce que la gauche, est-ce que vous, est-ce que le RN instrumentalisez ce qui se passe actuellement, ces incendies en Gironde notamment, mais pas seulement, puisqu’il y en a d’autres, bien sûr ?
Philippe Brun : "Écoutez, il y a des vies qui sont brisées, il y a des villages entiers qui sont décimés. Il y a quand même le sentiment d’une vraie rupture de prise en charge à la fois des populations et des conséquences dramatiques de ce phénomène, aujourd’hui, sur les populations. Il faut aujourd’hui en tirer les conséquences. Le président de la République ne peut pas mettre sous cloche la démocratie. Il est normal que les forces d’opposition disent ce qu’elles pensent et viennent aussi faire des propositions. On a une élection présidentielle l’année prochaine et la question du changement climatique sera au cœur."
Benjamin Glaise : Ce n’est pas la campagne présidentielle qui se joue déjà ?
Philippe Brun : "Non. Il faut se rendre compte d’une chose : on est en train de vivre l’été probablement le moins chaud des trente prochaines années. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on crève de chaud, et il faut se rendre compte qu’on va crever de plus en plus de chaud durant les prochaines années. Il faut donc qu’on s’adapte. Et c’est aussi l’enjeu de cette élection présidentielle. Les solutions d’hier n’ont plus lieu d’être. On va rentrer dans une nouvelle France avec de nouvelles idées."
Benjamin Glaise : Est-ce qu’il va falloir couper des arbres pour sauver nos forêts ? C’est ce que proposent un certain nombre de forestiers. On était tout à l’heure avec Bruno Lafon, qui est maire de Biganos et président de l’association de défense des forêts contre les incendies pour la Nouvelle-Aquitaine.
Philippe Brun : "Oui. C’est possible qu’on crée des zones tampons, qu’on fasse en sorte que, dans la gestion forestière, il y ait des coupe-feu. En tout cas, je pense que les conséquences climatiques d’un feu de forêt, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, sont bien supérieures à quelques coupes claires que l’on ferait pour éviter la propagation des feux. La gestion forestière, il faut évidemment la faire, et mettre à jour nos plans communaux de sauvegarde pour créer ces zones tampons, pour pouvoir arrêter les feux au bon endroit."
"Il n’est pas normal que le capital soit aujourd’hui beaucoup moins taxé que le travail"
Benjamin Glaise : Philippe Brun, député de l’Eure, je le rappelle, candidat à la primaire interne du Parti socialiste en vue de la présidentielle. L’un de vos combats concerne les salaires. Vous souhaitez rapprocher le salaire net du salaire brut. Comment comptez-vous vous y prendre concrètement ?
Philippe Brun : "Écoutez, aujourd’hui, quel est le problème ? Les salariés sont les vaches à lait du système. Entre ce que votre patron vous verse et ce que vous touchez sur votre feuille de paie, il y a une différence de 60 %. Le capital, lui, n’est taxé qu’à 30 %. Donc, on demande aux salariés de payer à eux seuls la protection sociale de 70 millions de Français. Il y a 27 millions de salariés en France, du public et du privé, qui paient pour 70 millions. Moi, ce que je propose, c’est qu’on baisse de manière importante la CSG."
Benjamin Glaise : Et comment compensez-vous alors cette baisse de la CSG ?
Philippe Brun : J"e compense. Ça coûte 17 milliards. Je compense par une taxation supplémentaire du capital. Il n’est pas normal que le capital soit aujourd’hui beaucoup moins taxé que le travail. Je propose aussi de taxer les GAFAM, l’intelligence artificielle, l’automatisation. Aujourd’hui, on va avoir beaucoup d’emplois qui vont être remplacés par l’intelligence artificielle, beaucoup d’emplois qui vont être remplacés par le numérique. Il faut que le numérique contribue aussi au financement de la Sécurité sociale, sinon on ne s’en sortira jamais."
Benjamin Glaise : L’instauration d’un salaire maximum, c’est ce que propose La France insoumise, qui propose précisément un écart maximal de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise. Est-ce que vous êtes vous-même favorable à une telle mesure, Philippe Brun ?
Philippe Brun : "Nous l’avons fait, nous, les socialistes au pouvoir, dans les entreprises publiques. Aujourd’hui, il y a un écart maximal de 1 à 20 dans les entreprises publiques. En tout cas, ce qu’il faut, c’est que le travail paie."
Benjamin Glaise : C’est non ?
Philippe Brun : "Non, on peut le faire, mais moi, je ne suis pas en désaccord fondamental avec cette proposition. Moi, ce que je pense, ce qui est important, c’est que je pense à tous les gens qui nous écoutent ce matin sur Sud Radio, qui vont bosser, qui gagnent entre 1 800 et 2 500 euros par mois, qui n’arrivent pas à finir les mois, qui paient les crédits de la voiture, qui paient les crédits de la maison, qui ont du mal à se loger, qui vivent très, très loin de là où ils travaillent. Et cette France-là, aujourd’hui, personne ne la défend. Et c’est cette France que je veux défendre aujourd’hui, cette France des salariés qui n’arrivent plus à vivre de leur travail tellement, aujourd’hui, les salaires sont bas."
Benjamin Glaise : Avec un SMIC revalorisé à 1 700 euros nets ?
Philippe Brun : "De toute façon, on y va. La vérité, c’est que le SMIC augmente naturellement. Le problème, c’est que l’échelle des salaires, elle, n’augmente pas et qu’on assiste à une smicardisation de la France. Aujourd’hui, un professeur en début de carrière est au SMIC. Ça paraît délirant pour quelqu’un qui a passé un concours difficile et qui a fait cinq ans d’études. Donc, l’enjeu, aujourd’hui, c’est d’augmenter l’ensemble de l’échelle des salaires. Il faut aujourd’hui surtout baisser les impôts sur les salaires parce qu’il y a trop de mise à contribution des salaires. Les salariés paient trop et le capital ne paie pas assez. Moi, je propose qu’on rééquilibre."
"Ce qui compte, c’est le prix de l’électricité"
Benjamin Glaise : Philippe Brun, député de l’Eure, candidat à la primaire interne du Parti socialiste. À part sur les salaires, vous êtes en train de peaufiner votre programme économique, justement, pour cette primaire. Quelles en sont les mesures principales ?
Philippe Brun : "Mon programme sera dévoilé le 19 août prochain. Il s’appelle « Produire ». Moi, je dis que l’essentiel, pour les prochaines années, c’est que la France retrouve le chemin de la croissance. Le problème, aujourd’hui, c’est qu’on a notre PIB par habitant qui est la moitié de celui des États-Unis. On a un pays qui s’appauvrit, qui n’a plus les moyens, aujourd’hui, de ses ambitions. Je propose un grand plan de développement industriel."
Benjamin Glaise : Comment ?
Philippe Brun : "En renationalisant EDF et en sortant du marché européen de l’électricité pour offrir à nos entreprises l’électricité la moins chère d’Europe. En ayant l’électricité la moins chère d’Europe, on permettra l’arrivée de nouveaux data centers, on permettra aussi d’arriver à la frontière de l’intelligence artificielle et l’installation de nouvelles usines, parce que je crois que ça doit être la priorité."
Benjamin Glaise : Sur les impôts aussi, sur les entreprises ?
Philippe Brun : "Écoutez, les impôts de production ont déjà beaucoup baissé en France. Il faut comprendre que, dans un monde qui va être robotisé, qui va être automatisé, dans la chaîne de valeur de l’industrie, c’est l’énergie qui sera le principal déterminant. Dans la métallurgie, par exemple, l’électricité représente 35 % des coûts, la masse salariale seulement 18 %. Vous pouvez faire toutes les baisses de cotisations sociales du monde, vous pouvez faire toutes les baisses d’impôts de production du monde : ce qui compte, c’est le prix de l’électricité. Et donc, il faut aujourd’hui qu’on garantisse le prix de l’électricité le moins cher possible à nos entreprises. Et c’est comme ça qu’on fera venir les industries dans notre pays."
Présidentielle : "La priorité, c’est de parler aux ouvriers et aux employés, à cette France oubliée"
Benjamin Glaise : Primaire du Parti socialiste, ce sera le 11 octobre prochain. Primaire interne, ça veut dire que ce sont seulement les adhérents qui vont pouvoir voter ?
Philippe Brun : "Alors non. Vous pouvez adhérer jusqu’au jour J pour une somme qu’on est en train de définir, qui va être autour de cinq ou dix euros — j’espère cinq euros. Et donc, vous pourrez adhérer le jour J, et pas forcément au Parti socialiste. Vous adhérez à une sorte d’association qui vous permet de voter."
Benjamin Glaise : À quoi va-t-elle servir ? À finalement mettre un terme aux divisions qui minent le Parti socialiste, à tenter de se réunifier ? Ça va être compliqué, non ?
Philippe Brun : "Ça va créer une dynamique parce qu’il va y avoir des débats à la télévision, vous allez découvrir de nouveaux visages — j’en fais partie. Et puis, c’est un moment aussi de définition de nouvelles priorités. Vous aurez le choix entre plusieurs options. Il y aura l’option Raphaël Glucksmann, que l’on connaît, qui est d’une gauche européenne et plutôt libérale. Très bien. Il y aura l’option d’Olivier Faure, une gauche plutôt proche des idées de Jean-Luc Mélenchon, l’unité, etc. Et puis il y aura la gauche populaire que je défends, celle qui parle du prix du carburant, celle qui parle des salaires, celle qui veut réconcilier la gauche avec les ouvriers qui sont partis au RN."
Benjamin Glaise : Ceux qui parlent aux électeurs du RN ?
Philippe Brun : "Moi, je suis le seul député non-RN de l’Eure. Je suis dans une circonscription qui vote RN au niveau national et qui vote pour son député socialiste aux élections législatives et aux élections locales. Et moi, je crois qu’aujourd’hui, la priorité, c’est de parler aux ouvriers et aux employés, à cette France oubliée, cette France qui gagne entre 1 800 et 2 500 euros par mois. Je crois qu’il faut défendre cette gauche populaire entre la gauche libérale et la gauche radicale. Il faut que la gauche populaire prenne tout son envol, et c’est la candidature que je défends."
Benjamin Glaise : On me disait que Raphaël Glucksmann était proche de participer à cette primaire interne du Parti socialiste. Vous confirmez ?
Philippe Brun : "Oui. Oui, je crois qu’il y participera. C’est acté. En tout cas, Place publique y participera, son parti, et je ne vois pas qui d’autre, à Place publique, pourrait être candidat, si ce n’est lui."
"Je ne souhaite pas faire une candidature commune avec Jean-Luc Mélenchon"
Benjamin Glaise : Bon, en cas de victoire, en tout cas, votre objectif, c’est l’union de la gauche. Un candidat unique pour la gauche, c’est ça, l’objectif ? Une union, ça veut dire avec La France insoumise ?
Philippe Brun : "Il n’y aura pas de candidat unique de la gauche. Moi, je ne souhaite pas faire une candidature commune avec Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon sera candidat, comme il y a toujours eu, dans notre histoire, deux gauches. François Mitterrand est élu en 1981 et Georges Marchais est candidat contre lui. François Hollande est élu en 2012 et il y a, à l’époque, Jean-Luc Mélenchon, déjà, qui est candidat contre lui. Donc, il y aura deux candidats de gauche. Ce qu’il faut, c’est qu’il y en ait un qui représente une gauche populaire, pas une gauche radicale : une gauche populaire qui parle aux gens. Je crois que ce candidat-là peut créer la surprise et peut l’emporter face à Marine Le Pen."
Benjamin Glaise : François Hollande, Bernard Cazeneuve, toujours pas candidats, ils n’ont pas prévu d’être candidats à cette primaire interne, à la différence de Ségolène Royal, qui est candidate. Qu’est-ce que vous pensez pouvoir apporter de plus par rapport à l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 ?
Philippe Brun : "Moi, j’apporte ma jeunesse, mes idées neuves. Moi, je vais parler des familles monoparentales, je vais parler des gens qui ont du mal à remplir leur réservoir de carburant. Je vais parler aussi de la parité populaire. Je propose notamment qu’on crée des quotas d’ouvriers, d’employés à l’Assemblée nationale, pour qu’on n’ait pas que des cadres, comme c’est le cas aujourd’hui. Moi, j’amène mes idées neuves, celles d’un jeune parlementaire qui a battu deux fois le Rassemblement national dans l’Eure."
Benjamin Glaise : Et qui peut battre Jean-Luc Mélenchon à gauche ?
Philippe Brun : "En tout cas, cet effet de surprise, on verra jusqu’où il ira. Mais imaginons que je sois élu à la suite de cette primaire : ça créera une situation nouvelle. Aujourd’hui, on voit bien que Jean-Luc Mélenchon domine le jeu sur les candidats qui sont connus des Français. On verra. En tout cas, je crois que la primaire créera une dynamique pour le candidat qui en sera vainqueur."
Loi d'urgence agricole : "cette loi, elle ne va pas dans le bon sens. On ne peut pas aller contre la science"
Benjamin Glaise : Vous êtes passé récemment par Château-Chinon, j’ai vu sur vos réseaux sociaux. Vous avez écrit : « Sur les traces de François Mitterrand, puis la force pour 2027. » Vous vous voyez un petit peu comme le François Mitterrand de 2027 ?
Philippe Brun : "Non. D’abord, François Mitterrand avait 67 ans quand il a été élu président de la République, donc je ne me vois pas comme François Mitterrand. Mais je crois qu’il faut tirer beaucoup de leçons de François Mitterrand à Château-Chinon. Vous savez que le député, maintenant, est RN, d’ailleurs. Dans la circonscription de Léon Blum, le député aussi est RN. Dans la circonscription de Jean-Pierre Chevènement, le député est RN. Jean Jaurès : le député est RN."
"Et François Mitterrand, c’était quoi ? C’était la détermination. C’était aussi la ruralité. C’est quelqu’un qui s’est enraciné d’abord dans la ruralité. Il ne faut pas oublier que la gauche, elle vient de là. Elle ne vient pas des centres-villes aisés. On n’a pas été inventés, nous, la gauche, pour défendre les bobos. C’est bien que les bobos votent pour nous. On en a besoin, parce qu’on a besoin qu’il y ait une bourgeoisie éclairée qui défende nos combats. Mais nous, on a été inventés pour défendre les ouvriers et les employés. C’est eux qu’on doit défendre. Et là, je pense que c’est important, dans la vie politique, de savoir pour qui on se bat. Et François Mitterrand, il savait pour qui il se battait."
Benjamin Glaise : La loi d’urgence agricole qui est passée, avec la réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides. Vous appelez tous ceux qui sont décorés de la Légion d’honneur à la rendre ? C’est ce qu’a fait la romancière Agnès Ledig.
Philippe Brun : "Non, je ne sais pas. Les histoires de trafic de décorations ne m’intéressent pas tellement. Maintenant, cette loi, elle ne va pas dans le bon sens. On ne peut pas aller contre la science. On ne peut pas aller contre cette avancée qui fait qu’il faut réduire les produits phytosanitaires en France. En revanche, il faut travailler sur quelque chose : tous ces produits importés qui sont bourrés de pesticides. Aujourd’hui, 28 % des produits qu’on consomme contiennent des pesticides interdits sur le sol européen. Moi, j’avais déposé un recours en justice qui s’appelait « Justice pour nos agriculteurs » pour interdire l’importation de ces produits. Il est toujours en cours d’examen."
"Il y a une loi qui avait inscrit ça dans la loi Égalim. Il y avait un article qui, normalement, interdisait l’importation de ces produits, mais il n’y a aucun contrôle aujourd’hui. Donc, ce qu’il faut faire, c’est arrêter les pesticides et, en échange, évidemment, arrêter d’importer ces produits étrangers. L’acétamipride, par exemple, est toujours utilisé au Canada. On importe du maïs canadien bourré d’acétamipride, qui est interdit en France depuis vingt ans."
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