Jacques Cardoze : Bonjour, Ségolène Royal. Samedi dernier, un groupe religieux hindou a demandé et obtenu d'invisibiliser les femmes lors d'une visite. La France perd-elle son identité et sa liberté en acceptant ce genre de compromission ?
Ségolène Royal : « Écoutez, je vais être brève sur ce sujet-là parce qu'il y a une hiérarchie pour moi des priorités dans ce qui se passe en France aujourd'hui, au moment où les Français n'arrivent pas à boucler leur fin de mois à cause de l'explosion du prix de l'énergie et des carburants.
Donc la chose est simple, la réponse est simple : c'est l'ordre juste qu'il faut appliquer. C'est-à-dire que si en effet un groupe de visiteurs vient et impose des règles qui ne sont pas conformes au droit français, eh bien ils ne visitent pas la Tour Eiffel. Point. C'est tout. Donc voilà, les choses sont claires. »
« S'ils imposent des règles non conformes au droit français, ils ne visitent pas la Tour Eiffel »
Comment cet ordre juste s'applique-t-il concrètement dans cette situation ?
« Eh bien, je viens de vous le dire. C'est-à-dire des gens qui se présentent au guichet de la Tour Eiffel et qui disent "On ne veut pas le personnel féminin lors de notre visite." On leur dit : "Merci messieurs, et vous ne rentrerez pas et vous ne visiterez pas la Tour Eiffel." »
Pourtant, le principe d'égalité et la visibilité des femmes ne sont-ils pas fondamentaux ?
« Je viens de vous répondre, donc n'en faisons pas des tonnes par rapport à ce que vivent aujourd'hui les Français qui sont bien plus inquiets sur d'autres sujets. »
🔴 Femmes mises en retrait à la Tour Eiffel
— Sud Radio (@SudRadio) September 8, 2026
🗣️ @RoyalSegolene : "Il faut appliquer l'ordre juste. Si des gens se présentent et n'acceptent pas les règles : ils ne rentrent pas" #GrandMatin
📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt pic.twitter.com/wuHei7R5bs
« Savoir être le porteur des voix des sans voix »
Dans la même journée, on a appris la position de Mathilde Panot sur l'abaya. C'est bien le cœur de l'actualité ?
« Mais arrêtez. Vous en avez marre avec ce sujet et le foulard, et arrêtez franchement hein, vous êtes en train de dégrader la politique en faisant cela. Je vais vous répondre, mais faites attention, vous avez vu ce qui se passe en Allemagne, vous êtes en train de dégrader la politique. Il faut écouter les gens pour savoir être le porteur des voix des sans voix. Vous savez, aujourd'hui, il y a des millions de parents, 12 millions de parents, 12 millions d'élèves qui viennent de rentrer à l'école. Il y en a beaucoup qui sont sans enseignant en face d'eux, et il y a le classement PISA qui, une fois de plus, va faire reculer le classement de la France. Vous ne croyez pas que c'est un sujet, ça ? »
Le prix de l'essence suscite également une grande angoisse quotidienne ?
« Le prix de l'essence, vous ne croyez pas que c'est un sujet, l'angoisse de tous les jours des gens qui vont travailler et qui regardent ce qu'ils doivent payer alors qu'il y a des solutions, alors qu'on devrait baisser les taxes sur l'essence ? C'est ça qui devrait faire un sujet : demander au gouvernement de baisser les taxes sur l'essence, ça c'est un sujet. »
« Comment se fait-il que ce gouvernement soit aussi inerte ? »
Quelles sont vos propositions concrètes en matière de pouvoir d'achat ?
« C'est de baisser les taxes sur... C'est là, il y a un sujet majeur sur l'énergie. Ce sujet essentiel sur l'énergie, c'est celui qui explique aujourd'hui des dizaines et des dizaines de faillites d'artisans, de commerçants. Les centres-bourgs sont en train d'être dévitalisés. Il y a un mouvement aujourd'hui des buralistes pour d'autres raisons, mais les buralistes, ils jouent un rôle essentiel dans les centres-bourgs et dans les petites communes parce que ce sont des lieux de convivialité, des lieux de rassemblement.
Et parallèlement, il y a un rapport aujourd'hui qui vient de sortir sur des psychiatres qui montre que l'un des fléaux sociaux en France, c'est la solitude. Effectivement, cette solitude se renforce, elle a été renforcée par le Covid et aujourd'hui elle est en train de se dégrader encore. Cette situation se dégrade encore parce qu'il n'y a aucune attention qui est portée à la fermeture des petits commerces, des artisans, des boulangers même qui ferment parce qu'ils n'arrivent plus à payer l'électricité.
Comment se fait-il que ce gouvernement soit aussi inerte ? Mais bien sûr qu'il faut baisser les taxes sur l'énergie, mais bien sûr, mais tous les jours le tissu social se dégrade. Vous savez, ils ont encore 8 mois pour faire des bêtises, ceux qui nous gouvernent. 8 mois de dégradation encore qu'on va subir tous les jours. Regardez la liste des milliers d'entreprises qui aujourd'hui déposent le bilan, y compris des entreprises industrielles de très haut niveau. »
🗣️ "Il faut baisser les taxes. Il y a un sujet majeur sur l'énergie. Comment ce Gouvernement est aussi inerte ? Encore huit mois de macronisme c'est trop !"
— Sud Radio (@SudRadio) September 8, 2026
💰Les propositions de @RoyalSegolene sur le pouvoir d'achat #GrandMatin
📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt pic.twitter.com/9W03bgPOhc
« Nous devons reprendre notre souveraineté énergétique »
Jean-Luc Mélenchon propose le blocage des prix et des loyers. Est-ce une proposition que vous faites également ?
« Mais bien sûr, la France produit de l'énergie moins chère que ses voisins et cet avantage comparatif, nous ne pouvons pas l'utiliser parce que l'Europe nous a obligés à nous aligner vers les prix les plus élevés. Cet alignement, il s'est fait au moment de la réunification allemande. On a dit : "Il faut aider les Allemands, donc il ne faut pas de conditions compétitives négatives pour eux, on va donc tous s'aligner sur le prix de la production d'énergie allemande."
Mais ça suffit aujourd'hui. Ça y est, les années sont passées. Donc les investissements qu'ont faits les générations qui nous ont précédés dans le nucléaire, dans les barrages hydroélectriques, dans la géothermie même dans certains endroits, ces investissements-là doivent profiter aujourd'hui aux nouvelles générations et par conséquent nous devons reprendre notre souveraineté énergétique. »
« On a découvert cet océan de maltraitance et d'abus sexuel »
Le Parlement reprend les discussions sur la loi contre les violences sexistes et sexuelles. Le gouvernement aura-t-il les moyens de ses ambitions ?
« Oui, même si c'est court. Vous vous rendez compte, il a fallu attendre 10 ans sur un sujet qui avait été décidé comme étant prioritaire par Emmanuel Macron : priorité sur la violence faite aux femmes, priorité sur la violence faite aux enfants. Non seulement il ne s'est rien passé, mais on a découvert cet océan de maltraitance, d'abus sexuel qui n'arrivait pas jusqu'aux tribunaux faute d'instructions disant aux tribunaux et aux policiers que c'était une priorité, que c'était une urgence, ça n'a jamais été le cas. Et faute de moyens aussi donnés à la justice, aux investigateurs et aux enquêteurs. »
🔴 Loi intégrale sur les violences faites aux femmes
— Sud Radio (@SudRadio) September 8, 2026
🗣️ @RoyalSegolene : "Il a fallu attendre 10 ans ! @GDarmanin n'a rien donné du tout. Ce Gouvernement a été à l'origine de révoltes sociales" #GrandMatin
📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt pic.twitter.com/1KYe1NL63E
« Les violences sexuelles n'étaient pas une priorité pour le gouvernement »
Pourtant, Gérald Darmanin affirme avoir donné les instructions nécessaires sur ce point ?
« Pas du tout, il n'a rien donné du tout. Vous avez vu le rapport, il n'a rien donné du tout. Pourquoi il n'a rien donné du tout ? Parce que ce gouvernement a été à l'origine de révoltes sociales, donc la priorité, ça a été la répression des révoltes sociales. Donc les violences sexuelles, ce n'était pas une priorité. Vous savez très bien puisqu'il y a un rapport qui a montré que dans les instructions qui ont été données, jamais cette priorité-là n'a été mise sur la table.
Donc au-delà de la loi, bien sûr qu'il faut la loi, mais au-delà de la loi, c'est une question de moyens et de rapidité. Moi, je suis pour l'installation des caméras de vidéosurveillance partout où il y a de l'accueil de la petite enfance, partout. Et j'aurai l'occasion d'en reparler à Fortville. Nous sommes en train de monter un projet qui justement pourrait être généralisé à l'ensemble du territoire. »
« Il faut arrêter de parler des milliards »
Aurore Bergé a assuré que le budget de 3 milliards d'euros par an ne bloquerait pas, malgré les difficultés de financement ?
« Il faut que la loi bien sûr soit financée. Mais vous, il faut arrêter de parler des milliards là, des milliards, des milliards, des milliards qui dégoulinent dans tous les sens. Il y a de la volonté politique derrière. Vous aurez beau mettre des milliards et des milliards s'il n'y a pas la volonté politique à un moment de mettre des caméras de vidéosurveillance, d'être vigilant sur le recrutement des animateurs périscolaires, de préférer de recruter, à compétences égales, quand on ne sait pas qui c'est les hommes...
Il y a des hommes qui sont effectivement formés, qui ont des références, qui ont fait leurs preuves etc., et puis il y a des recrutements, on ne sait pas qui c'est. Eh bien entre un homme et une femme, il faut prendre une femme. C'est assez simple, voilà. Donc je veux dire qu'il y a aussi du bon sens. »
« La société a volé le droit à l'insouciance des enfants et des adolescents »
Comment peut-on mieux accompagner et éduquer face aux dérives familiales ?
« Il y a aussi, je pense, à le rappeler aux parents parce qu'il y a beaucoup de maltraitance dans les familles, il y a beaucoup de familles déstructurées etc., et on n'apprend plus ce que c'est qu'être parent. Voyez, quand j'étais ministre de l'enseignement scolaire, il y avait une éducation à la parentalité.
Être parent, c'est déjà considérer que son enfant n'est pas un jouet. Ce n'est pas un jouet, ce n'est pas quelqu'un qu'on domine, c'est quelqu'un qui est votre égal. Un enfant, c'est quelqu'un qui est même supérieur à vous parce qu'il a des droits et des devoirs, et en particulier le droit d'être protégé. Et je vais vous dire autre chose : le droit à l'insouciance. Aujourd'hui, la société dans laquelle nous vivons a volé le droit à l'insouciance des enfants et des adolescents, et c'est ça qu'il faudra leur rendre. »
« Un adulte seul face à une classe de 25 c'est très difficile »
Serait-ce une bonne idée d'introduire un deuxième adulte pour seconder les enseignants ?
« Le problème c'est que ça existait et qu'ils l'ont supprimé. On avait créé les aides-éducateurs, un deuxième adulte dans les classes, et c'était extraordinaire parce que c'était des jeunes justement qui ensuite se formaient pour être enseignants, donc on n'avait pas non plus cette pénurie de candidatures pour être enseignant. Et ça, ça a été supprimé.
Alors que bien sûr, un adulte seul face à une classe de 20 à 25 dans le meilleur des cas, souvent c'est plus, c'est très difficile, puisque l'école doit transmettre à la fois les savoirs, ça c'est le rôle de l'enseignant, les savoir-faire, ça c'est le rôle de la méthodologie qui devient de plus en plus importante dans la vie professionnelle, et les savoir-être. Donc le deuxième adulte dans la classe, il est essentiellement sur le savoir-être, c'est-à-dire sur le comportement, sur la discipline dans la classe, sur la gestion du collectif, sur le rattrapage des enfants qui sont en rupture de scolarité ou en rupture de comportement. »
Les caméras « ça ne coûte pas grand-chose »
Mais il faut tout de même bien des milliards pour financer ces installations de caméras et ces projets de loi ?
« Oui, non, pas forcément. Pas forcément. Vous mettez des caméras dans les structures d'accueil de la petite enfance, déjà du jour au lendemain vous dissuadez le passage à l'acte de la maltraitance. Du jour au lendemain. Ça coûte quoi ? Ça coûte 100 €. C'est fait par les services techniques des communes, ça ne coûte pas grand-chose. Donc vous voyez, il y a aussi derrière une volonté politique.
Il y a la volonté politique, et puis vous donnez les moyens aux enquêteurs de la police et aux magistrats de régler ces problèmes en priorité bien évidemment, et vous refaites de l'éducation parentale et vous surveillez les recrutements qu'il y a dans les structures d'accueil de la petite enfance. »
🗣️ @RoyalSegolene : "J'ai mes parrainages pour la primaire grâce à l'amitié" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) September 8, 2026
📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt pic.twitter.com/26ZAQ1wx2G
« Ça soulage qu'il y ait une candidature en dehors des conflits de congrès »
On lit dans Le Parisien que vous pourriez « plumer tout le monde » lors de cette primaire socialiste. Qu'en dites-vous ? Comment expliquez-vous le fait d'avoir déjà obtenu tous vos parrainages avant les autres ?
« Je ne sais pas ce que ça veut dire ça. C'est un peu tôt parce que c'est le 11 octobre le vote. Concernant les parrainages, c'est l'amitié, je pense. Je ne sais pas où en sont les autres candidats. Je ne sais pas. Je pense qu'ils n'auront aucun problème. Et moi, comme je n'étais pas, si vous voulez, dans l'appareil du parti, ce n'était pas évident que j'aie les parrainages aussi. Je pense que ça soulage aussi qu'il y ait une candidature qui soit en dehors des conflits de congrès »
Le droit de vote à 15 € pour cette primaire fait polémique. Olivier Faure propose de revenir à 2 ou 3 €. Qu'en pensez-vous ?
« J'aurais voulu, moi, 2 €, 3 €, 4 €, mais c'est fait donc il faut avancer là. Ceux qui ne peuvent pas payer 15, ils peuvent payer 10 et je leur dis : "Venez." »