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Benjamin Haddad : « LFI installe un climat antijuif et antirépublicain »

INTERVIEW SUD RADIO - Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe, revient sur les récentes menaces et attaques hybrides russes ciblant l'Europe et le président Volodymyr Zelensky, réaffirme le soutien indéfectible de la France et de l'Union européenne à l'Ukraine face à l'escalade de Vladimir Poutine et s'oppose fermement au boycott commercial de l’UE avec Israël.

Benjamin Haddad retraites

Jacques Cardoze : L'avion de Volodymyr Zelensky aurait failli être percuté par un drone en Norvège et un drame a été évité à l'aéroport de Leipzig. Que savons-nous de ces incidents ?

Benjamin Haddad : « Il faut être très prudent sur cet incident. Les Ukrainiens ont d'ailleurs eux-mêmes nuancé ce qui s'est passé. Le président ukrainien a déjà été ciblé dans le passé, et il y a régulièrement des incursions de drones russes dans le ciel européen. 

Nous faisons face à des ingérences et attaques hybrides de la part de la Russie. On est passé à deux doigts d'un drame à l'aéroport de Leipzig avec un drone s'attaquant à un avion en direction de l'Ukraine. Dans toutes ces configurations, il ne faut pas céder à l'intimidation, il faut rester calme et poursuivre notre soutien aux Ukrainiens. »

« Nous devons poursuivre notre soutien à l'Ukraine »

Pensez-vous que la Russie cherche directement à éliminer le président Zelensky ?

« Je ne veux pas spéculer sur cet incident. Mais depuis quatre ans et demi et le début de cette agression, le constat reste le même : les Russes poursuivent leur escalade meurtrière contre les civils ukrainiens. Ils avaient déjà tenté de s'en prendre à la vie du président Zelensky dès les premiers jours de l'invasion. 

Aujourd'hui, nous constatons la multiplication des attaques hybrides contre nos démocraties européennes : incursions de drones, cyberattaques, ingérences dans notre espace informationnel et tentatives d'assassinat de dirigeants d'entreprises, comme celle visant le PDG de l'entreprise de défense allemande Rheinmetall. C'est une nouvelle réalité à laquelle nous devons être préparés. La première ligne de défense de la sécurité européenne, c’est l’Ukraine, et nous devons poursuivre notre soutien car il s'agit directement de nos intérêts de sécurité. »

« Vladimir Poutine est celui qui tourne le dos à la diplomatie »

Alors qu'un processus de paix semblait espéré avec la visite d'émissaires américains, les tirs ont repris aussitôt. Comment convaincre Vladimir Poutine d'arrêter cette guerre ?

« Toute éventuelle reprise du dialogue doit être saluée et accompagnée. Nous avions d'ailleurs des représentants français à Kiev aux côtés des Américains et du président Zelensky. Je me rendrai moi-même en Ukraine ce week-end pour rencontrer les dirigeants ukrainiens et faire le point sur nos soutiens économique, humanitaire et militaire. 

Mais le constat est clair : celui qui tourne le dos à la diplomatie depuis quatre ans et demi, c'est le président russe. Il continue d'imposer des exigences maximalistes et inacceptables, comme la revendication de territoires que l'armée russe n'a même pas conquis sur le plan militaire. Accepter cela constituerait un précédent catastrophique dans les relations internationales. 

La Russie a intensifié son escalade meurtrière cet été. Cet été a été le plus meurtrier pour les civils ukrainiens depuis le début de la guerre, avec des attaques de drones et de missiles balistiques régulièrement sur les villes comme Kiev. La seule manière de mettre fin à cette guerre est d'accroître la pression économique sur le régime de Vladimir Poutine. »

« Oui, les sanctions contre la Russie fonctionnent »

Les sanctions économiques contre la Russie fonctionnent-elles réellement ?

« Oui, les sanctions fonctionnent. Même si la Russie a réorienté son économie vers l'effort de guerre, les sanctions ont un impact réel sur ses importations et ses capacités industrielles. Surtout, les Européens ont repris l'initiative pour soutenir l'armée ukrainienne. Souvenons-nous des prédictions d'il y a un an et demi lors de la rencontre entre Donald Trump, J. D. Vance et Volodymyr Zelensky au Bureau ovale : on nous expliquait alors que l'Ukraine allait capituler et que les grands de ce monde négocieraient sur le dos de l’Europe. 

Or, les Européens sont devenus les premiers soutiens de l'Ukraine, notamment grâce au prêt de 90 milliards d'euros validé par le Conseil européen. La France et le Royaume-Uni ont également structuré la coalition des volontaires et la coalition antibalistique pour renforcer les défenses antiaériennes ukrainiennes. 

Et grâce à leurs innovations, notamment dans les drones et les frappes en profondeur, les Ukrainiens reprennent du terrain. La société russe commence d'ailleurs à ressentir le coût de cette guerre, entre l'augmentation des prix de l'énergie et les atteintes aux capacités de raffinage. Un mécontentement s'exprime désormais ouvertement au sein de la population russe. C'est une épreuve de résilience et de ténacité qui sera longue. »

« Le coût de l'inaction serait une Russie revancharde aux portes de l'Europe »

L'aide française à l'Ukraine s'élève à plus de 6 milliards d'euros. Comment justifier cet effort auprès des Français qui souffrent de la baisse de leur pouvoir d'achat ?

« Ce sont nos propres intérêts de sécurité qui sont directement en jeu. Tout en soutenant l'Ukraine avec nos alliés, nous avons doublé le budget de nos armées grâce à la loi de programmation militaire voulue par Emmanuel Macron. 

Nous accélérons sa mise en œuvre parce que nous entrons dans un monde plus dangereux et plus conflictuel. Pendant plusieurs années, de nombreuses démocraties européennes se sont reposées sur la garantie de sécurité américaine. La France a toujours préservé son autonomie stratégique et son indépendance depuis le général de Gaulle, mais les dividendes de la paix appartiennent désormais au passé. 

Les États-Unis tournent le dos à l’Europe et se tournent progressivement vers l'Asie et nous devons en tirer les conséquences. Le coût de l'inaction serait d'avoir une Russie agressive et revancharde imposant sa loi aux portes de l'Europe. Cela menacerait directement nos alliés polonais, baltes, avec des conséquences catastrophiques pour la sécurité de l'ensemble des Français. »

« Couper les aides à l'Ukraine remettrait directement en cause la sécurité de notre pays »

Certains opposants affirment que la France n'est que le banquier de l'Ukraine sans peser sur les négociations. Que leur répondez-vous ?

« Depuis le début du conflit, les Français font preuve d'une grande lucidité et d'une solidarité constante, qu'il s'agisse de l'accueil des réfugiés ou de l'aide humanitaire. Ils mesurent parfaitement la menace que représente la Russie. 

Ceux qui, à l'image du Rassemblement national, réclamaient en 2022 une alliance avec Vladimir Poutine, niaient le risque d'invasion et se sont ensuite opposés aux livraisons d'armes comme aux sanctions, se sont lourdement trompés et aurait mis notre pays en danger. Proposer de couper les aides à l'Ukraine remettrait directement en cause la sécurité de notre pays. Je suis fier que la France exerce ce leadership pour que les Européens prennent enfin en charge leur propre sécurité.

Dire qu'on va couper le robinet à l'Ukraine, ça démontre une fois de plus la réalité du Rassemblement National, qui a essayé de le masquer, de le mettre sous le tapis ces dernières années, qui s'est effectivement opposé à toutes les mesures de soutien, qui disait qu'il fallait faire l'alliance avec la Russie en 2022, mais qui ne voulait plus trop le mettre en avant, parce qu'ils savent encore une fois que les Français sont lucides sur la situation internationale et sur la menace que peut représenter le régime de Vladimir Poutine. Ce serait mettre encore une fois la sécurité des Français en danger. »

Groenland : « Les pays européens ont su faire preuve d'unité et de fermeté »

Donald Trump a diffusé une carte incluant la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Pierre-et-Miquelon sous pavillon américain. Une réaction officielle a-t-elle été adressée aux États-Unis ?

« Le ministre des Outre-mer a réagi et il a eu raison de le faire. Si nous devions commenter chaque tweet de la Maison-Blanche ou chaque extravagance de Donald Trump, nous ne ferions plus que cela. Nous sommes profondément attachés à nos territoires d'Outre-mer et à leur rôle pour la France. 

Rappelons-nous que lors de l'épisode du Groenland, quand des menaces pesaient sur la souveraineté du Danemark, les pays européens ont su faire preuve d'unité et de fermeté en mobilisant leurs instruments économiques, notamment le dispositif anti-coercition visant les entreprises du numérique américain. Face à cette fermeté, l'administration américaine avait fini par reculer. »

« Édouard Philippe est le mieux placé pour rassembler le centre et la droite »

Vous soutenez Édouard Philippe qui semble stagner dans les sondages en vue de la présidentielle 2027. Cela vous inquiète-t-il ?

« Édouard Philippe est la personnalité la mieux positionnée pour rassembler le centre et la droite. Il a fait preuve d'une posture de responsabilité et d'un comportement d'homme d'État en mettant de côté la politique politicienne pour appeler au rassemblement. 

Le risque majeur qui menace le pays est un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Ce n'est pas ce que souhaitent les Français. Nous devons construire un rassemblement autour de nos valeurs communes. J'ai de l'estime pour Bruno Retailleau avec qui j'ai siégé au gouvernement. Malgré nos nuances, nous partageons le constat sur l'autorité de l'État, la fermeté régalienne, la lutte contre le narcotrafic et l'immigration clandestine, la réduction des dépenses publiques, la nécessité de travailler davantage et l'engagement européen. Je pense que nous pouvons réunir le centre et la droite. Édouard Philippe est le mieux placé pour le faire. »

« Je ne veux pas d'un débat de second tour entre Le Pen et Mélenchon »

Pourtant, 70 % des sympathisants de droite réclament l'organisation d'une primaire.

« J'ai moi-même longtemps été favorable à l'idée d'une primaire. Mais d'un point de vue matériel, cela devient très difficile à organiser. De plus, une primaire exige que chacun s'engage au préalable à soutenir le vainqueur et que le périmètre soit clairement défini. 

Or, aucun accord n'existe sur le périmètre, certains souhaitant y inclure des alliances très larges. Édouard Philippe est aujourd'hui le candidat le mieux positionné pour rassembler. Il formule des propositions concrètes sur les sujets régaliens et adopte une démarche d'ouverture républicaine. »

Mais il a fait une proposition qui n'a pas été suivie, puisque même Gabriel Attal a dit qu'il ne voulait pas en entendre parler, qu'il voulait, dit-il, une vraie campagne. Retailleau et Attal sont irresponsables ?

« Je ne me lancerai pas dans des attaques personnelles contre des personnalités pour lesquelles j'ai du respect. Mais je redoute les conséquences de ces divisions, car elles risquent d'ouvrir la voie à un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Nous devons nous rassembler autour d'un programme ambitieux pour transformer le pays, pour continuer à porter la politique de l'offre, une politique de soutien aux entreprises, parce que moi je ne veux pas d'un débat de second tour entre quelqu'un qui dit qu'on va brûler la dette française et quelqu'un qui dit qu'on va faire la retraite à 60 ans. »

Gaza-Israël : « La position historique de la France est une solution à deux États »

Ne serait-il pas plus judicieux, compte tenu du contexte, de proposer d'aller vers une suppression des relations commerciales entre l'Union européenne et les colonies de l'État d'Israël ?

Benjamin Haddad : « Vous connaissez la position historique de la France sur ce sujet, qui n'a jamais dévié. C'est le soutien à la solution à deux États, avec un État palestinien sans le Hamas, un Hamas désarmé qui ne fait pas partie de la gouvernance des territoires palestiniens et qui reconnaît le droit des Israéliens à vivre en sécurité. Notre pays s'est beaucoup mobilisé ces dernières années précisément pour pouvoir maintenir le dialogue politique et continuer à parler avec toutes les parties. »

Israël : « Il est très important que la France continue à porter une voix de paix »

Vous confirmez donc l'arrêt du commerce avec les colonies israéliennes ?

« C'est l'annonce qui a été faite par le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. La France s'est toujours mobilisée pour la solution à deux États et donc contre la colonisation. Il est très important que la France continue à porter une voix de paix. Il y aura d'ailleurs des élections en Israël dans les prochaines semaines qui, je l'espère, créeront une nouvelle dynamique dans le dialogue entre nos deux pays. C'est cette ligne d'équilibre et de dialogue que défend notre pays. »

Boycott d'Israël : « Je ne suis pas favorable au fait de cibler tout un peuple »

François Ruffin souhaite exclure Israël des compétitions sportives et des rencontres culturelles. Y êtes-vous favorable ?

« Je ne suis pas favorable à ce type de mesure de boycott. Je ne suis pas favorable au fait de cibler tout un peuple, tout un pays, toute une population. Ce n'est pas notre façon de faire. La voix de la France, c'est la voix de la paix, c'est la voix des deux États : un État palestinien sans le Hamas, avec un Hamas désarmé qui ne participe pas à la gouvernance, et un État d'Israël qui peut vivre en sécurité dans son environnement régional auprès de ses voisins. C'est la voix que portera toujours la France. »

« LFI a fait de l'antisémitisme son carburant électoral »

La DJ Barbara Butch est empêchée de se produire à Amiens suite à des pressions et des appels au boycott. Assistons-nous à une forme de chasse aux Juifs qui ne dit pas son nom ?

« Malheureusement, le terme que vous utilisez est correct. Je suis consterné par cette pression antisémite qui empêche une artiste de faire son travail et d'exprimer son art. Je tiens à saluer les maires et élus de France, comme le député Antoine Armand, qui ont fait le choix d'inviter Barbara Butch pour s'opposer à ce boycott. Nous avons vu une accélération des menaces et des violences cet été, largement soutenue et amplifiée par La France insoumise. On l'a vu lors de l'université d'été de LFI avec la venue de Salah Hamouri, qui avait plaidé coupable de la tentative d'assassinat d'un rabbin en Israël, et qui est venu insulter et menacer le CRIF et les organisations juives. Une fois de plus, une force politique en France a décidé de faire de l'antisémitisme son carburant électoral : c'est La France insoumise. »

Boycott de BFMTV par LFI : « On est dans la recette classique des populistes illibéraux »

La France insoumise a annoncé boycotter BFM TV en dénonçant des méthodes intolérables. Que pensez-vous de ce boycott ?

« On est véritablement dans la recette classique des populistes illibéraux : la remise en question de la liberté de la presse et les attaques personnelles contre les journalistes, dont La France insoumise a fait son carburant. La virulence des attaques personnelles de Jean-Luc Mélenchon contre les journalistes et les raids numériques ciblés sont inacceptables. Ces méthodes n'ont pas lieu d'être. Ma ligne a toujours été de parler à tout le monde, de répondre aux invitations de tous les médias et de laisser les journalistes faire librement leur travail. »

« LFI est en train d'installer un climat antijuif et antirépublicain »

Assiste-t-on à une forme de terrorisme intellectuel avec ces raids numériques contre les journalistes ?

« Ce que je constate régulièrement, ce sont des attaques ciblées contre des journalistes et contre des personnalités, très souvent de confession ou d'origine juive. On l'a vu avec la DJ Barbara Butch, mais cela touche également des journalistes. Ce sont des remises en cause permanentes de leur travail. »

Ce climat vous inquiète-t-il ? La France insoumise installe-t-elle un climat antijuif en France ?

« La France insoumise est en train d'installer un climat antijuif, un climat antirépublicain et un climat de chaos parce qu'elle souhaite prospérer sur la violence. À travers ces intimidations et ces attaques contre des journalistes, le but est précisément de faire peur et d'intimider ceux qui font simplement leur travail d'enquête et de questionnement. Ce climat et cette volonté de violence sont totalement inacceptables. »

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