Élisabeth Lévy, le gouvernement souhaite réévaluer le cadre légal de l'IVG. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?
"C'est une information discrètement dénichée par le journal La Croix dans la troisième feuille de route de la stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030, publiée ce lundi. Le gouvernement y annonce officiellement son intention de saisir le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) afin d'engager une nouvelle réforme législative à l'horizon 2027-2028."
Quels sont les objectifs affichés de cette nouvelle initiative gouvernementale ?
"Il y a deux objectifs principaux : allonger à nouveau le délai légal de recours à l'avortement — qui a pourtant déjà été porté à 14 semaines par la loi Gaillot en 2022 — et abroger la clause de conscience spécifique des soignants.
Concernant les délais, la tentation est de s'aligner sur la Grande-Bretagne qui autorise l'IVG jusqu'à 24 semaines, c'est-à-dire six mois de grossesse, à un stade où le fœtus est potentiellement viable. La France serait donc prétendument en retard sous prétexte que d'autres pays vont plus loin. Pardonnons l'ironie sur un sujet aussi grave, mais à ce rythme de surenchère, bientôt les militants nous demanderont de pouvoir rapporter les enfants un mois après leur naissance !"
« La loi Veil de 1975 rappelle que l'IVG n'est pas un acte médical ordinaire »
Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il s'en prendre à la clause de conscience spécifique à l'avortement ?
"Rappelons le cadre juridique : le Code de la santé publique contient déjà une clause de conscience générale permettant à tout soignant de refuser un acte contraire à ses convictions. Mais la loi Veil de 1975, considérant à juste titre que l'IVG n'est pas un acte médical ordinaire, y a adossé une clause de conscience spécifique.
Lorsqu'il a été consulté en 2020, le CCNE recommandait pourtant le maintien de cette clause spécifique en soulignant son rôle équilibré : le médecin qui refuse de pratiquer l'acte a l'obligation légale de réorienter immédiatement la patiente vers une alternative. Cette clause de conscience est donc protectrice à la fois pour les médecins et pour le parcours des femmes."
🇫🇷 Le Gouvernement veut reévaluer le cadre légal de l'IVG
— Sud Radio (@SudRadio) September 10, 2026
🗣️ @ELevyCauseur : "Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?" #GrandMatin
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« L'IVG ne doit pas devenir un simple moyen de contraception »
Certaines associations féministes avancent pourtant que l'accès à l'IVG demeurerait trop difficile en France.
"Les chiffres démentent formellement cette idée reçue. En 2024, la France a enregistré 663 000 naissances pour 251 000 IVG, soit pratiquement une interruption de grossesse pour deux naissances. Ce volume ne diminue pas ; il demeure constant voire en hausse depuis l'adoption de la loi.
De plus, 80 % de ces interventions se font aujourd'hui par voie médicamenteuse et ne nécessitent plus d'opération chirurgicale. L'IVG tend ainsi à devenir un quasi-moyen de contraception. Rappelons utilement aux jeunes générations qu'il existe de multiples façons de faire l'amour sans procréer, et que l'avortement n'est sûrement ni la plus simple, ni la plus joyeuse."
« Je suis très attachée au droit à l'avortement »
Que reprochez-vous au fond à cette offensive politique et sociétale ?
"Je suis personnellement très attachée au droit à l'avortement. Mais ce que cherchent les néo-progressistes et les militantes féministes, c'est de rendre cet acte archi-banal, anodin, voire de le célébrer comme un accomplissement fantastique. Toute évocation des souffrances physiques ou psychologiques qu'il peut occasionner est immédiatement qualifiée de réactionnaire.
Selon la députée Albane Gaillot, la clause de conscience spécifique serait le symbole d'une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes. Mais au nom de cet acharnement militant, que vaut désormais la liberté de conscience des soignants face au dogmatisme idéologique ?"
« Tout cela, c'est du bullshit »
Une manœuvre de diversion d'un gouvernement en fin de course
Ce projet a-t-il réellement une chance de se concrétiser sous cette législature ?
"Soyons lucides : nous sommes face à un gouvernement incapable de faire voter un budget aujourd'hui et qui prétend pourtant programmer une grande loi sociétale pour 2027 ou 2028, c'est-à-dire à un moment où il ne sera vraisemblablement plus en fonction !
Tout cela n'est qu'une gesticulation théorique et une manœuvre de diversion. Ou, pour reprendre une expression familière qu'affectionne le Président de la République : tout cela, c'est du bullshit."