La charge de la dette atteint désormais 65 milliards d’euros, devant le budget de l’Éducation nationale. C’est un vrai problème pour la France ?
C’est extraordinairement préoccupant parce que, pour un chef d’entreprise, ce dont on a besoin, c’est d’avoir de la visibilité, de la prédictibilité. Et là, on n’est pas en capacité, avec une telle charge de la dette, de pouvoir assumer in fine nos engagements.
Donc nous attendons tous des politiques, à la fois en tant que citoyens mais aussi en tant que chefs d’entreprise, une vision, un cap.
On va le dire très simplement pour nos auditeurs : qu’est-ce que le courtage et qu’est-ce que Kereis ?
Le courtage, d’abord, qu’est-ce que c’est ? Il fait le lien entre l’assureur, d’une part, et le client. Nous sommes du côté du client. Nous l’accompagnons dans ses besoins d’assurance, nous concevons des produits, ensuite nous les distribuons et nous gérons le contrat. Nous protégeons le client en l’indemnisant s’il y a un problème, des remboursements à faire ou des sinistres.
Vous le disiez, on est partout et, à la fois, notre nom n’est pas forcément très connu. Je vais juste prendre un exemple : je suis sûre que parmi les auditeurs, il y a des personnes qui sont des clients de Kereis. Nous produisons et gérons un contrat sur trois en assurance emprunteur.
"Ce qui est important, c'est d'arriver à fixer un cap"
C’est assez nouveau. Vous avez une envie de transformation du groupe. L’ambition, vous le dites, c’est d’être leader dans l’utilisation de l’intelligence artificielle. Vous voulez accélérer ?
Je pense que c’est notre devoir, en tant que chefs d’entreprise, de fixer un cap sur ces sujets sur lesquels on ne doit pas être en réactivité, mais en anticipation.
Alors, ce n’est pas, pour nous, la technologie pour le plaisir de la technologie. C’est toujours la technologie au service du client. Et donc, concrètement, ça doit avoir une utilité.
L’utilité, je vais vous donner des exemples très concrets. Ça veut dire, par exemple, régler un sinistre beaucoup plus rapidement. Aujourd’hui, par exemple, sur de l’assurance crédit à la consommation, on est déjà en capacité de le faire. On a ramené le nombre de jours d’anonymisation de 70 jours à 3 jours.
C’est donc resserrer les délais ?
Resserrer les délais, tout simplement, parce qu’on a de l’analytique beaucoup plus rapide des dossiers. Ça évite de devoir aller chez le médecin pour se faire des certificats médicaux.
Et puis, je pense que c’est aussi peut-être un tout petit peu lié à ce climat de morosité. On ramène toujours tout à nos peurs. On dit : "Ça va supprimer les emplois." Je pense profondément aussi que c’est un enjeu de croissance. Un enjeu de croissance à la fois pour nos entreprises, mais aussi potentiellement pour le pays.
Très concrètement, avec l’IA, je peux délivrer de nouveaux services. Un de mes sujets, c’est d’accompagner les distributeurs, les courtiers de proximité dans leur relation avec le client final. Typiquement, là-dessus, on va donner des services.
D’ailleurs, dès lundi, nous allons avoir une nouvelle plateforme avec de l’intelligence artificielle conversationnelle pour améliorer et fluidifier la relation entre le courtier de proximité et son client.
Combien de salariés chez Kereis ? Vous êtes une ETI ?
On est ce qu’on appelle une ETI, une entreprise de taille intermédiaire. On a 1 800 collaborateurs, mais nous sommes en discussion finale et exclusive avec un autre acteur qui s’appelle Santiane.
Au total, nous serons plus de 2 000 collaborateurs, donc déjà une taille assez significative.
"L'IA, c’est un enjeu de croissance"
Mais est-ce que l’IA va tuer de l’emploi ? C’est la question que chacun se pose dans chaque branche.
Bien évidemment, l’IA va modifier les emplois. Nous, nous sommes dans une trajectoire de croissance. C’est la première chose.
Il y a plein de tâches qui existent aujourd’hui, qui empoisonnent un peu la relation avec le client, qui sont parfois pénibles à faire pour le collaborateur. Ces tâches-là, à un moment, effectivement, vont pouvoir être supprimées.
Et ça veut dire recentrer le métier de nos collaborateurs sur ce qui va vraiment faire du sens, in fine, pour le client. Et encore une fois, pour moi, ce qui est important, c’est la croissance. Nous sommes aussi un métier de contact, de commerce. Et là-dedans, c’est une amplification absolument remarquable.
🖥️ Quelle place doit prendre l'IA dans les entreprises ? #GrandMatinWeekEnd
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🗣️ Anne-Sophie Grouchka, présidente de Kereis : "On ramène toujours tout à nos peurs. Je pense profondément que c’est aussi un enjeu de croissance, ça va délivrer de nouveaux services"
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Vous êtes allée au contact de vos collaborateurs pour leur dire : "N’ayez pas peur" ?
C’est extraordinairement important. Je pense que ça fait vraiment partie de la mission du chef d’entreprise : à la fois donner le cap et l’impulsion, mais en même temps rassurer. Il ne peut pas y avoir d’innovation sans la confiance.
Donc, très pratiquement, quand je suis arrivée, j’ai voulu prendre un peu le pouls du terrain. J’ai fait une très grande enquête. On a lancé des ateliers de co-création. Et ce qui était très intéressant, c’est que les collaborateurs, même s’ils ont des craintes, 73 % nous ont dit : "On ne peut pas imaginer de faire notre métier sans IA."
Donc ça veut dire que tout le monde est conscient de l’immense, de l’impérieuse nécessité de s’adapter à cette IA et de ne pas la redouter.
Vous avez vu les annonces et le bilan de la situation économique française. Nous sommes dans une situation de récession, il y a un budget qui arrive et les entreprises se demandent à quelle sauce fiscale elles seront mangées. Qu’en pensez-vous ?
Premièrement, je me méfie toujours de la sinistrose absolue, parce que ce n’est jamais comme ça qu’on peut avancer. Alors bien sûr, les chiffres, si on regarde les chiffres, ils sont extraordinairement préoccupants.
Quand on en arrive à 3 500 milliards de dettes, vous parliez tout à l’heure du service de la dette qui, lui-même, est devenu supérieur au premier budget de l’État.Donc bien évidemment, on ne peut être que préoccupé par 118 % de PIB d’endettement.
Une fois qu’on a dit ça, je suis néanmoins confiante quand je vois le tissu d’entrepreneurs et la vitalité qu’il y a sur le terrain. Et pour moi, ce qui est important, notamment dans le cadre des discussions budgétaires, c’est d’arriver à fixer un cap.
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🗣️ Anne-Sophie Grouchka, présidente de Kereis : "Ce qui est important, c'est d'arriver à fixer un cap, on a besoin de visibilité. Les vrais sujets, ce sont la simplification et… pic.twitter.com/fMV7LzhAzh
Un cap, ça veut dire quoi ?
Un cap, ça veut dire un cap qui ne change pas.
On est capable de s’adapter à beaucoup de choses, mais on a besoin d’avoir de la certitude et de la visibilité. "On est capable de s’adapter à beaucoup de choses, mais on a besoin d’avoir de la certitude et de la visibilité."
"Le sujet central, c'est la simplification"
Adaptation, y compris au matraquage fiscal ?
Le sujet aujourd’hui, c’est, au-delà du sujet fiscal, la simplification.
Vous savez, on n’invente rien. Ils le disent tous. Mais le font-ils ? Ils ne le font pas forcément, force est de constater, à la fois au niveau français mais aussi à l’échelle européenne. Donc la simplification doit être l’axe majeur. L’autre axe majeur, c’est l’investissement.
Moi, si je peux être confiante dans l’avenir de Kereis, c’est aussi parce que j’ai un fonds d’investissement, un fonds de private equity derrière moi, qui s’appelle Advent, qui soutient ces investissements.
Et ce qui est important, à l’échelle de tout notre tissu industriel, c’est précisément d’avoir cette capacité à investir, notamment dans les nouvelles technologies.
Parmi les priorités, vous disiez la simplification. Peut-être aussi écouter un peu plus les entrepreneurs dans ce pays et arrêter de les considérer comme des ennemis de classe ? Parce qu’il y a cet aspect-là dans le débat public aujourd’hui.
C’est un stress collectif, cette histoire. Je pense que ce qui est très important, c’est de retrouver une forme d’inclusion. Aujourd’hui, on est en train d’avoir une bipolarisation. Et ça, il n’y a rien de plus dangereux pour le tissu social. Donc je pense qu’effectivement, il faut arriver à libérer les énergies.
Je ne veux pas avoir un discours trop simplificateur. On connaît la complexité de ce qu’est la chose publique.Néanmoins, je pense qu’il faut s’inspirer de toutes les initiatives locales, au plus près du terrain, pour essayer de voir ce qui marche bien. Et encore une fois, ne pas hésiter. Nous sommes dans une situation grave. Je pense que tout le monde a conscience de cette gravité.
Donc on ne peut pas, en même temps, avoir des discours contradictoires en disant qu’on va faire moins d’impôts, qu’on va faire en même temps moins de dettes et qu’on va faire en même temps plus de dépenses. N’importe quel chef d’entreprise, et je dirais même n’importe quel ménage, vous dirait que ce n’est pas possible. Donc ce n’est pas non plus possible au niveau de l’État.
💰 Budget de l'État : peut-on vraiment baisser les impôts ?#GrandMatinWeekEnd
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🗣️ Anne-Sophie Grouchka, présidente de Kereis : "On ne peut pas avoir des discours contradictoires en disant qu’on va faire moins d’impôts, moins de dettes et plus de dépenses !"
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Je voudrais finir sur une note plus personnelle. Vous avez employé une formule assez radicale : "Je voudrais organiser ma propre disparition." C’est vrai. C’est quoi ? C’est inquiétant ?
Alors, ce n’était pas un message suicidaire, ni pour ma famille ni pour mes proches.
Pour moi, ce qui est très important, c’est qu’on a toujours conçu un leadership dans lequel le patron devait être là pour tout, sur tout sujet, sur toutes les décisions, pour tout et le reste.
Pour moi, ce qui est important, c’est de créer une équipe autour de soi qui soit tellement forte, tellement puissante, qu’elle résiste, d’une certaine façon, à votre propre disparition.
Donc je considère que j’aurais fait mon travail quand Kereis, à un moment, pourra se passer de moi.
"J’aurais fait mon travail quand Kereis, à un moment, pourra se passer de moi."
Mais enfin, ce n’est pas encore pour tout de suite.
Vous avez également des activités à la tête d’une ONG.
Exactement. Je suis présidente d’une association qui s’appelle l’AMREF, AMREF Health Africa. Là aussi, c’est extraordinairement important, dans le but de protéger la santé des Africains. C’est la plus grosse association de santé en Afrique.
Et je pense que c’est incroyablement important aujourd’hui de considérer aussi ce que l’Afrique peut faire. Ça va être le plus grand continent au monde en termes de population. On ne peut pas imaginer un monde qui aille bien sans Afrique.
Vous pouvez retrouver l'entretien intégral ici.