Jacques Cardoze : David Amiel, l’INSEE a ramené sa prévision de croissance pour 2026 à +0,4 % contre +0,7 %. Est-ce également les chiffres dont vous disposez ?
David Amiel : « Le ministre des Finances, Roland Lescure, aura l'occasion d'actualiser aujourd'hui les prévisions de croissance, et je ne vais pas lui enlever la primeur de ses annonces. Évidemment, quand la croissance baisse, c'est une mauvaise nouvelle pour les finances publiques et cela a un impact direct sur le déficit. Mais ce n'est pas une raison pour relâcher les efforts budgétaires ; au contraire, c'est une raison de les accentuer.
Nous observons un renchérissement très fort des taux d'intérêt, la France empruntant désormais à plus de 4,4 %, des niveaux inédits depuis la crise financière. Plus préoccupant encore, la France est la dernière élève de la zone euro en matière de taux d'intérêt. Tout cela nous oblige à poursuivre les efforts budgétaires. Les crises successives ne peuvent pas servir d'alibi pour relâcher l'effort. Elles doivent nous pousser à l'intensifier. »
📉Prévision de croissance en baisse
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
🗣️ @Amiel_David_ : "C'est une mauvaise nouvelle et c'est une raison pour accentuer les efforts budgétaires. Nous devons intensifer et tenir la dépense publique" #GrandMatin
📻 https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/dhsOp1Wxmx
Baisse des dépenses : « 500 millions d'euros ont été annulés au sein des ministères »
Moins de croissance signifie moins de recettes fiscales. À combien s'élève le manque à gagner pour l'État ?
« Nous aurons l'occasion d'actualiser l'ensemble de ces chiffres dans les prochains jours. L'essentiel est de tenir fermement la dépense publique. C'est ce que nous faisons depuis le début de l'année à travers des mesures d'annulation de dépenses qui étaient prévues dans la loi de finances initiale, mais qui ne sont plus tenables au vu de la dégradation économique. »
Faut-il s'attendre à de nouvelles coupes budgétaires avant la fin de l'année ?
« Il y aura effectivement de nouvelles baisses de dépenses publiques en cours d'année. Ce matin même, 500 millions d'euros ont été annulés au sein des ministères. Nous demandons à l'ensemble des ministres concernés de poursuivre leurs efforts, tout en préservant le financement des aides indispensables face aux crises, notamment pour soutenir nos agriculteurs. »
Confirmez-vous qu'il n'y aura pas de nouvelle aide au carburant à la pompe ?
« L'aide au carburant qui avait été annoncée au printemps reste ouverte jusqu'au 30 septembre. Je pense à tous les Français qui utilisent leur voiture pour aller travailler, emmener leurs enfants ou vivre au quotidien. Mais nous sommes dans une situation budgétaire extrêmement difficile. Pour éviter que cela ne se traduise par une avalanche d'impôts pour les Français, nos aides doivent impérativement rester temporaires. »
🗣️ @Amiel_David_ : "Il y aura encore des baisses de dépenses cette année : 500 millions ont été annulés au sein des ministères" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
📻 https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/nYORCCjWTm
« L'État ne gagne rien sur la hausse des prix du carburant »
Allez-vous baisser les taxes ou plafonner les prix à la pompe comme le demande Michel-Édouard Leclerc ?
« Il faut être très clair : l'État ne gagne rien sur la hausse des prix du carburant. Les chiffres démentent cette idée. Si les prix augmentent, la consommation baisse, et les recettes fiscales assises sur le carburant reculent aussi.
Quand on compare ce que l'État a perçu depuis le début de l'année par rapport à l'année précédente avant la crise dans le détroit d'Ormuz, il n'y a aucun bénéfice pour les caisses publiques. Les impacts de la baisse de croissance pèsent au contraire sur nos recettes. »
Lorsque le gazole monte à 2,40 €, la part prélevée par l'État n'augmente-t-elle pas avec la TVA ?
« Non, car si la TVA s'applique en pourcentage, le principal impôt sur le carburant est la TICPE, la taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers, qui est un montant fixe par litre. La baisse des volumes consommés neutralise l'effet de la TVA pour les comptes publics. »
⛽️Une baisse à la pompe à prévoir ?
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
🗣️ @Amiel_David_ : "L'État ne gagne rien sur la hausse des carburants. Au contraire" #GrandMatin
📻 https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/DrxhV1Qrto
Budget 2027 : « Les efforts devront être partagés »
Qui va financer le budget 2027 ? Les retraités doivent-ils s'inquiéter ?
« Les efforts devront être partagés. Il faut impérativement réduire le déficit public, qui s'élevait à 5,1 % en 2025. Ça impliquera d'avoir un budget honnête. Et un budget honnête, ça veut dire un budget qui effectivement implique des efforts et des choix.
Les politiques évitent souvent de parler des retraités parce qu'ils sont nombreux et qu'ils votent beaucoup. Mais on n'a pas le droit de mentir aux retraités. L'indexation de l'ensemble des retraites sur l'inflation coûterait plus de 6 milliards d'euros l'an prochain. Et nous n'avons pas le premier euro de cette somme.
Il n'y a que deux options honnêtes : soit on indexe 100 % des retraites sur l'inflation et l'on supprime l'abattement fiscal de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les retraités ; soit on n'indexe que les petites pensions, et l'on baisse très fortement cet abattement de 10 %. Celui qui prétend pouvoir augmenter les pensions sans réformer à l'euro près cet abattement ment aux Français ou fait exploser le déficit. »
💰Une possible hausse des impôts ?
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
🗣️ @Amiel_David_ : "Il y aura un débat sur les niches fiscales. Car personne ne comprendrait de ne pas demander aussi un effort aux plus aisés" #GrandMatin
📻 https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/IRDhA6RTR3
« Il faudra trancher sans demi-mesure »
Le gouvernement envisage-t-il donc prioritairement de réviser cet abattement de 10 % ?
« Il faudra trancher entre ces deux options sans demi-mesure. Le Premier ministre arbitrera prochainement. Toute indexation, même partielle, des pensions sur l'inflation devra être intégralement financée par une baisse équivalente de l'abattement de 10 %. L'indexation totale impliquerait sa suppression. »
À partir de quel niveau de pension la désindexation s'appliquerait-elle ? On parle de 2 500 € ou 3 000 €.
« Tous les débats en la matière sont évidemment difficiles. Et donc c'est la raison pour laquelle il faut aussi trouver l'équilibre, j'évoquais, entre la question de l'abattement, la question de l'indexation des petites pensions. Je n'annoncerai pas ce matin un seuil. L'essentiel, c'est d'avoir vraiment ce principe-là.
Il n'y a pas aujourd'hui un euro pour augmenter les pensions de retraite à hauteur de l'inflation. Il ne s'agit pas de les baisser, je parle de l'augmentation. Et donc tout ce qu'on fera en matière de pension de retraite devra être financé par des réformes de l'abattement à 10%. »
💰Vote du budget 2027
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
🗣️ @Amiel_David_ : "Les socialistes ont une grande raison de discuter avec nous. C'est le sens de l'État. Rien n'empêchera ensuite au futur Président de faire un budget rectificatif" #GrandMatin
📻 https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/I3OCvMD9f6
Santé et compétitivité : « Le crédit d'impôt recherche sera sanctuarisé »
Peut-on réduire davantage la durée de la première prescription des arrêts maladie, aujourd'hui plafonnée à 31 jours ?
« La durée de la première prescription ne sera pas réduite. En revanche, nous devons impérativement contenir l'explosion des dépenses d'arrêts maladie. La ministre de la Santé et le ministre du Travail y travaillent avec les organisations syndicales, patronales. Il faut renforcer les contrôles ciblés sans pour autant jeter l'opprobre sur les personnes réellement malades qui ont besoin d'être indemnisées. »
Allez-vous toucher au délai de carence de 3 jours ?
« Des débats auront lieu et les concertations se poursuivent sous l'égide du ministre du Travail. Je n'ai pas d'annonce à faire sur ce point, qui dépasse le cadre du strict budget 2027. »
Le crédit d'impôt recherche coûte 8 milliards d'euros par an. Sera-t-il raboté pour trouver des économies ?
« Le crédit d'impôt recherche sera totalement sanctuarisé. Dans la compétition industrielle mondiale et face à la déferlante de l'intelligence artificielle aux États-Unis et en Chine. On ne peut pas pénaliser nos centres de recherche en France. »
« Il y aura un débat nécessaire sur les niches fiscales »
Pouvez-vous garantir qu'il n'y aura aucune hausse d'impôts pour les Français ?
« Le but des économies difficiles que nous engageons est précisément d'éviter une avalanche fiscale sur les classes populaires, les classes moyennes et les travailleurs. En revanche, il y aura un débat nécessaire sur les niches fiscales.
Personne ne comprendrait qu'on demande des efforts à l'ensemble de la population et aux retraités sans solliciter les plus aisés. J'ai donc proposé au Premier ministre de réformer certaines niches fiscales qui bénéficient exclusivement aux plus fortunés. »
« Il n'y aura ni nouvelle TVA, ni nouvelle CSG, ni création d'impôt nouveau »
Qu'en est-il des exonérations sur les ruptures conventionnelles ?
« On parle de choses différentes. D'abord, il y a eu une réforme des ruptures conventionnelles, qui a été portée par le ministre du Travail, qui va maintenant livrer ses fruits.
C'est important aussi, parce qu'on voit bien que c'est un outil qui est utile, mais c'est un outil qui a pu aussi être dévoyé. Mais c'est une question différente de celle de la justice dans l'effort dont je parlais, qui pour le coup est une question de bon sens. On ne peut pas demander des efforts à l'ensemble des Français en en exemptant les plus fortunés.
Il ne faut pas le faire en pénalisant la compétitivité, il ne faut pas le faire en pénalisant les entreprises, mais on peut le faire en réformant certaines niches fiscales. C'est ce que j'ai proposé aux premiers ministres. »
Confirmez-vous l'absence de création de nouveaux impôts ?
« Il n'y aura ni nouvelle TVA, ni nouvelle CSG, ni création d'impôt nouveau. Ça n'empêche pas que quand il y a des niches fiscales qui sont détournées, où il y a des abus, qu'on puisse évidemment les réformer. »
Budget 2027 : « Il n'y a pas d'échappatoire à la nécessité d'un compromis »
Les socialistes et les oppositions refusant de vous soutenir, comment comptez-vous faire voter ce budget ?
« Je pense qu'ils ont quand même une grande raison de pouvoir discuter et de négocier avec nous. C'est le sens de l'État. Parce que s'il n'y a pas de budget pour l'année prochaine, ce n'est pas un problème pour le gouvernement, c'est un problème pour le pays.
Parce que le déficit public explosera, l'économie sera extrêmement sévèrement affectée, les données sont publiques, ce n'est pas le ministre du Budget qui le dit, c'est le Conseil d'État et l'Inspection Générale des Finances. Tout est en ligne. Soutien aux agriculteurs, soutien aux entreprises, commandes militaires, etc. Tout cela s'effondrera.
Donc il faut que tous ceux qui ont à cœur les intérêts du pays puissent se mettre autour de la table, puissent travailler à un budget. Je pense évidemment au Parti Socialiste, je pense aux Républicains et je pense au Bloc Central. Et puis ensuite il y aura une élection présidentielle pour régler les grands désaccords idéologiques. Et rien n'empêchera d'ailleurs, celui qui gagne l'élection présidentielle au mois de mai, de pouvoir, s'il le souhaite, faire un budget rectificatif à l'été pour corriger ce qu'il souhaitera. »
« Envoyer le pays dans le décor serait irréversible »
Toucher aux retraites n'est-il pas un casus belli pour la gauche ?
« Mais les socialistes ont eux-mêmes fait des réformes courageuses. Je pense à la réforme de Marisol Touraine, je pense à les mesures qui avaient été prises sous le quinquennat de François Hollande. Et à nouveau, tout cela est réversible.
Puisque tout cela pourra être, après l'élection présidentielle, modifié par celui qui la gagnera. En revanche, ce qui serait irréversible, c'est d'envoyer le pays dans le décor. »
Le 49.3 est « une voie évidemment possible »
Êtes-vous favorable au recours au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter le budget ?
« C'est une voie évidemment possible. On l'a vu ces dernières années, elle a été utilisée à plusieurs reprises. Mais ce qui compte aujourd'hui, c'est de pouvoir au plus vite, avoir une discussion avec la gauche républicaine, la droite républicaine et le Bloc central, autour de ce qui fait nos convictions communes, c'est-à-dire la nécessité de pouvoir réduire le déficit public pour éviter de mettre le pays dans le mur.
La question de la méthode, elle est secondaire. Ce qui compte aujourd'hui, c'est l'état du pays. On ne peut pas, parce qu'il y a une campagne présidentielle, se dire on s'en lave les mains de l'impact sur l'économie, on se lave les mains de la situation financière de la France, on peut envoyer tout ça dans le mur.
Et je peux vous dire, je pense que ce serait un très mauvais calcul pour ceux qui sont candidats à l'élection présidentielle, parce que je ne vois pas comment on peut aller expliquer aux Français qu'on souhaite présider un pays, quand dans le même moment, on ferait tout pour le déstabiliser. »
« Les désaccords idéologiques seront tranchés en mai »
Est-ce que la meilleure solution, ce ne seraient pas les ordonnances qui vous permettraient de faire ce que vous souhaitez, d'assumer les décisions et d’éviter un nouveau psychodrame à l’Assemblée ?
« Mais dans tous les cas, l'Assemblée nationale a tous les moyens constitutionnels de pouvoir renverser ou pas un gouvernement, de pouvoir amender un budget. Il n'y aura pas d'échappatoire à la nécessité de forger un compromis.
Et ce compromis, il doit être fait entre la droite républicaine, la gauche républicaine et le Bloc central. Ce n'est pas facile de faire des compromis, ce n'est pas facile de le faire en période de campagne présidentielle, mais c'est encore plus nécessaire. Et à nouveau, les désaccords idéologiques, ils seront tranchés au mois de mai prochain. »