Maud Koffler, vous revenez ce matin dans Drôle d'époque sur la colère et les difficultés majeures des buralistes.
"C'est un sujet complexe qui divise profondément l'opinion, car deux logiques s'y affrontent : d'un côté la santé publique, de l'autre la survie de nos commerces de proximité. Cette semaine, les buralistes se sont mobilisés partout en France pour exprimer un ras-le-bol fiscal. Pourquoi ? Car, l'augmentation répétée du prix des cigarettes met directement leur activité en péril, la vente de tabac constituant leur ressource principale.
« Les trafiquants ne connaissent pas l'inflation »
Ces commerçants ne demandent pas la Lune : ils réclament le maintien d'un monopole sur le prix du tabac et une politique de répression plus efficace contre le trafic. Les trafiquants ne connaissent pas l'inflation et leur marché prospère sur le dos de la fiscalité."
"En plein mois d'août, les sages du Conseil constitutionnel ont examiné la loi riposte. Or, ils ont tout simplement supprimé les dispositions qui devaient aggraver les peines encourues pour le trafic de tabac et la contrefaçon de marque. En plein dans le mille : c'est juste abérrant. Il faut mesurer l'ampleur du problème : ce marché illégal représente une perte financière de 13 milliards d'euros chaque année pour l'Union européenne."
« Les buralistes ne doivent pas être les victimes collatérales des politiques publiques »
On ne peut tout de même pas ignorer l'objectif sanitaire : vendre moins de tabac reste la priorité des autorités.
"Vous avez raison de souligner ce point, et les résultats sont encourageants : la France compte 4 millions de fumeurs en moins en dix ans. Cependant, dans cette lutte contre le tabagisme, il faut trouver un équilibre pour que les buralistes ne soient pas les victimes collatérales des politiques publiques.
L'envolée des prix ne stoppe pas nécessairement la consommation, elle modifie surtout les habitudes d'achat. Si la contrefaçon se développe, les achats transfrontaliers en Espagne, en Andorre ou au Luxembourg explosent. Les limitations douanières existent sur le papier, mais dans les faits, nombreux sont ceux qui franchissent régulièrement la frontière avec une dizaine de cartouches pour leurs proches."
🗣️ @MaudPK : "Les buralistes, lorsque l'un d'eux ferme cela confisque les Français d'un commerce de proximité, d'une agora. Ça me consterne" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) September 11, 2026
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« Le bureau de tabac est un commerce essentiel »
Au-delà du tabac, il y a la question des commerces de proximité.
"Les buralistes représentent 80 000 emplois et près de la moitié des bureaux de tabac sont situés dans des communes de moins de 3 500 habitants. Chaque année, des milliers de bistros, de cafés et de bars de village ferment. Très souvent, le bureau de tabac demeure le tout dernier commerce ouvert. On y trouve désormais tout : c'est à la fois un dépôt de pain, une épicerie, un relais postal et un kiosque à journaux. Le bureau de tabac est un commerce essentiel."
« Un bar-tabac, c'est un remède contre la solitude »
"Lorsqu'un bureau de tabac ferme, cela ne participe pas seulement à la réduction du tabagisme : cela prive les Français d'une agora, d'un lieu d'échange, de débat et de convivialité. Cela me consterne et m'attriste profondément.
Les buralistes ne s'opposent pas à la prévention sanitaire. Ils refusent simplement de supporter seuls le poids d'une fiscalité punitive qui profite d'abord aux réseaux clandestins et qui pénalise les autres : ceux qui n'ont que ce carrefour pour rencontrer du monde et subvenir à leurs besoins essentiels, à commencer par le contact. La France manque cruellement de lieux de bavardage et de rencontre. Un bar-tabac peut sembler modeste, mais c'est un véritable remède contre la solitude."
L'illusion des leçons du confinement et le déclin du lien social
"Vous savez, c'est pas pour raconter ma vie, mais j'ai vécu mon confinement dans un hameau en Bourgogne, sans commerce de proximité. Il fallait faire 25 kilomètres à vélo pour trouver des boîtes de conserve.Et ce qui s'est passé pendant confinement, c'est que les agriculteurs ont commencé à vendre des oeufs, puis des terrines. Des maraîchers se sont mis à livrer les communes isolées.
On a vu se lever une armée de Français prêts à aider dans une situation d'urgence où tout nous était interdit.On s'est dit qu'après ça, le monde changerait, que la proximité, que la charité, que l'existence des commerces essentiels, de ces lieux communs seraient protégés. Eh bien, rien n'a changé, et ça, Jacques, ça me désole."