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Carole Delga (PS) : « Glucksmann est capable de négocier avec Poutine ou Trump »

INTERVIEW SUD RADIO — Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie et de Régions de France, réaffirme son soutien à Raphaël Glucksmann pour 2027. Au micro de Jacques Cardoze, elle défend la primaire socialiste, ses propositions sur le pouvoir d’achat et le travail, et réclame une aide d’urgence face à la hausse des carburants.

Carole Delga (PS)

Jacques Cardoze : Carole Delga, vous soutenez Raphaël Glucksmann dans la course à la présidentielle. Êtes-vous sûre que c'est le bon candidat ? Vous, femme de territoire, assumez-vous de défendre quelqu'un qualifié de « bobo parisien » qui est allé jusqu'à dire qu'il se sentait mieux à New York qu'en Picardie ?

Carole Delga : « Oui, je suis sûre de mon soutien et convaincue qu'il est le meilleur candidat à gauche pour gagner. Je peux parler de la ruralité car j'en viens et j'y vis, tout comme des classes populaires. Ma mère perçoit une retraite inférieure à 800 euros et je sais ce que sont les fins de mois difficiles. Je fais pleinement confiance à Raphaël Glucksmann. Il est fils d'intellectuel, mais c'est un homme profondément humain, sincère et qui aime les gens. »

« Raphaël Glucksmann n'est pas déconnecté »

N'est-il pas déconnecté des réalités quotidiennes des Français ?

« Non, il n'est pas déconnecté. C'est pour cela que la fille de la campagne et la Commingeoise qui aime passionnément la région Occitanie qu'elle préside lui fait confiance. De par son éducation, il pourrait être hautain ou méprisant, mais ce n'est pas du tout le cas. Raphaël Glucksmann est sincère et pleinement compétent pour prendre la France en main, présider aux destinées du pays et transformer un mode de fonctionnement devenu profondément injuste. »

Comment réagissez-vous aux attaques au sein du Parti socialiste où plusieurs dirigeants disent, je cite, « Tout le monde veut le taper" ?

« C'est le propre des personnalités qui ont du talent et de l'avenir. Raphaël Glucksmann a un engagement, une sincérité et des compétences incontestables. On parle de la présidence de la République française. Il est capable de négocier avec Vladimir Poutine ou Donald Trump, d'engager une révolution dans l'Éducation nationale pour que nos enfants retrouvent un niveau scolaire élevé et la liberté de choisir leur destin, ainsi que de revaloriser les salaires car le travail ne paye plus suffisamment. »

Primaire du PS : « On ne peut pas balayer ce vote démocratique des militants »

On lui reproche pourtant de refuser le débat et d'écarter la candidature de François Ruffin.

« Ce sont des caricatures véhiculées par ses opposants. Raphaël Glucksmann ne refuse pas le débat, il ne refuse rien. La primaire est gérée par un comité d'organisation présidé par Patrick Mennucci et représentant l'ensemble des courants du Parti socialiste, auquel il appartient de décider. »

Sur la question des participants, François Ruffin n'a pas sa place chez les socialistes ?

« Chez les socialistes et dans le cadre de cette primaire, ce que nous avons défini, ce sont les partis, les organisations qui sont dans le pôle du parti socialiste européen. Et les militants socialistes, comme le premier secrétaire, au mois de juillet, a indiqué que François Ruffin et son mouvement ne faisaient pas partie du pôle socialiste européen. Donc, maintenant, on ne peut pas dire l’inverse. Le principe d'une campagne, c'est quand même d'être honnête et d'être conforme à ce qui a été voté par les militants socialistes.

Qu'est-ce que vous dites alors à la centaine de personnalités ? Si certains des candidats à la primaire socialiste ne sont pas aujourd'hui d'accord avec ce qui a été voté par les militants socialistes, par place publique et également par la gauche socialiste. À ce moment-là, il fallait qu'ils le disent. Il fallait qu'ils emportent l'adhésion des militants socialistes au mois de juillet. Il y a près de 15 000 militants socialistes qui ont voté. Et on balaye là, ce moment de démocratie ? »

« C’est dingue et regrettable de plomber un dispositif démocratique »

Que répondez-vous aux personnalités du PS et à Mathieu Pigasse qui demandent d'inclure François Ruffin ?

« Ce débat a déjà eu lieu en juillet. C’est dingue et regrettable de plomber un dispositif démocratique, que les autres partis de gauche n'ont d'ailleurs pas mis en place, au lieu de traiter des véritables préoccupations des Français. Pendant ce temps, on ne parle pas du projet pour l'école ni des fins de mois difficiles accentuées par la hausse du prix du carburant. De grâce, occupons-nous des Français, c'est cela être socialiste : changer la vie. »

« Olivier Faure a été invité mais n'a pas répondu »

Vous organisez les Rencontres de la gauche à Bram. Olivier Faure et François Hollande y seront-ils présents ?

« Olivier Faure a été invité mais n'a pas répondu. Quant à François Hollande, il a été invité et a répondu qu'il ne pouvait pas se rendre disponible car il remet une décoration en Normandie. »

François Hollande, qui ne dit pas qu'il est candidat mais qui serait peut-être candidat, plaide pour une « union sacrée des démocrates » élargie vers le centre. Partagez-vous sa vision ?

« Je souhaite un projet de gauche et que l'ancien président de la République s'inscrive dans une démarche constructive pour faire gagner la gauche derrière Raphaël Glucksmann à la présidentielle de 2027. C'est toujours précieux de bénéficier de l'expérience et de l'analyse pertinente de François Hollande au sein de l'équipe. »

« Il faut que le travail paye »

Quelle est la mesure prioritaire de Raphaël Glucksmann pour restaurer le pouvoir d'achat ?

« Sa priorité absolue est que le travail paye. Il propose un allègement de la CSG pour augmenter directement les salaires nets. Pour un salarié gagnant 2 000 euros, cela représente un gain de près de 120 euros par mois. Cette mesure sera financée par une taxation accrue et progressive du plus haut 1 % des héritages. À savoir ceux supérieurs à 2 millions d'euros. Parce que moi, des travailleurs pauvres, j'en rencontre un n'en plus finir. Aujourd'hui, un plein, c'est plus de 115-120 euros. On a besoin d'aider ces gens qui travaillent, qui sont consciencieux et qui n'arrivent plus à se payer des vacances ou qui ont du mal à payer la cantine de leurs enfants à l'école. »

« Nous devons plafonner les prix et soutenir les usagers ruraux »

Le prix du carburant franchit parfois les 2,30 € le litre. Faut-il plafonner les prix à la pompe ?

« Oui, le gazole dépasse désormais 2,30 € dans certaines stations. Dans les territoires ruraux, les habitants comme les entreprises n'ont pas d'autre alternative que d'utiliser leur véhicule ou des camions diesel. Il va falloir plafonner les prix à un niveau supportable et accorder une aide ciblée à nos concitoyens ruraux ou aux professionnels à forte mobilité, tels que les infirmiers et infirmières. Une aide aux entreprises de transport est également indispensable. »

Demandez-vous au gouvernement d'élargir le dispositif d'aide aux carburants ?

« Absolument, je demande un élargissement des aides car de nombreux Français sont étouffés par le prix du carburant et des entreprises sont placées en grande difficulté. La France doit redevenir une grande terre de production industrielle, énergétique et alimentaire. »

« Le Premier ministre doit tenir ses promesses »

Sébastien Lecornu envisagerait de baisser l'indemnité des ministres et des conseillers. Est-ce une bonne mesure ?

« Il faudrait d'abord connaître le montant exact de cette baisse. Ce dont la France a prioritairement besoin, c'est de renouer avec la croissance économique en investissant massivement dans la transition écologique et en soutenant nos entreprises. »

Comment le gouvernement peut-il éviter une censure sur le budget 2026 ?

« Le Premier ministre doit tenir ses promesses. Lors du budget précédent, les engagements pris devant les parlementaires socialistes n'ont pas été respectés. Si notre pays a besoin d'un budget voté, le gouvernement doit tenir parole. Dans le cas contraire, les socialistes examineront la loi de finances et voteront probablement la censure. »

La désindexation des retraites constitue-t-elle un motif de censure ?

« Ça peut en faire partie, notamment pour la désindexation des petites retraites est une ligne rouge. Le budget doit faire preuve de justice fiscale et sociale. Il faut cesser de faire payer ceux qui ont le moins et demander un effort juste à ceux qui ont le plus. »

« Il veut faire des économies au détriment de la santé des Français ? »

Sylvain Maillard propose de supprimer le remboursement des cures thermales pour économiser 260 millions d'euros. Qu'en pensez-vous ?

« Non, mais il veut faire des économies au détriment de la santé des Français ? Mais on en est là, en France ? Les cures thermales, ça amène une vraie amélioration médicale : c’est prouvé. Alors qu'il y a une vraie amélioration médicale, scientifique.

C'est inadmissible de s'attaquer à des sujets qui mériteraient, au contraire, de l'accompagnement. Toutes les cures sont justifiées. Mais oui, les cures sont justifiées. Arrêtons de parler de 0,001% d'abus. Je veux dire, à 99,9%, ces cures sont bénéfiques pour la santé de nos concitoyens. L'apport médical, il y est.

Et je pense qu'on devrait être plus dans la prévention au niveau médical que juste dans le curatif. Regardez dans les autres pays comment ça se passe. Les budgets sur la prévention, sur une éducation à l'alimentation, sur la pratique sportive sont menés. Et ça a des vrais effets en termes de santé publique et en termes aussi de coûts budgétaires de la santé. Donc oui au thermalisme. Oui aussi aux médecines douces. C'est important. »

« Face aux idées de l'extrême droite, car le pire est toujours possible »

Carole Delga, suite aux révélations sur les policiers municipaux de Carcassonne, le Rassemblement national a-t-il fait le ménage ?

« Non, le Rassemblement national n'a pas fait le ménage parce qu'il promeut ses idées racistes. Les idées de l'extrême droite sont à l'origine de ce type de propos scandaleux, car il s'agit d'êtres humains. Je veux rappeler avec gravité la banalisation des idées de l'extrême droite que certains cherchent à promouvoir, qu'il s'agisse de membres du Rassemblement national ou d'une partie de la droite en France. C'est gravissime d'arriver à se réjouir qu'un être humain puisse être percuté en raison de sa couleur de peau ou de sa religion. 

Les propos tenus sur Madame Macron, sur les femmes et sur la sexualité des individus sont tout aussi inadmissibles. Il faut rappeler à cette antenne que dans notre pays, les idées de l'extrême droite ont conduit, entre 1939 et 1945, à ce que des enfants soient mis dans des wagons et gazés. Le seul crime de ces enfants était d’être juifs, tout comme ont été gazés des Tziganes ou des homosexuels. 

Il ne faut rien lâcher face aux idées de l'extrême droite, car le pire est toujours possible. Quand j'entends certaines personnalités politiques ou certains journalistes affirmer que Madame Le Pen n'est pas d'extrême droite, je rappelle que l'extrême droite reste toujours la même. C'est le racisme et la haine de l'autre. »

« Les idées du Rassemblement national repose sur des idées racistes »

Considérez-vous que Marine Le Pen et le Rassemblement national sont racistes ?

« Mais bien sûr. La base des idées du Rassemblement national repose sur des idées racistes. Ce sont ces mêmes idées qui ont conduit à la Shoah, à ce que des personnes soient gazées parce qu'elles étaient gitanes, homosexuelles, juives ou résistantes. 

La Solution finale mise en place par le régime nazi constitue le substrat même des idées de l'extrême droite. Le Rassemblement national a été créé, il faut le rappeler, par Monsieur Jean-Marie Le Pen avec un ancien Waffen-SS. C'est cela, la réalité. »

« La police ne tue pas »

En quoi les propositions récentes du Rassemblement national s'inscrivent-elles dans cette même démarche ?

« Quand on veut stigmatiser dans la rue une femme parce qu'elle porte un voile, c'est du racisme contre les musulmans. C'est toujours la même chose. Je suis extrêmement ferme sur la laïcité. Je ne veux aucun signe religieux dans les écoles, et l'abaya dans les lycées, c'est non, car c'est un signe religieux. 

En revanche, dans l'espace public et dans la rue, chacun s'habille comme il le souhaite. Quand Madame Le Pen propose d'interdire et de verbaliser les femmes voilées, c'est du racisme anti-musulman et une volonté d'assimilation des musulmans à des intégristes. Je souhaite que notre pays reste fraternel.

Entendre de tels propos de la part d'un policier municipal est glaçant. Je demande en effet à la justice française de lui retirer son habilitation le temps de l'enquête et qu'il soit suspendu. On ne peut pas accepter que nos forces de sécurité, pour lesquelles j'ai le plus grand respect car la police ne tue pas, soient entachées par de tels propos. Je ne veux pas que la police, la gendarmerie et l'ensemble de nos forces de sécurité soient entachées par des propos pareils. Il est donc nécessaire de retirer toute habilitation à ce policier municipal et de le suspendre. »

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