Le feuilleton des zones à faibles émissions (ZFE) est loin d’être terminé. Après le vote de leur suppression par les députés puis l’intervention du Conseil constitutionnel avant l’été, la Ligue de Défense des Conducteurs tente désormais de remettre le sujet sur la table à l’Assemblée nationale.
Une bataille qui a lieu alors qu’une étude de l’Insee publiée fin août vient relancer le débat sur l’efficacité réelle du dispositif.
Alexandra Legendre, responsable du pôle études et communication de la Ligue de Défense des Conducteurs, s’explique au micro de Laurence Péraud et Jean-Luc Moreau dans «On parle Auto» sur Sud Radio.
ZFE : plus de 130 000 soutiens pour remettre la suppression au débat
La Ligue de Défense des Conducteurs a choisi de s’adresser directement à Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale. « C’est un petit peu plus de 130 000 personnes qui ont contribué à cette requête », indique Alexandra Legendre. Contrairement à une pétition classique, celle-ci vise à demander le retour des amendements supprimant les ZFE dans les débats parlementaires.
« Elle est en capacité de remettre les amendements qui demandent la suppression des ZFE au débat en séance avec les députés lors de la rentrée parlementaire à partir du mois d’octobre », explique Alexandra Legendre. L’association continue donc d’enregistrer les soutiens avec un objectif : faire suffisamment pression pour que le sujet soit de nouveau examiné par les députés. « Plus on sera nombreux à le signer, plus notre voix pèsera. Il faut vraiment une forte mobilisation », insiste-t-elle.
Car le Parlement s’était déjà prononcé sur le sujet. Les députés avaient voté la suppression des ZFE, avant que la mesure ne soit écartée par le Conseil constitutionnel, qui avait considéré que l’amendement n’avait pas sa place dans le texte examiné. « Les députés ont déjà voté pour la suppression », rappelle Alexandra Legendre.
Une étude de l’Insee relance le débat sur l’efficacité des ZFE
Entre-temps, une étude de l’Insee publiée fin août est venue apporter de nouveaux éléments sur les effets des ZFE. Selon les chiffres évoqués par Alexandra Legendre, le parc de véhicules Crit’Air 1 et électriques dans les ZFE étudiées a progressé de 88 % en cinq ans, mais moins de six points de cette progression seraient directement attribuables aux ZFE, avec une marge d’erreur.
Un résultat jugé insuffisant par la Ligue au regard des contraintes imposées aux automobilistes. « On est vraiment, nous, en train de se dire : mais tout ce bazar depuis des années tout ça pour ça, alors qu’il y a un renouvellement du parc naturel », réagit Alexandra Legendre. Selon elle, la modernisation du parc automobile se serait donc produite en grande partie naturellement, avec l’arrivée progressive de véhicules plus récents.
🚗 Les ZFE sont-elles vraiment efficaces ? #OnParleAuto
— Sud Radio (@SudRadio) September 12, 2026
Alexandra Legendre (Ligue de Défense des Conducteurs) : "Tout ce bazar depuis des années, tout ça pour ça ? Il faut laisser le renouvellement naturel du parc se faire !"
☎️ 0 826 300 300
📻 https://t.co/y4VcQ5a6lt pic.twitter.com/9cUKQCM2M8
« Si vous n’avez pas les moyens de changer de voiture, vous faites quoi ? »
Si la pollution liée au trafic automobile a reculé, la question des contraintes imposées aux conducteurs reste au centre du débat. Alexandra Legendre estime qu’« a priori, il n’y aurait plus que le Grand Paris » qui présenterait encore des niveaux de pollution susceptibles de justifier la mesure. « Mais là encore, il faut le remesurer tout le temps. Il faut qu’on en soit sûr », nuance-t-elle.
Car derrière les ZFE se pose aussi la question du coût pour les automobilistes qui ne peuvent pas remplacer leur véhicule. « Si vous n’avez pas les moyens de changer de voiture et que vous habitez dans une ZFE, vous faites quoi ? Vous n’y allez plus ? Vous prenez des PV de 68 euros trois fois par jour ? », interroge Alexandra Legendre.
La représentante de la Ligue pointe notamment les conséquences sur l’emploi et les déplacements du quotidien. « Il y a tellement de gens qui n’ont pas d’autre choix pour travailler que de prendre la voiture », souligne-t-elle. Pour Alexandra Legendre, l’enjeu dépasse ainsi la seule question automobile : « L’enjeu est tel qu’on ne peut pas trancher comme ça définitivement. C’est sociétal. »
La suppression des ZFE va-t-elle enfin aboutir ?
Reste donc à savoir si les amendements supprimant les ZFE feront leur retour devant les députés. Après leur adoption puis leur éviction avant l’été, la Ligue de Défense des Conducteurs compte sur la mobilisation des automobilistes pour provoquer un nouveau débat parlementaire.
Une succession de rebondissements qu’Alexandra Legendre compare avec humour à une série télévisée : « On est vraiment dans Dallas ». Mais derrière la formule, sa position reste claire : « On a une mesure qui ne sert vraiment à rien, on a une mesure qui est refusée par les Français, laissons-la être adoptée de manière définitive par le Parlement. »