Les syndicats du périscolaire parisien appellent à la grève ce mardi 16 juin pour dénoncer le manque d'effectifs, l'insuffisance de la formation et la faiblesse des rémunérations. Ils réclament notamment des recrutements, des formations diplômantes et une revalorisation des carrières. Franck Benghanem, ancien animateur et délégué syndical du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (SUPAP-FSU), s'est exprimé au micro de Sud Radio.
Pourquoi cette grève ?
« À la suite de notre dernière mobilisation, nous n'avons obtenu aucune réponse concrète de la part du maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Dans ces conditions, nous estimons que la situation ne peut pas rester en l'état. Il attend les conclusions d'une concertation qui doit aboutir fin juin. Celle-ci portera notamment sur les rythmes scolaires et peut-être sur d'autres mesures qui pourraient être mises en place. Mais cela fait tout de même une dizaine d'années que nous exprimons les mêmes besoins : de meilleures conditions de travail, davantage de formation et un accueil des enfants dans des conditions correctes. Notre objectif est de pouvoir exercer notre métier dans les meilleures conditions possibles, avec des personnels formés et sans être en sous-effectif. »
Les causes de cette colère
« J'ai connu plusieurs années durant lesquelles je n'avais quasiment jamais le nombre d'animateurs nécessaire. Il m'est arrivé de me retrouver avec 150 enfants et seulement 10 animateurs, alors qu'il en aurait fallu 14. Dans ces conditions, les animateurs doivent encadrer davantage d'enfants, être plus vigilants et adapter en permanence leur organisation. Cela augmente la charge de travail et la charge mentale de l'ensemble des équipes.
Depuis la réforme des rythmes scolaires de 2013, nous avons besoin d'un recrutement important. La situation s'est améliorée, mais il reste encore beaucoup à faire, notamment sur les effectifs et la formation professionnelle. J'ai longtemps dû former des agents alors qu'ils étaient déjà en poste auprès des enfants. Ils apprenaient leur métier directement sur le terrain. Or, le BAFA seul ne suffit plus. Cela fait des années que nous le répétons : si l'on exige un haut niveau de professionnalisme dans l'animation et les loisirs éducatifs, il faut des formations adaptées et qualifiantes. »
Les conséquences ?
« Cela peut avoir des conséquences, parce qu'on se retrouve parfois avec des animateurs ou des responsables qui n'y arrivent pas ou qui ne maîtrisent pas encore suffisamment certaines situations. Certains répondront que c'est une question de bon sens. Mais le bon sens n'est pas le même pour tout le monde et, surtout, il ne suffit pas. Nous accueillons beaucoup de jeunes qui effectuent chez nous leur premier emploi. Ils ont parfois très peu d'expérience professionnelle, voire aucune. Pourtant, on leur confie immédiatement de grandes responsabilités. On ne mesure pas toujours le niveau de responsabilité que représente l'encadrement d'enfants. Cela demande une vigilance constante, une posture professionnelle adaptée et une communication appropriée avec les enfants. »
Des postes supplémentaires et une formation diplômante
« Nous demandons d'abord la création de postes supplémentaires de titulaires, aussi bien pour les animateurs que pour les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM). Nous demandons également des cellules de remplacement beaucoup plus conséquentes, composées de personnels formés. Nous réclamons le développement de formations diplômantes et de véritables filières professionnelles. Il existe notamment des diplômes universitaires et des brevets professionnels qui pourraient être financés afin que les agents puissent être formés correctement. »
Augmenter les salaires pour doper l'attractivité
« Nous demandons aussi une augmentation des salaires. Depuis des années, on parle du manque d'attractivité de ces métiers. Or, l'attractivité passe aussi par une revalorisation des rémunérations, à commencer par le salaire de base, mais également par les différentes primes.
Parmi les revendications importantes figure également le passage des directeurs du périscolaire en catégorie A, ainsi que celui des animateurs et des ATSEM en catégorie B. Enfin, toutes ces revendications visent aussi à mieux protéger les enfants. Contrairement à ce que certains peuvent penser, nous ne défendons pas uniquement nos intérêts professionnels. Nous agissons également dans l'intérêt des enfants et de la qualité du service public qui leur est rendu. »