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Général Dominique Trinquand : "Il y a des possibilités de représailles sur le sol français"

Par La rédaction

INTERVIEW SUD RADIO - Soldat français tué en Irak, guerre au Moyen-Orient : le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

le général Dominique Trinquand
le général Dominique Trinquand, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 13 mars 2026, dans “L’invité politique”.

Guerre en Iran, mort du premier soldat français dans le conflit, risque d’attentats en France, riposte militaire contre les milices pro-iraniennes, stratégie d’Israël au Liban, rôle des États-Unis. Au micro de Sud Radio, le général Dominique Trinquand a répondu aux questions de Maxime Lledo.

Guerre en Iran : "Il y a des possibilités de représailles sur le sol français"

Maxime Lledo pour Sud Radio : La mort du premier soldat français dans ce conflit signifie-t-elle que la France risque de s’engager davantage dans la guerre en Iran ?
Général Dominique Trinquand : “Il faut d’abord comprendre que la République islamique d’Iran cherche à créer le chaos et à attaquer tous azimuts. Ce gouvernement radical est dos au mur et frappe partout. Notre priorité doit être de protéger nos soldats, qui ne sont pas engagés dans cette opération, et rester extrêmement attentifs aux attaques terroristes qui pourraient survenir, y compris sur notre territoire.”

Faut-il craindre des représailles en France, comme cela a pu être le cas dans les années 1980 ?
“Oui, il y a des possibilités de représailles sur le sol français. Dans les années 1980, nous avons été attaqués par des mouvements radicaux liés à l’Iran. Aujourd’hui, nous avons un régime iranien acculé, qui massacre son propre peuple et qui frappe tous ceux qu’il considère comme responsables de cette situation. Cela peut aller jusqu’à des actions terroristes.”

La mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion peut-elle entraîner un engrenage militaire pour la France ?
“C’est précisément la question que les mouvements iraniens cherchent à nous faire poser. Leur objectif est de créer une pression sur les opinions publiques pour que les opérations contre eux cessent. Si nous décidons de ne plus lutter contre eux, ils ont gagné. Mais si nous entrons pleinement dans la guerre à leurs côtés contre l’Iran, ils auront aussi gagné, car cela créera des divisions et des tensions.”

Comment la France doit-elle réagir dans une telle situation ?
“La priorité doit rester la sécurité de nos concitoyens. Les mouvements radicaux iraniens cherchent à nous placer dans une situation impossible, comme le font souvent les organisations terroristes. Il faut donc agir avec prudence tout en protégeant nos intérêts et nos forces sur le terrain.”

"On a sous-estimé le mythe du martyr chez les mollahs iraniens"

Pourquoi ce régime cherche-t-il à provoquer ce climat de chaos ?
“Parce que dans leur mythologie, le martyr est valorisé. Pour ces dirigeants radicaux, mourir pour leur cause est une espérance. Ils sont donc prêts à frapper partout, sans craindre les conséquences. Cette dimension idéologique est essentielle pour comprendre leur stratégie.”

L’Occident a-t-il sous-estimé la capacité de résistance du régime iranien ?
“Oui. On a sous-estimé le mythe du martyr chez les mollahs iraniens et chez les Gardiens de la révolution. Pour eux, mourir est un don de Dieu et cela renforce leur détermination.”

Cette dimension idéologique joue-t-elle un rôle majeur dans la guerre actuelle ?
“Oui. Elle explique en grande partie la capacité de résistance de ce régime et la manière dont il organise ses réseaux. Nous avons également sous-estimé l’organisation décentralisée qu’ils ont mise en place.”

"Je suis favorable à une riposte ponctuelle contre les milices iraniennes"

La France pourrait-elle malgré tout être entraînée davantage dans cette guerre ?
“La situation est très compliquée. Cette guerre a été décidée sans concertation avec la France. Le président Emmanuel Macron l’a rappelé : nous n’avons pas été prévenus. Lors de la guerre en Irak en 2003, il y avait eu des mois de discussions avec les Américains. Cette fois, Donald Trump et Benjamin Netanyahou ont décidé d’attaquer sans coordination avec leurs alliés.”

Les milices pro-iraniennes représentent-elles une menace directe pour les forces françaises dans la région ?
“Oui. Les mouvements radicaux iraniens sont nos ennemis, ici comme ailleurs. C’est pour cela que la situation au Kurdistan irakien, où se trouvent des militaires français, est particulièrement sensible.”

Après l’attaque contre des militaires français, la France doit-elle riposter ?
“La première chose à faire est de se concerter avec les autorités d’Erbil, au Kurdistan irakien, avec lesquelles nous avons d’excellentes relations. Toute action doit être coordonnée avec elles.”

Personnellement, seriez-vous favorable à une riposte ?
“Oui, je suis favorable à une riposte ponctuelle contre ces milices iraniennes. Nos forces spéciales ont les capacités pour mener une opération ciblée. Les militaires qui ont été touchés étaient des instructeurs, pas une force de combat déployée, mais une réponse ciblée contre ces milices serait possible.”

Mais une telle riposte ne risque-t-elle pas d’entraîner un engrenage militaire ?
“Bien sûr. Et c’est précisément l’engrenage que les Iraniens cherchent à provoquer. Ils veulent élargir le conflit et entraîner le plus d’acteurs possible dans cette guerre.”

Comment analysez-vous la stratégie américaine et israélienne dans ce conflit ?
“Face aux incertitudes de Donald Trump, il y a les certitudes de Benjamin Netanyahou. Cela fait plus de vingt ans qu’il prépare cette confrontation. Pour lui, les groupes qui attaquent Israël – le Hamas, le Hezbollah ou les milices irakiennes – sont tous liés à Téhéran. Il considère donc qu’il faut frapper directement l’Iran.”

"Israël se trompe en attaquant le Liban"

Les frappes israéliennes au Liban contre le Hezbollah sont-elles justifiées selon vous ?
“Le problème du Hezbollah est réel. Même le gouvernement libanais reconnaît qu’il faut l’éradiquer. Mais la stratégie israélienne actuelle pose problème.”

Pourquoi estimez-vous que cette stratégie est une erreur ?
“Parce qu’Israël se trompe en attaquant le Liban. Il devrait plutôt aider le gouvernement libanais à se débarrasser du Hezbollah. En frappant largement le territoire libanais, Israël risque de se mettre à dos une population qui est déjà fatiguée de l’influence du Hezbollah.”

Peut-on craindre des destructions comparables à celles observées à Gaza dans la banlieue sud de Beyrouth ?
“Oui, malheureusement. Les dégâts collatéraux sont inévitables dans ce type d’opérations urbaines. Même avec des frappes très précises, les zones densément peuplées rendent les destructions presque inévitables.”

Le détroit d’Ormuz fait craindre une crise énergétique mondiale. La menace de mines marines est-elle réelle ?
“Pour l’instant, il n’y a pas de mines. Les autorités iraniennes contrôlent les passages mais n’ont pas miné le détroit. En revanche, ils peuvent cibler des navires avec des drones, ce qui leur donne une capacité de nuisance considérable sur l’économie mondiale.”

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