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Christophe Béchu : "Une primaire du bloc central n'est pas possible"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Lyhanna, protection de l'enfance, Édouard Philippe : Christophe Béchu, maire d'Angers, Secrétaire général d'Horizons, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

christophe béchu,
Christophe Béchu interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 10 juin 2026, dans “L’invité politique”.

Meurtre de Lyhanna, protection de l’enfance, justice, juges d’application des peines, périscolaire à Paris, primaire du bloc central et présidentielle 2027. Au micro de Sud Radio, Christophe Béchu a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Dans une société qui vieillit, on pense davantage à la retraite qu’à l’enfance. On a un problème de priorités"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Après le meurtre de Lyhanna, Sébastien Lecornu propose notamment la perpétuité pour les auteurs de viols sur mineurs récidivistes, un délai maximum de trois mois d’enquête et une réflexion sur la prescription. Est-ce la bonne réponse ?
Christophe Béchu : “D’abord, ce que traverse le pays, c’est une immense émotion devant quelque chose d’abominable pour lequel on ne trouve pas de mots. La violence est rarement supportable, mais quand elle vise nos enfants, elle est insoutenable. Dans cette affaire, il y a eu plein d’alertes, plein de warnings, plein de moments où l’on aurait pu stopper un prédateur. La perpétuité réelle, l’imprescriptibilité, ce sont des questions posées, mais cela intervient une fois que les choses ont eu lieu.”

Vous dites donc qu’il faut agir avant le drame, pas seulement après ?
“Je pense qu’il y a deux débats : quelle réponse on apporte avant que ça arrive et quelle réponse on apporte ensuite quand les faits sont avérés. Il y a vingt ans, quand j’ai commencé ma vie politique, j’ai été élu président du département et quelques semaines après a commencé un procès de pédophilie avec 45 enfants victimes et 67 adultes déclarés coupables. Ce procès a mis à jour une forme de silence, pas délibérée, pas complotiste, mais des gens qui se taisaient parce qu’ils étaient mal à l’aise et parce qu’on n’osait pas dire. Le choc absolu provoqué dans le département nous a conduits à mettre en place des procédures de signalement partagé et de secret professionnel partagé.”

Concrètement, qu’aviez-vous mis en place à l’époque pour mieux protéger les enfants ?
“Nous avions mis en place le recueil de la parole de l’enfant avec la justice à l’hôpital. Quand on constatait des lésions sexuelles ou des éléments de ce type, il fallait enregistrer tout de suite la parole de l’enfant. L’objectif était d’éviter qu’en multipliant les prises de parole, l’enfant finisse par se contredire et que sa parole soit remise en cause. Il fallait que cette parole soit prise en compte et, d’une certaine manière, sanctuarisée.”

Avez-vous le sentiment que rien n’a suffisamment bougé depuis vingt ans ?
“Ce que je crois, c’est que malheureusement, dans une société qui vieillit et qui se préoccupe davantage de la fin de vie et de l’âge de la retraite que de l’enfance, de l’entrée dans la vie active ou de la santé mentale de nos adolescents, on a d’abord un problème de priorité. Je me réjouis que le Premier ministre multiplie des propositions qui pourraient être mises en place ou votées avec un texte déjà dans les tuyaux du Parlement. Mais il ne faut pas avoir une approche uniquement pénale, sur les derniers mètres du calvaire d’une partie de ces enfants. Il faut agir bien en amont, changer notre regard sur la parole des enfants, sur la manière de l’accompagner et assumer un principe de précaution beaucoup plus précoce.”

"Il faut se poser la question de l’existence des juges d’application des peines"

Emmanuel Macron a estimé qu’on ne parlait pas d’un manque de moyens. Êtes-vous d’accord avec lui ?
“On ne peut pas nier qu’il y a un manque de moyens. Quand le président de la République dit cela, il rappelle que depuis qu’il est président, les moyens ont augmenté de 40% et qu’il y a eu près de 2.000 recrutements de magistrats et de greffiers. Mais le sujet, ce n’est pas seulement ce qui a été créé, c’est d’où l’on part et où l’on en est. Aujourd’hui, le nombre d’affaires rapporté au nombre de magistrats pose un problème.”

Faut-il seulement augmenter les moyens de la justice ou aussi réorganiser son fonctionnement ?
“Il peut y avoir d’autres moyens que l’augmentation pure des moyens. Il y a la priorisation, mais pas seulement. Il faut se poser la question de l’existence des juges d’application des peines, ces magistrats qui regardent dans le détail quelle modalité d’application d’une peine décidée par un juge du siège doit être mise en œuvre. Est-ce qu’il faut les garder ou est-ce qu’on pourrait les redéployer sur une partie des moyens ?”

Vous évoquez aussi la numérisation et l’intelligence artificielle. Quel rôle peuvent-elles jouer ?
“Demain, la numérisation, les moyens informatiques et y compris l’intelligence artificielle peuvent permettre de gagner en vitesse, en célérité et en intelligence. Il y a un problème de moyens, il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, mais il y a en parallèle un problème d’organisation. Des opportunités de réorganisation sont rendues possibles par le numérique, par l’intelligence artificielle ou tout simplement par une comparaison avec ce qui se fait dans d’autres pays. Arrêtons de penser qu’au motif que nous sommes français, nous aurions raison contre le reste du monde.”

Est-ce à dire que le système judiciaire français est devenu obsolète ?
“Le sujet n’est pas seulement de regarder à la marge ce que nous pouvons changer. Il faut assumer de regarder en profondeur la manière dont nous fonctionnons, y compris nos habitudes. L’exemple des juges d’application des peines est révélateur : 600 magistrats interviennent après des juges qui ont déjà examiné les affaires. Si le juge qui décide de la peine pouvait décider tout de suite de son application, cela permettrait d’avoir immédiatement des magistrats pour juger, et je pense que ce serait plus efficace.”

"La situation du périscolaire à Paris me sidère"

À Paris, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour suspicions de violences sexistes et sexuelles. Faut-il une commission d’enquête parlementaire ?
“Dans le temps que nous traversons, tout ce qui concourra à la transparence est nécessaire. Cette situation parisienne me sidère. À Angers, cela fait cinq ans que lorsque nous recrutons quelqu’un, nous partageons son profil avec la préfecture. Cela fait aussi cinq ans que nous avons déprécarisé le corps des animateurs pour les former et mieux savoir qui nous recrutons.”

Quelles procédures appliquez-vous à Angers en cas de signalement ?
“Au moindre signalement, dans la demi-journée, l’animateur mis en cause est immédiatement retiré de l’école et du périscolaire. J’ai beaucoup de mal à comprendre que dans une ville comme Paris, on ait attendu aussi longtemps pour systématiser des procédures déjà appliquées dans un certain nombre de villes de province. C’est aussi cela, le principe de précaution. Ce qui est présenté aujourd’hui comme une nouveauté existe depuis des années dans beaucoup de villes, dont Angers.”

Emmanuel Grégoire appelle à ouvrir un débat national sur les violences faites aux enfants. Est-ce suffisant ?
“J’ai beaucoup de mal à comprendre qu’encore aujourd’hui, en 2026, une ville comme Paris en soit à se demander si ses procédures sont adaptées. Des affaires ont éclaté au cours de ces dernières années et, dans beaucoup d’autres villes de France, cela fait des années que des procédures systématiques de signalement et de précaution sont appliquées. Le maire de Paris ne peut pas faire l’économie d’un véritable examen de ce qui s’est passé ces dernières années. Il faut regarder la manière dont des alertes de collectifs ou de parents n’ont peut-être pas été écoutées.”

"Une primaire du bloc central n’est pas possible"

Sur 2027, le comité de liaison réunit Horizons, Renaissance, le MoDem, l’UDI et Les Républicains. Renaissance évoque une éventuelle primaire du bloc central. Cela vous met-il en colère ?
“Parler de l’affaire Lyanna, de la protection de l’enfance et de la jeunesse, c’était déjà parler de politique avec un grand P. Quand on juxtapose un sujet comme celui-là avec la cuisine ou la tambouille politicienne, il y a forcément un contraste. Tout le monde sait qu’une primaire n’est pas possible, mais certains font comme si le sujet était encore sur la table pour laisser penser en termes de communication qu’ils sont prêts à tout pour que l’on se mette d’accord. Je trouve que ce n’est pas à la hauteur des enjeux.”

Pourquoi estimez-vous qu’une primaire du bloc central est impossible ?
“Pour qu’il y ait une primaire, il faut être d’accord sur qui participe, sur quelles idées, et sur le fait de savoir si tout le monde acceptera le résultat. Dans le bloc central, Les Républicains considèrent qu’on ne peut pas faire une primaire avec Renaissance, et Renaissance considère qu’on ne peut pas faire une primaire avec Les Républicains. Nous considérons qu’il faut discuter avec les uns et avec les autres. Mais si l’on pense que c’est par une primaire que l’on réglera cette question, on ment aux gens.”

Le comité de liaison doit-il malgré tout permettre au bloc central de se parler ?
“Si un comité de liaison existe, c’est précisément pour être capable de se parler, pour ne pas se tromper d’adversaires et pour se rappeler que ce sont les extrêmes qui sont nos adversaires. En attendant, chaque candidat doit démontrer aux Français comment il rassemble d’abord sa propre famille, puis comment il prétend rassembler la totalité des Français. Sur la protection de l’enfance, la transition écologique ou le redressement budgétaire, il faudra rassembler tout le pays. On ne peut pas avoir 3 000 milliards de dettes sans faire d’efforts.”

"Si les candidats ne sont pas responsables, les électeurs le seront pour eux"

Gabriel Attal bouscule-t-il Édouard Philippe dans la perspective de 2027 ?
“À la fin, les Français jugeront. Je considère que le calme compte dans cette histoire. Édouard Philippe avance et trace son sillon. Le 5 juillet, à la Adidas Arena, aura lieu son premier grand meeting, et ceux qui veulent comprendre la démarche peuvent venir y assister.”

À quel moment les candidats du bloc central devront-ils se parler pour éviter une finale entre le Rassemblement national et La France insoumise ?
“C’est à partir de l’automne que les choses vont se décanter. On saura le 7 juillet, quand la justice aura pris sa décision, si Marine Le Pen ou Jordan Bardella est le candidat du Rassemblement national. À partir de la fin des vacances, les Français commenceront à s’intéresser à tout cela. Si les candidats ne sont pas responsables, les électeurs le seront pour eux.”

Vous pensez que le vote utile interviendra plus tôt qu’en 2022 ?
“Il y a cinq ans, Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ont subi le fait que leurs propres électeurs les ont quittées pour assumer un vote utile. Cette fois-ci, cela arrivera bien plus vite. Il y a cinq ans, l’hypothèse d’un duel Jean-Luc Mélenchon-Marine Le Pen est arrivée deux mois avant l’élection présidentielle. Aujourd’hui, douze mois avant, tout le monde mesure que c’est possible, et cette simple possibilité conduit déjà des électeurs à dire : ne faites pas n’importe quoi, rassemblez-vous, décidez.”

Après les incidents liés au football, envisagez-vous comme maire d’Angers un couvre-feu pendant la Coupe du monde ?
“Nous n’en sommes pas là. Ce qui est certain, c’est que nous allons organiser une fan-zone dans un lieu sécurisé, qui n’est pas immédiatement dans le centre-ville, mais qui n’en est pas loin et qui a l’avantage d’être clos. Cela nous permettra d’accueillir plusieurs milliers de personnes. Nous serons très attentifs à ce qui se passe et je n’hésiterai pas, en fonction de l’évolution après les premiers matchs, à prendre les décisions appropriées, car la sécurité et le maintien de l’ordre sont une priorité, même la première des libertés.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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