Alliances, fusion, retrait, maintien... Au lendemain d'un vote marqué par la percée de La France insoumise et des scores favorables au Rassemblement national comme à Marseille, des alliances à gauche ont commencé à se nouer lundi en vue du second tour des élections municipales.
Le RN très bien placé à Marseille, les Insoumis en embuscade à Lille ou à Toulouse et toujours en lice à Paris... Sur fond d'abstention historique hors Covid, les résultats ont placé dimanche soir les forces politiques, et notamment la gauche, devant de nombreux dilemmes.
Tard dans la nuit dimanche, les tractations ont commencé partout où de possibles triangulaires, quadran, quinquan, voire sextangulaires - comme à Mulhouse ou à Poitiers - sont théoriquement possibles.
Jean-Luc Moudenc, maire DVD sortant de Toulouse et candidat à sa réélection, arrive pour voter au 1er tour des municipales à Toulouse, le 15 mars 2026
Lionel BONAVENTURE - AFP
A Toulouse, 4e ville de France, où LFI est arrivé à la surprise générale devant la liste de gauche menée par le PS, une "liste commune" a été annoncée dès lundi matin. Une telle alliance place la gauche en bonne position pour tenter de battre le maire DVD sortant.
A Lille, les discussions ont débuté entre les trois forces de gauche arrivées en tête, socialistes et insoumis cherchant une alliance avec les Écologistes.
Municipales 2026 : listes en tête à Lyon
Nalini LEPETIT-CHELLA, Julie PEREIRA - AFP
A Besançon, la maire écologiste sortante, largement distancée par le candidat LR, a annoncé son ralliement à LFI pour "battre la droite".
A Lyon également, la candidate mélenchoniste espère une fusion avec la liste de l'écologiste sortant Grégory Doucet pour contrer l'ancien patron de l'OL, Jean-Michel Aulas.
- 2027 dans le viseur -
Mais à Paris et Marseille, les négociations s'annoncent plus ardues après des campagnes extrêment tendues entre PS et LFI.
A Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a certes largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche hors-LFI de conserver la capitale.
La candidate Insoumise à la mairie de Paris, Sophia Chikirou, fait une déclaration après les résultats du 1er tour des municipales, le 15 mars 2026 à Paris
Martin LELIEVRE - AFP
Mais la candidate Insoumise Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, risque de lui mettre des bâtons dans les roues.
Faute de fusion, elle se maintiendra, a-t-elle assuré. Le socialiste a toujours exclu la moindre alliance avec le mouvement mélenchoniste.
En face, le candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel va lui aussi devoir décider s'il répond à l'appel au "rassemblement" lancé par Rachida Dati. Sarah Knafo (Reconquête), en mesure également de se maintenir, a elle demandé à sa concurrente d'accepter sa "main tendue" sans faire d'"accord d'appareil".
Pour la gauche, la situation est plus complexe encore à Marseille, où le sortant Benoît Payan, au coude-à-coude avec Franck Allisio (RN), a affirmé qu'il n'était "pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit".
Une position jugée "irresponsable" par l'Insoumis Sébastien Delogu, lui aussi qualifié, qui plaide pour un "front antifasciste".
Municipales 2026 : listes en tête à Marseille
Nalini LEPETIT-CHELLA, Julie PEREIRA - AFP
Les choix pour le second tour du 22 mars devront être tranchés au plus tard mardi à 18h00, dernier délai pour déposer ses listes en préfecture.
A ce moment-là, les têtes de liste ayant obtenu plus de 10% des voix dimanche devront dire si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.
- "Tradition à gauche" -
Lundi matin, les stratèges des partis ont développé leurs plus beaux argumentaires.
Répétant qu'il n'y aurait pas d'"accord national", le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a demandé "solennellement" à LFI de se retirer à Marseille, tout en évoquant des alliances locales possibles, comme à Nantes.
Forte de ses bons résultats dans les grandes villes, de sa victoire à Saint-Denis et de son score très prometteur à Roubaix, LFI continue de mettre la pression sur le reste de la gauche.
Son coordinateur Manuel Bompard a répété sur France Inter son souhait d'"une fusion entre les différentes listes (de gauche) pour battre la droite et l'extrême droite, comme d'ailleurs c'est la tradition à gauche depuis la nuit des temps".
A rebours, l'ancien président François Hollande ou le très probable candidat Place publique à la présidentielle Raphaël Glucksmann semblent prêts à prendre le risque de voir des villes basculer à droite plutôt que de passer un accord avec le parti mélenchoniste.
La cheffe des Écologistes Marine Tondelier vote au 1er tour des municipales à Hénin-Beaumont, le 15 mars 2026
Sameer AL-DOUMY - AFP
Défendant le principe d'alliances locales, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier a, pour sa part, estimé que refuser tout accord avec LFI "a un coût pour les habitants (des) villes qui avaient besoin de politiques de gauche et écolos".
De son côté, le RN, qui revendique 24 communes au premier tour des municipales et est en tête dans 60 autres, selon son vice-président Sébastien Chenu, a appelé les électeurs LR au "vote utile" au second tour pour faire barrage à la gauche.
La députée RN et candidate à la mairie de Toulon, Laure Lavalette, fait une déclaration à la presse après les résultats du 1er tour des municipales, le 15 mars 2026 à Toulon
Miguel MEDINA - AFP
Le parti lepéniste, qui cherche à amplifier sa dynamique en vue de 2027, a vu plusieurs maires sortants être réélus comme Louis Aliot à Perpignan. A Toulon, sa députée Laure Lavalette est largement en tête malgré un manque de réserves pour le second tour.
Et à Nice, son allié Eric Ciotti (UDR) est très bien parti dans sa lutte fratricide contre Christian Estrosi (Horizons), symbole d'un bloc macroniste en demi-teinte.
Seul Édouard Philippe lui redonne quelques couleurs, avec une dizaine de points d'avance sur son concurrent communiste au Havre.
Par Antoine MAIGNAN et Lucile MALANDAIN / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP