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Poutine va-t-il devenir le maître du jeu dans la crise au Moyen-Orient ?

Par Elliott Léonard

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Hier, Vladimir Poutine et Donald Trump se sont entretenus lors d'une conversation téléphonique. Deux jours plus tôt, le président russe avait reçu le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à Saint-Pétersbourg. Deux rencontres qui ont été l’occasion pour le chef du Kremlin d’affirmer ses positions par rapport au conflit au Moyen-Orient.

(Photo by Dmitry LOVETSKY / POOL / AFP)

Vladimir Poutine et Donald Trump se sont entretenus sur le conflit au Moyen-Orient. Tout sauf une simple anecdote. Pour la seconde fois en une semaine, le président russe a fait entendre sa voix alors qu'il s'était très peu exprimé depuis le début de cette guerre contre l'Iran. Mieux, il semble se positionner comme un pion incontournable sur cet échiquier instable.

Le chef du Kremlin a averti Donald Trump, ce mercredi, qu'une nouvelle action militaire contre les l'Iran pourrait avoir « des conséquences dommageables », selon Iouri Ouchakov, son conseiller diplomatique. Il a également indiqué : « Vladimir Poutine considère que la décision de Donald Trump de prolonger le cessez-le-feu avec l’Iran est la bonne, car elle devrait donner une chance aux négociations et, globalement, contribuer à stabiliser la situation ».

Vladimir Poutine avait accueilli ce lundi le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. À Saint-Pétersbourg, les deux hommes s'étaient entretenus et le président russe avait promis de servir « les intérêts de tous les peuples de la région, afin que la paix puisse être obtenue le plus rapidement possible ». Mais dans quel rôle Vladimir Poutine souhaite-t-il réellement se placer ?

Une coopération discrète entre Poutine et l’Iran

Lundi, le chef de la diplomatie iranienne a choisi de faire un détour en Russie lors de sa tournée diplomatique avec une visite au Kremlin à la clé. Un passage prévisible puisque les deux pays sont étroitement liés. Selon des médias américains, Moscou aurait partagé de nombreux renseignements aux Iraniens, mais également des conseils tactiques concernant la manipulation des drones.

Le président russe est donc bien présent depuis le début du conflit, mais de manière indirecte. Même si ses apparitions ont été rares, il avait condamné les attaques israélo-américaines sur Téhéran. Cette prise de parole, encore une fois timide, s'additionne à la volonté de « stabiliser la situation » et d'« apporter toute l’aide possible aux efforts diplomatiques », exprimée ce mercredi.

L’Ukraine en toile de fond

Vladimir Poutine, encore engagé dans la guerre en Ukraine, n’a pas intérêt à se fâcher avec Donald Trump. Les deux hommes entretiennent en effet depuis de nombreuses années une entente plutôt cordiale. Dans leur entretien, la question de l'Ukraine a été centrale et le conseiller de Vladimir Poutine indique que les deux présidents ont : « des évaluations similaires du comportement du régime de Kiev dirigé par Volodymyr Zelensky ».

De surcroît, le président russe profite de cette guerre au Moyen-Orient, qui occupe une place ultra-majoritaire dans les médias, pour continuer ses frappes sur l’Ukraine.

Le projet d’une Russie médiatrice ?

Il y a aussi un enjeu diplomatique intéressant pour Vladimir Poutine. A l’écart total des discussions depuis le début de la guerre qu’il mène contre l’Ukraine, le président russe pourrait retrouver une voix et une place de choix sur la scène internationale puiqu'à l’instar de la Chine, il pourrait se placer dans un rôle de médiateur.

Stratégie étonnante pour un homme qui ne parvient pas à conclure d’accord avec l’Ukraine depuis plus de cinq ans. Malgré la difficulté que représente le défi de jouer les arbitres entre les États-Unis et l’Iran, la démonstration d'influence serait sidérante si les plans venaient à se dérouler comme prévu par Moscou. La Russie, mise à l’écart, huée, serait la garante d’une paix mondiale menacée par « les gendarmes du monde », première puissance mondiale. Le scénario reste, pour l’heure, digne de la science-fiction.

L'explosion des ventes de pétrole russe 

La stratégie discrète de Poutine s’explique également par les retombées économiques de cette guerre sur son pays. Grand exportateur de pétrole, la Russie avait perdu de sa superbe depuis son offensive contre l’Ukraine. En deux mois, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel passe environ 25 % du pétrole mondial en temps normal selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), Moscou a engrangé des profits inédits depuis le début de la guerre en Ukraine. Les exportations de gaz et de pétrole russes avaient doublé en mars. En avril, la hausse du prix du baril russe est de 42 % par rapport à mars.

Cette discrétion semble avoir une valeur pleinement stratégique : garder l’Iran comme allié et témoigner d’un soutien sans aucune implication directe, ne pas réellement œuvrer pour la paix au Moyen-Orient puisque réaliser des bénéfices sur le pétrole permet à l’économie russe de se remettre à niveau, et se placer comme un potentiel médiateur dans le conflit sans se mettre des États-Unis à dos qui aimeraient bien se défaire de ce conflit dans lequel Trump s'englue chaque jour davantage...

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