Vladimir Poutine a accueilli ce lundi le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. À Saint-Pétersbourg, les deux hommes se sont entretenus et le président russe a promis de servir « les intérêts de tous les peuples de la région, afin que la paix puisse être obtenue le plus rapidement possible ». Mais dans quel rôle Vladimir Poutine souhaite-t-il réellement se placer ?
Une coopération discrète entre Poutine et l’Iran
Le chef de la diplomatie iranienne a choisi de faire un détour en Russie lors de sa tournée diplomatique avec une visite au Kremlin à la clé. Un passage prévisible puisque les deux pays sont étroitement liés. Selon des médias américains, Moscou aurait partagé de nombreux renseignements aux Iraniens, mais également des conseils tactiques concernant la manipulation des drones.
Le président russe est donc bien présent depuis le début du conflit, mais de manière indirecte. Même si ses apparitions ont été rares, il avait condamné les attaques israélo-américaines sur Téhéran. Cette prise de parole est encore une fois timide, puisque les États-Unis ne sont pas explicitement cités dans ses propos.
L’Ukraine en toile de fond
Vladimir Poutine, encore engagé dans la guerre en Ukraine, n’a pas intérêt à se fâcher avec Donald Trump. Les deux hommes entretiennent en effet depuis de nombreuses années une entente plutôt cordiale, et plus récemment notamment sur la question ukrainienne.
De surcroît, il profite de cette guerre au Moyen-Orient, qui occupe une place ultra-majoritaire dans les médias, pour continuer ses frappes sur l’Ukraine.
Le projet d’une Russie médiatrice ?
Il y a aussi un enjeu diplomatique intéressant pour Vladimir Poutine. A l’écart total des discussions depuis le début de la guerre qu’il mène contre l’Ukraine, le président russe pourrait retrouver une voix et une place de choix sur la scène internationale puiqu'à l’instar de la Chine, il pourrait se placer dans un rôle de médiateur.
Stratégie étonnante pour un homme qui ne parvient pas à conclure d’accord avec l’Ukraine depuis plus de cinq ans. Malgré la difficulté que représente le défi de jouer les arbitres entre les États-Unis et l’Iran, la démonstration d'influence serait sidérante si les plans venaient à se dérouler comme prévu par Moscou. La Russie, mise à l’écart, huée, serait la garante d’une paix mondiale menacée par « les gendarmes du monde », première puissance mondiale. Le scénario reste, pour l’heure, digne de la science-fiction.
L'explosion des ventes de pétrole russe
La stratégie discrète de Poutine s’explique également par les retombées économiques de cette guerre sur son pays. Grand exportateur de pétrole, la Russie avait perdu de sa superbe depuis son offensive contre l’Ukraine. En deux mois, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel passe environ 25 % du pétrole mondial en temps normal selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), Moscou a engrangé des profits inédits depuis le début de la guerre en Ukraine. Les exportations de gaz et de pétrole russes avaient doublé en mars. En avril, la hausse du prix du baril russe est de 42 % par rapport à mars.
Cette discrétion semble avoir une valeur pleinement stratégique : garder l’Iran comme allié et témoigner d’un soutien sans aucune implication directe, ne pas réellement œuvrer pour la paix au Moyen-Orient puisque réaliser des bénéfices sur le pétrole permet à l’économie russe de se remettre à niveau, et se placer comme un potentiel médiateur dans le conflit sans se mettre des États-Unis à dos qui aimeraient bien se défaire de ce conflit dans lequel Trump s'englue chaque jour davantage...