Invité de La France dans tous ses états, Au micro de Périco Légasse, l’auteur critique également la gestion économique du quinquennat, marquée selon lui par une forte hausse de la dette publique et par les dépenses massives engagées pendant la crise du Covid-19. Il juge que ces choix ont davantage répondu à des impératifs politiques qu’à une logique de gestion économique.
Marc Eynaud : "Le coup de Chirac en 1997, c'était presque du génie à côté de la décision de la dissolution d'Emmanuel Macron"
Périco Légasse : Emmanuel Macron disait dans un entretien au média Brut qu'il avait fait des erreurs dans sa carrière. À votre avis, prend-il conscience des erreurs qu'il a faites depuis le début de son mandat ?
Marc Eynaud : Je suis pas dans sa tête, mais je pense que un des défauts du pouvoir, c'est qu'il isole et qu'on peut, quand on est à l'Élysée, s'aveugler pendant très longtemps. De toute façon, la situation politique lui rappelle tous les jours au moins depuis 2022 qu'il s'est mis tout seul dans une impasse. On va revenir peut-être sur la dissolution de l'Assemblée nationale. Le coup de Chirac en 1997, c'était presque du génie à côté de la décision de la dissolution d'Emmanuel Macron, qui a été une catastrophe absolue. Emmanuel Macron est aujourd'hui un homme seul. Quand il nomme Sébastien Lecornu Premier ministre, c'est-à-dire son dernier fidèle, c'est qu'on est sur le champ de bataille, et on est en train de faire le dernier carré. Je pense qu'il y a un moment où il s'est dit : "politiquement, je me suis mis dans une situation qui est inextricable".
"Au lieu de gérer l'économie comme quelqu'un venant du privé, il a géré ça politiquement"
Périco Légasse : Vous parlez de l'effondrement de l'économie. Mais il avait trouvé déjà une économie un peu fragile, vous êtes d'accord ? Il n'est pas responsable de tout, mais il laisse la situation bien plus dramatique que celle qu'il a trouvée…
Marc Eynaud : Oui. C'est ça, le drame : c'est qu'il a été élu sur cette promesse-là : les gestions de Nicolas Sarkozy et François Hollande avait laissé le pays endetté. C'est le drame d'Emmanuel Macron, c'est que certes il hérite d'une situation de difficulté. Allez, on va même lui accorder un point : c'est compliqué d'avoir un comparatif par exemple avec la crise du Covid. Tout comme c'est compliqué d'avoir un comparatif avec Nicolas Sarkozy et la crise de 2008, comme il est le seul dirigeant français à avoir affronté une telle situation, on ne peut pas forcément dire qu'un tel ou un tel aurait été meilleur, aurait géré ça de manière plus efficace. Mais Emmanuel Macron, je pense qu'on se rappellera de lui comme l'homme aux mille milliards de dettes. Moi je pense que ce n'est pas Bruno Le Maire qui portera cette responsabilité, ce sera surtout Emmanuel Macron. On peut revenir sur la période du Covid : les chiffres sont absolument incroyables. Par exemple, le "quoi qu'il en coûte", qui a coûté des dizaines de milliards d'euros à la France. Et bien, du jour au lendemain, on s'est dit : "on va injecter de l'argent pour éviter que les entreprises ferment". Il y avait en gros entre 30.000 et 40.000 entreprises qui fermaient chaque année. Après la crise Covid il n'y en avait plus que 15.000. Et deux ans après le Covid, ce chiffre double et repasse à 60.000. C'est-à-dire qu'on a perdu des dizaines de milliards d'euros pour maintenir en vie d'artificiellement des entreprises qui étaient destinées de toute façon à mourir, pour les prolonger d'un an ou deux et pour justement ne pas avoir à subir les conséquences électorales et politiques de cette politique.
Et c'est peut-être ça, le pire chez Emmanuel Macron - c'est qu'au lieu de gérer l'économie de ce pays comme quelqu'un venant du privé, comme quelqu'un avec une expérience financière… il a géré ça politiquement. Ils ont balancé des sommes absolument gigantesques par la fenêtre pour préserver une situation, une rente électorale, pour préserver un intérêt politique. Il n'a jamais eu un rapport sain avec l'économie et avec l'argent public. C'est peut-être ça aussi qui lui a coûté en grande partie sa majorité absolue en 2022. Le principal argument, c'était de dire : "nous sommes bons, nous sommes des professionnels, et le Rassemblement national, c'est des amateurs". Et quand on voit ce qu'a donné ce 9 ans de "professionnalisme", qu'on voit la situation globale, on se dit : "en fait, ça ne marche plus !".
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