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Danièle Obono (LFI) : "Nous proposons un front unique antifasciste contre la droite et l'extrême droite au deuxième tour"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Guerre au Moyen-Orient, Municipales, Paris : Danièle Obono, députée LFI de Paris et candidate à la mairie du 18ème arrondissement, était “L’invitée politique” sur Sud Radio. 

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Danièle Obono, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 12 mars 2026, dans “L’invité politique”.


"Je veux voir une insoumise, en l’occurrence Sofia Chikirou, maire de Paris." Au micro de Sud Radio, Danièle Obono a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Le droit international est de nouveau bafoué par la première puissance impérialiste au monde, les États-Unis d’Amérique"

Jean-François Achilli : Tout d’abord, un mot sur la guerre. Trump répète que la défaite de l’Iran est proche mais que la guerre ne va pas s’arrêter tout de suite. Les frappes continuent. La France insoumise dénonce une guerre illégale.

Danièle Obono : "D’abord, mes pensées vont au peuple iranien qui, après avoir subi la répression de son régime, subit désormais les bombardements des États-Unis d’Amérique et d’Israël. On a plus de 1 200 personnes qui sont mortes aujourd’hui. Et désormais, c’est le peuple libanais qui vit à nouveau la guerre, avec plus d’un demi-million de personnes qui ont été déplacées. Et dans la région, il y a aussi le martyr du peuple palestinien. Et donc on est dans une situation d’engrenage extrêmement grave. Et oui, le droit international est de nouveau bafoué par la première puissance impérialiste au monde, les États-Unis d’Amérique."

Jean-François Achilli : Est-ce que vous ne voulez pas que ce régime des mollahs tombe aujourd’hui ? Puisque c’est un principe de réalité.

Danièle Obono : "Le droit international est la garantie pour tous les peuples d’une forme de coexistence qui, y compris, protège en France contre des régressions extrêmement graves. Donc non, ce n’est pas le principe de réalité. Le principe de réalité, c’est de se battre contre l’engrenage de la guerre. Je ne crois pas que les Iraniens soient très libérés aujourd’hui en subissant les nuages toxiques des bombardements."

Jean-François Achilli : Vous souhaitez qu’il tombe ou pas, là ?

Danièle Obono : "Moi, je souhaite que tous les régimes autoritaires soient renversés par leur peuple et que les peuples accèdent aux droits fondamentaux. Mais vous croyez que les Iraniens ou les Iraniennes, pour qui certains prétendent faire cette guerre, sont libérés ? Vous croyez que les enfants, les fillettes qui ont été bombardées dans les premières heures de cette guerre sont libérés ? Non, je ne crois pas qu’on libère un peuple en le bombardant."

"Et toutes les expériences des vingt dernières années dans cette région précisément ont montré que ça crée du chaos, de la déstabilisation. Ça crée des centaines de milliers de morts. Je pense à l’Irak, par exemple. Les peuples, les gens, les hommes, les femmes, les enfants de ces régions, comme partout dans le monde, ne sont pas des dégâts collatéraux. C’est très grave ce qui se passe."

Jean-François Achilli : Vous évoquez le Liban. Emmanuel Macron réclame une désescalade dans la région, frappée par Israël. Est-ce que le Hezbollah doit rendre les armes ?

Danièle Obono : "Je crois qu’il faut travailler à un cessez-le-feu. Malheureusement, à cet endroit du conflit, ça fait des mois que le cessez-le-feu n’est plus respecté. Je crois qu’il faut que les bombardements s’arrêtent et que le cessez-le-feu soit enfin respecté par toutes les parties impliquées."

"Aujourd’hui, on parle de plus d’un demi-million de personnes qui sont déplacées. Et donc la France doit travailler en renforçant, et pas en piétinant, le droit international au sein des instances de l’ONU pour qu’effectivement toutes les armes se taisent, qu’on arrête de déplacer des populations, qu’on arrête de bombarder des populations et que le Liban essaie de retrouver une stabilité."

Jean-François Achilli : Vous savez que si le Hezbollah rend les armes, Israël arrête les frappes.

Danièle Obono : "Ce n’est pas vrai, vous le savez bien. Puisque le cessez-le-feu de novembre 2024 a été violé à plusieurs reprises, et ça c’est comptabilisé par des agences de défense des droits humains et par l’ONU, a été brisé par Israël des milliers et des milliers de fois. Donc oui, il y a une instabilité permanente, et qui participe aussi de la stratégie expansionniste de monsieur Netanyahou, qui est appuyée par les États-Unis d’Amérique."

"Et je crois que depuis plus de deux ans que le génocide se déroule à Gaza, s’il y avait eu une véritable opposition au niveau international, si la France avait pris la tête comme le fait aujourd’hui l’Espagne, qui est aujourd’hui le pays, à travers la voix de monsieur Sánchez, qui honore aujourd’hui l’Europe et qui est l’honneur de notre continent, eh bien on n’en serait pas là. Donc non, ce n’est pas un statu quo : c’est la défense du droit international qui est la seule garantie pour les peuples d’une coexistence un peu pacifique."

Carburants : "Ce sont les marges des raffineurs qui ont explosé ces dernières années"

Jean-François Achilli : Les carburants. La France va puiser dans les stocks stratégiques, ces 15 %, ces quatre mois de consommation. Jean-Luc Mélenchon dit que Roland Lescure peut facilement empêcher la hausse des prix des carburants. Vous proposez un blocage des prix. Apparemment le gouvernement ne veut pas. C’est synonyme de pénurie, dit-il.

Danièle Obono : "Non, absolument pas. Vous vous rappelez peut-être comment, en 2020, le prix des gels hydroalcooliques avait été bloqué par Emmanuel Macron. Il y a un décret qui est possible, il y a un article du Code du commerce qui permet, dans des situations particulières, de bloquer ces prix. Nous avions déposé une proposition en 2023 qui a failli passer à six voix près, ce qui montre qu’il y a une nécessité et une prise de consensus quasi transpartisane. C’est l’opposition des macronistes qui a empêché de prendre cette mesure qui est d’intérêt général."

Jean-François Achilli : Vous savez qu’il y a un risque de pénurie.

Danièle Obono : "Non, non. La situation en Iran aujourd’hui crée effectivement des chocs sur le marché. Mais la raison pour laquelle il y a aujourd’hui ces augmentations, c’est tout simplement parce qu’il y a des marges, et notamment les raffineurs, pas les distributeurs. Ce ne sont pas tellement les marges des distributeurs. Ce sont les marges des raffineurs qui ont explosé ces dernières années. Et là, c’est une anticipation qu’ils font."

"Et c’est à ce niveau-là précisément que nous proposons de faire le blocage de leurs marges, parce qu’il n’y a aucune raison que ce soient les consommateurs ou l’État, le trésor public — donc les Français et les Françaises — qui paient, alors qu’il y a des profiteurs, les grands groupes de raffineurs, qui ont profité de la guerre en Ukraine et qui continuent à profiter des crises internationales."

"Il y a eu une gestion sociale-libérale et Macron-compatible au niveau parisien"

Jean-François Achilli : Parlons des municipales à Paris. « Tout le monde déteste le PS », c’était le slogan entendu au meeting de Sophia Chikirou que vous soutenez. Vous avez fait campagne avec elle lundi soir à la Maison de la Mutualité à Paris. Qui est votre adversaire dans cette campagne, très sincèrement ? On a l’impression que La France insoumise tape essentiellement sur Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste.

Danièle Obono : "Vous avez une très mauvaise impression parce que, si vous suiviez les campagnes que nous menons, nous proposons un changement et il y a un besoin de changement. Il y a une attente de renouveau au sein de Paris, parmi les Parisiens et les Parisiennes. Et nous, nous avons un programme, le seul programme d’ailleurs chiffré qui a été présenté. C’est le Nouveau Paris populaire, avec l’ensemble des têtes de liste dans les arrondissements. Et c’est le renouveau d’un programme qui va véritablement protéger les Parisiens et les Parisiennes et changer leur vie pour le mieux."

"Il se trouve qu’à Paris il y a une majorité sortante qui est au pouvoir depuis un quart de siècle et qui a échoué sur un certain nombre de sujets."

"Je pense à la question du périscolaire, à la protection de l’enfance. Je pense à la question du logement, des loyers. C’est une question majeure pour les Parisiens et les Parisiennes."

Jean-François Achilli : Vous dites : « nous sommes la vraie gauche », en quelque sorte, pas celle qui sort, qui a dominé pendant vingt-cinq ans.

Danièle Obono : "Malheureusement, ce que constatent depuis plusieurs années les Parisiens et les Parisiennes, c’est qu’il y a eu une gestion sociale-libérale et Macron-compatible au niveau parisien. Et donc oui, nous proposons une alternative à cela : une alternative sociale, une alternative écologique. Et nous portons des projets de transformation dans l’intérêt général pour les Parisiens et les Parisiennes."

Jean-François Achilli : Franchement, quand on entend les meetings, ça cogne dur sur Emmanuel Grégoire. Ce n’est pas vraiment Rachida Dati qui est votre adversaire dans cette histoire.

Danièle Obono : "Je pense que vous avez entendu de manière très partielle nos propositions. Encore une fois, quand nous proposons de mettre en place des brigades du droit au logement pour aller récupérer des logements sur le marché privé, ou pour faire l’entremise avec les bailleurs pour les locataires de logements sociaux, ce sont de vraies propositions que nous avons détaillées dans notre livre-programme et qui parlent aux Parisiens et aux Parisiennes."

Jean-François Achilli : Vous dites aussi qu’Emmanuel Grégoire vous pique vos idées, que les propositions que vous faites, il les reprend à son compte. Vous évoquiez la petite enfance à l’instant. Ilyes Louffok, qui fut candidat LFI en 2024 et qui est très impliqué dans la lutte pour la petite enfance, a rejoint l’équipe d’Emmanuel Grégoire. Il a été obligé de fermer son compte X parce qu’il est bombardé d’attaques et de menaces de la part de comptes proches de LFI. Ce transfuge est très critique envers vous et envers le système LFI. Qu’est-ce que vous répondez ce matin là-dessus ?

Danièle Obono : "Je ne rentre pas dans ce type de débat."

"Ce n’est pas une figure de La France insoumise. C’est un militant pour le droit des enfants et la protection de l’enfance avec qui nous avons beaucoup travaillé. Et la question, c’est : que proposons-nous justement pour mettre fin aux violences ?"

"Excusez-moi, il y a eu des situations extrêmement graves. Encore il y a quelques jours, un animateur a été mis en cause pour des craintes de violences sur des enfants. Et la question, c’est qu’est-ce qu’on met en œuvre aujourd’hui pour que cessent ces violences. Qu’est-ce qu’on met en œuvre, comme le demande une partie des agents qui se sont mobilisés pendant des années dans le silence complet de leur direction."

Jean-François Achilli : Sur ce scandale, vous dites quoi ? Que la majorité sortante d’Anne Hidalgo — et Emmanuel Grégoire dans son équipe — n’a rien fait ? Qu’ils ont couvert ce système ?

Danièle Obono : "Quand on est responsable politique, quand on est élu, quand on est maire ou premier adjoint à la mairie de Paris, on a la responsabilité politique d’assurer la protection de l’enfance. Il y a eu des violences systémiques qui se sont produites. Et donc il faut assumer cette responsabilité. Donc oui, c’est un échec. Et la question, c’est : qu’est-ce qui est proposé aujourd’hui ? Que proposent aujourd’hui Emmanuel Grégoire et sa liste pour faire face à cela ? Rien de conséquent, rien de structurel, à la différence du Nouveau Paris populaire, qui a des propositions très précises pour protéger tous les enfants parisiens et parisiennes."

Municipales à Paris : Si LFI arrive en tête, "vous avez la garantie que l’union contre la droite et l’extrême droite sera faite"

Jean-François Achilli : Qui préférez-vous voir dans le fauteuil de maire au sortir de ces élections : Rachida Dati ou Emmanuel Grégoire ?

Danièle Obono : "Moi, je préférerais que Paris soit une ville insoumise. Je ne vais pas vous dire que je préfère la droite ou les sociolibéraux. Jusqu’au dernier jour, j’appellerai à voter pour les listes du Nouveau Paris populaire."

"Je ne vais pas faire campagne pour madame Dati, je suis opposée à la politique de madame Dati. Je ne fais pas campagne pour monsieur Grégoire parce qu’il ne propose pas une gauche de rupture. Et donc moi, je veux voir une insoumise, en l’occurrence Sofia Chikirou, maire de Paris. Et je veux voir des maires d’arrondissement insoumis et insoumises pour le bien des Parisiens et des Parisiennes."

Jean-François Achilli : Est-ce que la gauche doit s’unir au soir du premier tour pour gagner l’élection, notamment en ce qui vous concerne à Paris ? Oui ou non ?

Danièle Obono : "C’est ce que nous proposons. Nous proposons effectivement de faire un front unique antifasciste contre la droite et l’extrême droite."

Jean-François Achilli : Si vous êtes en tête…

Danièle Obono : "Oui, c’est ce que nous proposons précisément. Si nous sommes en tête, nous proposerons, sur la base d’un programme — parce que c’est comme ça que nous voulons diriger la ville — d’appliquer des mesures programmatiques, ou a minima une fusion technique. Et donc c’est pour cela qu’il faut voter pour les listes du Nouveau Paris populaire et pour les listes soutenues par La France insoumise partout dans le pays. Parce qu’ainsi vous avez la garantie que celles et ceux qui arriveront en tête feront l’union contre la droite et l’extrême droite."

Jean-François Achilli : Donc appel à l’union malgré toutes les dissensions, tous les mots d’oiseaux échangés pendant la campagne ?

Danièle Obono : "Nous, nous n’échangeons pas de noms d’oiseaux. Nous échangeons des arguments politiques. Nous présentons un programme et nous pensons que ce programme, s’il s’applique, se fera dans l’intérêt général des Parisiens et des Parisiennes, et des Français et des Françaises dans toutes les communes de France. Et donc si vous nous mettez en tête, vous avez la garantie que l’union contre la droite et l’extrême droite sera faite."

Jean-François Achilli : Même si vous arrivez deuxième à Paris, appel à l’union entre les listes socialistes d’un côté et La France insoumise de l’autre ?

Danièle Obono : "Si nous ne sommes pas en tête, il faudra demander à ceux qui sont en tête ce qu’ils font."

Jean-François Achilli : Mais vous le souhaitez quand même ?

Danièle Obono : "Nous souhaitons battre la droite et l’extrême droite. Et donc nous sommes cohérents avec la proposition politique que nous faisons depuis le départ, sur la base d’un programme pour changer la vie des Parisiens et des Parisiennes. Et pour faire de ces élections, au niveau national, des moments de renforcement du bloc populaire, qui seul peut faire face et battre l’extrême droite dans les prochaines échéances, 2026 et 2027."

Liste complète des candidats à la mairie du 18e arrondissement de Paris :

Éric Lejoindre — Parti socialiste (PS), liste « La gauche unie pour Paris »

Thierry Guerrier — Changer Paris (soutenu par Rachida Dati)

Danièle Obono — La France insoumise (LFI), liste « Nouveau Paris Populaire »

Samir Belaïd — Horizons, liste soutenue par Pierre‑Yves Bournazel

Joshua Colin — Rassemblement national (RN), liste « Retrouvons Paris »

Océane Bouriat — NPA-R (Nouveau Parti anticapitaliste – Révolutionnaires)

Abdellah Aksas — Lutte ouvrière (LO)

Catherine Teinturier — Révolution écologique pour le vivant (REV), parti fondé par Aymeric Caron

Caroline Brisard — liste « Une ville heureuse » avec Sarah Knafo

Ayodele Ikusean — liste locale « Le 18e, c’est nous »

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