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EXCLU Annie Genevard : "Une cellule de dialogue scientifique avec les agriculteurs va se réunir rapidement"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Crise agricole : Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Annie Genevard
Annie Genevard, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 16 décembre 2025, dans “L’invité politique”.

Dermatose bovine, colère des éleveurs en Occitanie, violences et tensions sur le terrain, rôle de l’État face aux barrages, crise agricole multiforme et avenir de l’accord Mercosur. Au micro de Sud Radio, Annie Genevard a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Il existe un vaccin efficace et nous avons lancé une vaccination massive"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Vous rentrez de votre tournée dans le sud-ouest auprès des agriculteurs. Vous avez entendu leur colère, ils sont inquiets. Est-ce qu’une décision est prise sur l’abattage des troupeaux ?
Annie Genevard : “Je rentre effectivement d’Occitanie, une région où je me suis rendue à de nombreuses reprises. C’est une région aujourd’hui traumatisée par l’arrivée de la dermatose, qui menace de magnifiques troupeaux. J’ai assisté au lancement de la vaccination, qui est une lueur d’espoir dans ce moment de crainte et d’angoisse que vivent les éleveurs et que je comprends.”

Vous annoncez une vague de vaccination ?
“Oui. Il existe un vaccin efficace et nous avons lancé hier une vaccination massive pour 600.000 à 1 million de bovins, avec un dispositif incluant un cordon sanitaire supplémentaire afin de protéger l’ensemble du pays et l’ensemble des éleveurs.”

Les éleveurs disent qu’il n’y aurait pas assez de doses. Que leur répondez-vous ?
“C’est faux. La vaccination a commencé, j’ai commandé un million de doses il y a une semaine et elles permettront de vacciner tout le monde. C’est une opération logistique importante qui nécessite l’engagement des vétérinaires, qui sont essentiels à la gestion sanitaire de notre élevage.”

"Il faut une cellule de dialogue scientifique pour que le monde agricole et le monde scientifique se parlent"

Où en est-on aujourd’hui de la situation sanitaire liée à la dermatose bovine ?
“Je voudrais dire qu’à ce jour aujourd’hui il n’y a plus de foyer actif de dermatose en France. Donc sur le plan de la gestion du virus, les choses sont parfaitement gérées. La situation est sous contrôle. Il y aura d’autres cas évidemment parce que c’est une maladie extrêmement contagieuse et ce qui blesse profondément les éleveurs, ce qui les tourmente, c’est la peur de perdre leurs bêtes et l’abattage auquel conduit l’arrivée de la maladie dans les cheptels. C’est quelque chose qui les angoisse terriblement.”

Vous avez dit être ouverte au dialogue, mais les éleveurs ont le sentiment que leurs demandes ne sont pas entendues.
“Être ouvert au dialogue, ça ne veut pas dire exiger la réponse que l’on attend. Ça veut dire être capable d’en parler et nous en avons parlé pendant près de deux heures hier soir. Le canal de discussion est constant avec eux et il doit le demeurer. Cette question concentre la difficulté dans laquelle nous sommes et conduit à pas mal de violences que je regrette.”

Les éleveurs proposent des protocoles alternatifs à l’abattage. Êtes-vous prête à les examiner ?
“Ils ont fait des propositions de protocoles alternatifs. J’ai dit que j’étais prête à les examiner, mais je vois bien que ça ne les satisfait pas complètement. Il est très difficile de faire accepter ce qui pour eux est inacceptable.”

Quelle solution avez-vous proposé à l’issue de la réunion en Occitanie ?
“J’ai fait une proposition. Je veux que les représentants de ce territoire, les représentants des éleveurs, puissent venir discuter avec des autorités sanitaires et scientifiques indépendantes. Il faut à un moment que ces deux mondes se parlent parce que le politique, lui, il a une responsabilité, c’est celui de permettre les conditions du dialogue et aussi de la résolution du problème, mais dans le respect mutuel. Ces éleveurs vivent un moment extraordinairement douloureux, je le partage, je le comprends.”

Concrètement, comment fonctionnerait cette cellule ?
“C’est une cellule de crise qui va mettre côte à côte autour d’une même table des experts en santé animale et des représentants du monde agricole, généralement des présidents de chambre. Il faut un petit groupe, pas un énorme groupe, pour qu’ils se parlent, qu’ils se comprennent, et que ces experts examinent le protocole proposé, en sachant que ce qui doit nous guider absolument, c’est la sécurité sanitaire des troupeaux.”

Cette cellule se réunirait à Paris ?
“Oui, je pense que ça peut se passer ici.”

"Ce n’est pas Paris qui décide et le terrain qui obéit"

Un syndicaliste agricole a déclaré qu’en attendant, on continuerait à “buter les vaches”. Que lui répondez-vous ?
“Ce qui est nouveau dans la démarche, c’est qu’il n’y a pas Paris, les scientifiques qui décident et le terrain, l’Occitanie, qui obéit. Je veux qu’ils se mettent autour de la table sans les politiques. Il faut que ce soient des organismes indépendants qui puissent parler à des représentants du monde agricole, des éleveurs, et qu’ils recherchent ensemble la meilleure façon de se protéger de cette maladie redoutable qui peut décimer les troupeaux à une vitesse fulgurante. Il faut que ça se fasse très vite, très vite.”

Pourquoi cette urgence est-elle si forte selon vous ?
“Il y a une très forte attente sur le terrain. Il y a un niveau de tension extrême qui est propre à un territoire qui est en souffrance, pas seulement avec la dermatose, mais aussi parce que c’est un territoire qui connaît des difficultés structurelles.”

Les mots sont très durs, notamment après les incidents en Ariège. Vous les regrettez ?
“Bien sûr que je regrette ce qui s’est passé. Ce sont des images qu’on déteste voir, des agriculteurs en face de forces de sécurité. Je veux tout faire pour éviter que les choses ne se reproduisent. Malheureusement, ils ont été aussi un peu infiltrés par des casseurs, des gens qui voulaient en découdre et qui ont fait monter un niveau de tension à un point extrême.”

"En Ariège, les agriculteurs ont été infiltrés par des casseurs"

Le président de la chambre d’agriculture du Gers a tenu des propos très menaçants. Comment réagissez-vous ?
“Ce n’est pas par la menace et la violence qu’on y arrivera. Il faut en permanence tout faire pour maintenir le dialogue. Quand je suis allée hier en Occitanie, je savais que ce ne serait pas facile. L’angoisse, comme toujours, s’exprime par la violence des mots.”

Vous alertez aussi sur des menaces visant des vétérinaires.
“Quand je vois qu’il y a des vétérinaires qui sont menacés, je dis que c’est grave, parce que les vétérinaires, on en a un impérieux besoin. Ça donne la mesure du niveau de violence qui existe sur ce territoire et il faut absolument que la pression redescende.”

Les barrages pourraient se poursuivre. Y aura-t-il un recours à la force publique ?
“Il faut que l’ordre public soit respecté. Quand il ne l’est pas, ceux qui en ont la mission doivent garantir à tous les citoyens la sécurité et la liberté de circulation, surtout au moment de Noël. Je demande aussi à ceux qui bloquent de penser à tous ceux dont c’est le gagne-pain.”

Le gouvernement s’inquiète-t-il d’un embrasement plus large de la crise agricole ?
“Le gouvernement ne peut pas sous-estimer la crise agricole. Elle résulte de plusieurs choses. L’arrivée de cette maladie est peut-être l’épreuve de trop, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il y a les contraintes normatives, le manque d’eau, la maladie dans les cheptels, la taxe carbone sur les grandes cultures, et puis il y a le Mercosur. Tout cela nourrit un sentiment de déclassement, de difficulté et d’abandon.”

Craignez-vous une instrumentalisation de cette colère ?
“Je ne dis pas que les casseurs étaient des agriculteurs. Il y avait des gens cagoulés qui sont arrivés avec des armes et qui ont infiltré. Ce n’est pas nouveau. La question de possibles influences étrangères dans le traitement sur les réseaux sociaux se pose aujourd’hui et elle est regardée.”

"J'espère un report de l'examen de l'accord sur le Mercosur"

Emmanuel Macron peut-il obtenir un report de l’examen de l’accord Mercosur ?
“Je l’espère. Cet accord suscite beaucoup d’interrogations, voire des rejets, pas seulement en France. C’est un accord d’un autre âge qui n’est pas suffisamment protecteur, qui expose des filières sensibles.”

Sans garanties, la France refusera-t-elle de signer ?
“Si nous n’avons pas les garanties que nous attendons et qu’elles sont acceptées par les pays du Mercosur, nous ne pouvons pas accepter de signer. Cela se joue à Bruxelles, puis au Parlement européen.”

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