Budget 2025, surtaxe sur les grandes entreprises, finances publiques, retraites, défense et éthique, Russie, réseaux sociaux, alimentation ultra-transformée, présidentielle de 2027, primaire de la droite et du centre. Au micro de Sud Radio, Agnès Pannier-Runacher a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Ce serait une bonne chose d’avoir des femmes candidates"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Vous vous projetez déjà vers 2027. Quelle place voulez-vous jouer dans cette élection présidentielle ?
Agnès Pannier-Runacher : “Je veux pouvoir peser, c’est-à-dire m’assurer que nous ayons un candidat qui porte une vision claire pour la France. Pour moi, la présidentielle n’est pas un sujet de personnes, c’est avant tout un sujet de programme. Ce qui m’importe, c’est que les idées que je défends soient présentes et structurantes dans le débat.”
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Vous entretenez volontairement le flou sur une éventuelle candidature personnelle ?
“Parce que ce n’est pas la bonne manière de poser le débat aujourd’hui. L’enjeu, ce n’est pas de savoir qui sera candidat, mais quel projet nous voulons proposer aux Français. Il faut un programme capable de rassembler largement, de la gauche responsable jusqu’à une droite humaniste, autour de priorités claires.”
Ce rassemblement, il repose sur quoi concrètement ?
“Sur un projet pro-européen, sans naïveté, plus offensif sur la réindustrialisation et sur les politiques environnementales. Ces politiques sont des politiques de protection des Français, de leur emploi, de leur santé et de leur avenir.”
La question d’une femme candidate à l’Élysée est régulièrement posée. Comment l’abordez-vous ?
“Ce serait évidemment une bonne chose d’avoir des femmes candidates crédibles. Mais on ne met pas une femme pour une femme. Ce qui compte, c’est la solidité du projet, la capacité à rassembler et à gouverner.”
"Une primaire de la droite et du centre sans Retailleau"
Faut-il, selon vous, une primaire pour désigner un candidat unique à droite et au centre ?
“Oui, il faut un mécanisme de sélection. On ne peut pas se permettre d’arriver divisés en 2027. Il faut un seul candidat capable de rassembler largement et de porter un projet cohérent.”
Tout le monde peut-il entrer dans ce périmètre ?
“Non. Il y a un espace politique précis, qui va de la gauche responsable à la droite pro-européenne.”
Bruno Retailleau en est exclu ?
“Manifestement oui. Nous n’avons pas le même logiciel politique. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas un jugement personnel, c’est un constat politique.”
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Vous situez cet espace entre quels responsables politiques ?
“Probablement de Xavier Bertrand jusqu’à Bernard Cazeneuve. Il y a là des femmes et des hommes responsables, qui partagent une volonté de gouverner sérieusement et de ne pas instrumentaliser certains sujets. L’immigration ou la sécurité ne doivent pas être utilisées comme des slogans. Il faut des réponses sérieuses, efficaces, adaptées à la réalité, pas des postures.”
"C’est une confirmation, Jean-Luc Mélenchon est proche des Russes !"
Jean-Luc Mélenchon propose de rouvrir les gazoducs russes pour éviter une dépendance au gaz américain. Vous êtes totalement en désaccord ?
“Oui. On savait déjà qu’il était très proche des Russes, c’est une confirmation. On ne va pas créer une dépendance supplémentaire à un ennemi qui est la Russie, aux portes de l’Europe, et qui mène une guerre.”
Vous refusez aussi une dépendance énergétique vis-à-vis des États-Unis ?
“Je ne suis pas plus enthousiaste à l’idée d’être dépendante de Donald Trump. La priorité, c’est notre souveraineté énergétique et notre capacité à produire nous-mêmes.”
Quelle est votre ligne sur ce sujet ?
“Nous sommes parmi les meilleurs au monde en matière énergétique. Nous sommes forts en nucléaire, en renouvelables, et nous produisons plus d’électricité que nous n’en consommons. Il faut baisser les taxes sur l’électricité et permettre aux Français et aux entreprises de consommer davantage d’électricité plutôt que du gaz ou du pétrole.”
"Ce n’est pas un bon budget, car il ne prépare pas l’avenir"
Le budget sera entériné ce soir. Vous le soutenez malgré vos critiques ?
“Je le dis clairement : ce n’est pas un bon budget parce qu’il ne prépare pas l’avenir. Mais c’est un budget dont nous avons besoin aujourd’hui pour sortir de l’impasse et de l’incertitude.”
Pourquoi était-il urgent de trancher ?
“Parce que sur le terrain, les entreprises ont levé le crayon. Elles ont arrêté d’investir et de recruter, faute de visibilité. Dans le Pas-de-Calais, je le vois très concrètement.”
La surtaxe de 7,3 milliards d’euros sur les grandes entreprises va dans le bon sens ?
“Non. Elle contribue à effacer une partie des baisses d’impôts réalisées entre 2017 et 2023 et nous ramène à un niveau de prélèvements obligatoires comparable à celui de 2019.”
Vous dénoncez un manque de courage politique.
“Oui. Certains expliquent vouloir empêcher les hausses d’impôts alors qu’ils ont voté des augmentations massives, notamment le Rassemblement national avec 36 milliards d’euros. De notre côté, nous nous sommes battus pour baisser les dépenses publiques plutôt que d’augmenter les impôts.”
Vous reconnaissez néanmoins un compromis politique.
“Oui. Les Républicains et le Parti socialiste ont permis de trouver un chemin de sortie du blocage institutionnel.”
“Non aux mesures au rabais pour les jeunes !”
Le Medef propose un CDI spécifique pour les jeunes. Vous y êtes opposée ?
“Oui. Si cela revient à payer moins les jeunes pour faire le même travail, c’est inacceptable.”
Vous êtes en revanche favorable à d’autres dispositifs ?
“Oui, s’il y a du donnant-donnant entre formation et rémunération. L’alternance et les contrats de professionnalisation existent déjà, et ils peuvent encore être améliorés.”
Pourquoi parlez-vous de “mesures au rabais” ?
“Parce que les jeunes ne doivent pas être une variable d’ajustement. À travail égal, salaire égal, c’est un principe fondamental.”
Quelle est aujourd’hui la priorité selon vous ?
“Faciliter l’accès aux stages et renforcer l’alternance. Quand des étudiants en BTS mécanique ne trouvent pas de stage, c’est là-dessus qu’il faut agir en priorité.”
Sur les réseaux sociaux, vous soutenez l’interdiction pour les moins de 15 ans ?
“Oui, je suis favorable à la loi votée la semaine dernière. Mais ça ne suffit pas : il faut former les jeunes à l’intelligence artificielle et à la manière dont fonctionnent les algorithmes.”
Pourquoi cette formation est-elle indispensable ?
“Parce qu’un algorithme peut vous enfermer dans une bulle, orienter ce que vous voyez et influencer vos choix. Il faut permettre aux jeunes, et aussi aux moins jeunes, de garder leur libre arbitre.”
Vous alertez sur l’alimentation ultra-transformée. Qu’est-ce que vous appelez “ultra-transformé” ?
“C’est une alimentation boostée avec des additifs, potentiellement dangereux, avec des procédés industriels qu’on ne peut pas reproduire dans une cuisine. Son impact sur la santé est massif : diabète chez des jeunes, progression de l’obésité.”
Vous demandez une stratégie gouvernementale. Avec quelles mesures ?
“Il faut commencer par les cantines, limiter drastiquement l’ultra-transformé, donner une information claire au consommateur et former les enfants à l’école à l’alimentation. On a en France une culture de la cuisine, c’est un atout.”
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