La primaire, c'est sans lui. Mais le dernier score du PS à une élection nationale, c'était avec lui. Conscient de ce dilemme chez les socialistes, Raphaël Glucksmann veut les convaincre d'abandonner la primaire des unitaires pour une "plateforme" résolument sociale-démocrate.
Ce week-end, le projet de primaire des "unitaires", réunis autour d'Olivier Faure (PS), de Marine Tondelier (Ecologistes) et des anciens Insoumis Clémentine Autain (Après) et François Ruffin (Debout) sous le nom "Front populaire 2027", a pris forme avec un scrutin annoncé pour le 11 octobre.
Et les organisateurs continuent de tendre la main aux deux candidats de gauche en tête dans les sondages, qui refusent catégoriquement de participer à ce processus de désignation: Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann.
En vain.
Lundi sur BFMTV, le fondateur de Place publique, crédité d'environ 13% des intentions de vote, a redit son refus de participer à un processus qui, selon lui, "est une volonté de ne pas choisir entre les deux pôles qui existent à gauche": la social-démocratie et la gauche radicale.
En retour, il a appelé ses "partenaires socialistes", avec qui il a fait campagne aux européennes de 2024 pour obtenir 13,8%, à construire une "plateforme commune".
Pas suffisant pour convaincre la direction du parti à la rose.
Lors d'une conférence de presse lundi matin, le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, a appelé à construire "un fil de cohérence pour les Français" et estimé qu'en 2027, le PS devait se présenter devant les électeurs avec les mêmes partenaires de gauche - notamment les Ecologistes - que pour les municipales de mars.
"A la fin, on a une obligation, c'est d'y aller tous ensemble, sinon nous serons spectateurs de cette élection présidentielle", a martelé le bras droit d'Olivier Faure alors que les soutiens de la primaire espèrent qu'elle créera une dynamique permettant à son vainqueur de bénéficier du "vote utile" à gauche.
"Pour Glucksmann, l'intuition de se passer de la primaire, je peux la comprendre mais il faut qu'il instaure un truc avec les Français", note de son côté un proche du patron des députés PS, Boris Vallaud, dont l'aile est charnière pour faire ou défaire une majorité au PS.
Car le Parti socialiste - et Raphaël Glucksmann en est bien conscient - est divisé sur la question de la participation à la primaire.
- "Faure a rien le droit de dire" -
Ce week-end, Olivier Faure a rappelé que conformément à ses règles internes, le PS, seul à gauche à avoir dirigé le pays, ne s'engagerait formellement dans le processus de primaire qu'après un vote des militants.
"Faure a rien le droit de dire. Il est en plein congrès de l'Unef là", ironise un ténor Insoumis alors que LFI défend le même raisonnement que Glucksmann sur une opposition claire au premier tour de la présidentielle entre gauche radicale et social-démocratie.
Les opposants internes au premier secrétaire, dont le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et la présidente de la région Occitanie Carole Delga, ne sont pas favorables à cette primaire, craignant que le vote des militants unitaires de gauche ne profite pas à un socialiste.
Carole Delga, qui a récemment jugé dans Le Point que Raphaël Glucksmann était "prêt pour 2027", a ainsi réagi samedi en appelant à mettre fin aux "petites tractations d'appareils".
"Le projet est le préalable à toute union crédible, solide et sérieuse. Après viendra le temps de savoir qui le portera dans un large rassemblement", a-t-elle rappelé.
"La primaire n'est pas faite pour que Faure la gagne mais il ne l'a pas compris encore", tacle, plus direct, un élu socialiste.
L'ancien président François Hollande, à qui ses adversaires prêtent des ambitions élyséennes pour 2027, penche également pour une fédération de la gauche réformiste allant du PS à Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et Yannick Jadot.
"Ça ressemble beaucoup à ce que François Hollande appelle de ses voeux", saluait lundi, après la déclaration de Raphaël Glucksmann, un proche du député de Corrèze auprès de l'AFP.
Par Léo MOUREN / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP