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Pascal Confavreux : en Iran, "C’est par la diplomatie, bien plus que par les frappes, que l’on réglera durablement les choses"

Par Adélaïde Motte

ENTRETIEN SUD RADIO - Iran, ambitions de Trump sur le Groenland, implication de Capgemini dans l'ICE, Algérie, Ukraine : Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Pascal Confavreux, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 30 janvier 2026, dans “L’invité politique”.

En Iran, "C’est par la diplomatie, bien plus que par les frappes, que l’on réglera durablement les choses": au micro de Sud Radio, Pascal Confavreux a répondu aux questions de Maxime Lledo.

Iran : "Nous pensons que ce n’est pas de l’extérieur que l’on peut provoquer des changements de régime"

Maxime Lledo : Vous êtes porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La tension est permanente, sans doute plus vive que jamais du côté de l’Iran. D’un côté, le président américain assure au régime que le temps lui est compté. De l’autre, l’Iran se dit prêt à une riposte écrasante, le doigt sur la gâchette. Est-ce que la France se prépare à un affrontement entre les États-Unis et l’Iran dans les prochaines heures ?

"Le travail de la diplomatie, c’est précisément d’éviter d’aller vers ces affrontements. Nous pensons que ce n’est pas de l’extérieur que l’on peut provoquer des changements de régime. Ce sont aux Iraniens et aux Iraniennes de décider de l’avenir qu’ils souhaitent. Sur les sujets majeurs que nous prenons très au sérieux – la menace du nucléaire iranien, les groupes proxy, les missiles balistiques – nous pensons que c’est par la diplomatie, bien plus que par les frappes, que l’on réglera durablement les choses."

"Nous avions été parmi les premiers, lors de la guerre des douze jours au printemps dernier, à condamner ces frappes internationales. Elles ont probablement retardé le programme nucléaire iranien, mais elles ne l’ont pas arrêté. Il y a une expérience acquise, et nous sommes aujourd’hui dans un flou complet sur la localisation de l’uranium hautement enrichi. L’Agence internationale de l’énergie atomique est censée vérifier cela, mais il est apparu depuis plusieurs années que l’Iran ne respectait plus l’accord de 2015, le JCPOA, qui visait à contrôler ce programme et à empêcher l’accès à l’arme nucléaire. En conséquence, l’été dernier, le ministre Jean-Noël Barrot a activé le mécanisme de “snapback”, qui rétablit l’ensemble des sanctions internationales adoptées entre 2006 et 2010 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ce sont des sanctions extrêmement lourdes."

Justement, vous parliez de sanctions. Hier, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont convenu d’ajouter le corps des Gardiens de la Révolution islamique à la liste des organisations terroristes. Quelles sont les attentes d’une telle décision ?

"Elles sont majeures. Le ministre était au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne, à Bruxelles. Nous avons adopté 21 sanctions contre des individus et des entités liés à la répression extrêmement violente qui s’est produite récemment en Iran. Ce n’était pas la première répression. Depuis les grandes révolutions, on a assisté à des dizaines de manifestations comme ça, réprimées dans le sang."

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour cette inscription sur la liste des organisations terroristes ? Parce que la France faisait partie des derniers pays réticents.

"Nous n’avons pas attendu. Depuis 2022, ce sont près de 600 entités qui ont été sanctionnées. Le grand précédent, c’était le mouvement “Femme, Vie, Liberté”, avec déjà des sanctions très importantes. Il fallait une discussion formelle au Conseil des affaires étrangères. Ce conseil s’est tenu jeudi, la discussion a eu lieu, nous avons rendu publique notre position la veille, et la haute représentante de l’Union européenne a ensuite confirmé l’accord des États membres."

Vous êtes le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Autre sujet également concernant l’Iran : beaucoup qualifient parfois la France de prudente, notamment parce que nous avons encore deux compatriotes retenus là-bas, Cécile Kohler et Jacques Paris. Ils sont désormais à l’ambassade. Est-ce qu’on a des chances de les revoir sur le sol français avant la fin de l’année ?

"Notre mobilisation est totale pour pouvoir les ramener de manière définitive et immédiate en France. Il y a eu une très bonne nouvelle, c’est qu’ils ont pu sortir des conditions terribles dans lesquelles ils étaient, puisqu’ils sont restés très longtemps en prison. C’est ce que nous avons obtenu. C’est ce que Jean-Noël Barrot a obtenu, avec évidemment le soutien de l’ensemble du ministère, du centre de crise qui gère ces situations, et bien sûr de notre ambassade à Téhéran. Désormais, notre but est effectivement de faire en sorte qu’ils puissent revenir en France, et c’est la nature des échanges que nous avons avec les autorités iraniennes."

Groenland : "On a montré qu’il y avait une réaction européenne forte lorsqu’il s’agissait d’une attaque contre la souveraineté d’un État de l’Union européenne"

Le président américain qui, depuis une semaine ou quelques semaines, vous a sans doute fait passer quelques nuits blanches avec son obsession pour le Groenland et la volonté de s’en accaparer. Il est plus calme depuis Davos. Il a semblé prendre un peu de distance vis-à-vis de ce projet. Est-ce que, pour vous, ça reste un motif d’inquiétude ou est-ce que vous vous dites que le sujet est derrière nous ?

"L’enseignement qu’on tire de cela, c’est deux choses. D’abord, on a montré qu’il y avait une réaction européenne forte lorsqu’il s’agissait d’une attaque contre la souveraineté d’un État de l’Union européenne, membre de l’OTAN. L’Union européenne a montré qu’elle avait des instruments à disposition, une capacité de réaction et une capacité d’unité. En rappelant des principes très simples : la souveraineté des peuples et la solidarité au sein de l’Union européenne."

Est-ce que ça reste un motif d’inquiétude que le président américain puisse à nouveau avoir des tentations sur le Groenland ?

"On prend tout cela très au sérieux. Il n’y a pas de répit. Il y a une volonté d’être droits dans nos bottes et d’être très fermes sur ces principes. C’était le premier élément. Le deuxième élément, c’est que nous avons aussi pris très au sérieux la question de la sécurité de l’Arctique. Vous avez vu qu’à la demande des autorités danoises, nous avons participé à des exercices militaires dans la région et nous avons proposé que ces exercices soient portés au niveau OTAN. Pourquoi ? Parce que le Groenland, en fait, c’est plus largement la sécurité de l’Arctique. Et la sécurité de l’Arctique, on voit qu’il y a des rivalités de puissance. Il faut être capables de défendre, aux confins de l’Europe, les intérêts des Français et des Européens."

Malgré tout ce que vous venez de dénoncer de la part des États-Unis, est-ce qu’on peut toujours considérer ce pays comme un allié ?

"Nous avons énormément de discussions avec les États-Unis. Des discussions très intenses, par exemple sur l’Ukraine, dans le cadre de la coalition des volontaires et des garanties de sécurité.
Nous avançons aussi avec eux en Syrie, où sont en cours des discussions sur l’intégration des Kurdes dans la nouvelle Syrie et sur le respect de leurs droits politiques, culturels et historiques. Il y a donc des éléments très importants et très considérables de discussion avec eux. Et puis, quand il y a des éléments sur lesquels on estime qu’ils vont trop loin, c’est dit. Nous sommes des alliés, mais nous ne sommes pas alignés.
"

Encore deux préoccupations en lien avec les États-Unis. Beaucoup d’experts expliquent que si les États-Unis se sont désengagés militairement, ils se réengagent politiquement sur le territoire européen, avec une inquiétude sur les processus électoraux, notamment en France. Est-ce que c’est une véritable crainte ?

De manière générale, on ne souhaite pas qu’il y ait d’ingérence informationnelle étrangère, quelle qu’elle soit. La démocratie est quelque chose d’extrêmement attractif pour des régimes qui ne nous veulent pas forcément du bien, mais c’est aussi quelque chose de très ouvert, ce qui peut laisser prise à des ingérences numériques étrangères visant à nous influencer. C’est pour cela que nous avons lancé ce dispositif qui s’appelle French Response, qui permet une réaction rapide, un outil supplémentaire dans notre diplomatie, pour répondre à ceux qui nous attaquent à l’étranger, pour faire connaître nos positions et parfois pour démonter des ficelles grossières ou des mensonges. C’est le haut de l’iceberg d’une stratégie plus large de lutte contre la guerre informationnelle.

Si le président américain Donald Trump est peut-être un peu moins actif sur la scène internationale, c’est aussi parce qu’il est préoccupé par ce qui se passe sur son propre territoire, notamment avec la police de l’immigration, l’ICE. On a découvert il y a quelques jours qu’une entreprise française, Capgemini, avait des contrats avec cette police anti-immigration. Et ce matin, Libération explique que deux autres entreprises françaises, Parrot et Thales, seraient également concernées, l’une pour des drones, l’autre pour une base de données biométriques. Est-ce que les entreprises françaises doivent désormais être extrêmement vigilantes dans le choix de leurs contrats ?

"De manière générale, les entreprises françaises sont vigilantes. Ce degré de vigilance augmente, à la fois pour leur risque d’image, mais aussi parce qu’elles peuvent être confrontées à de l’espionnage industriel, à une forme de guerre économique. C’est extrêmement important pour elles de gérer leur propre conformité, leurs règles internes, leurs lignes directrices. Pour nous, au Quai d’Orsay, un rôle fondamental, c’est la protection de nos ressortissants à l’étranger, qu’ils soient résidents ou de passage. Nous faisons de la protection consulaire, nous veillons à ce qu’ils puissent voir leurs avocats, à ce que leurs droits soient respectés. Mais la gestion des contrats et des règles internes relève d’abord de la responsabilité des entreprises."

"Ceux qui ne sont pas sérieux sur la paix aujourd’hui, ce sont les Russes"

Autre sujet international : les tensions entre la France et l’Algérie. Hier, Boualem Sansal a été élu à l’Académie française. Dans le même temps, le journaliste Christophe Gleizes est toujours retenu en Algérie. La France poursuit-elle ses efforts ?

"Notre mobilisation est totale pour qu’il puisse rentrer de la manière la plus rapide possible.
Cette détention est injuste, nous l’avons déjà dit. Nous demandons une visite consulaire. Nous l’avons demandée à cinq reprises et nous n’avons toujours pas eu de réponse.
"

Ce n’est pas curieux d’entendre Ségolène Royal dire que le président algérien Abdelmadjid Tebboune est un homme de dialogue ?

"Je ne m’exprime pas sur des initiatives individuelles. Nous avons un ministre, nous avons une ambassade, ce sont les canaux officiels par lesquels nous passons. Il y a un dialogue qui est extrêmement exigeant, difficile, mais qui reprend petit à petit. Nous souhaitons que les sujets de coopération migratoire, économique et sécuritaire, qui sont majeurs pour notre sécurité, puissent redevenir pleinement opérationnels."

Un autre dossier international nous préoccupe : la Russie et l’Ukraine. Jean-Luc Mélenchon a affirmé qu’il fallait ramener la Russie dans le concert européen, notamment en remettant en route les gazoducs Nord Stream. Est-ce qu’il est lucide ?

"Depuis le début, vous avez une nation qui est agressée par un État voisin, en violation complète du droit international. Depuis presque quatre ans, nous sommes en soutien absolu de l’Ukraine, économiquement et militairement. Ce soutien se maintient, il n’y a pas de fatigue. Nous préparons la paix, avec ces fameuses garanties de sécurité, y compris avec nos partenaires américains. Nous mettons la pression sur la Russie pour qu’elle vienne à la table des négociations. Mais que voit-on ? La Russie continue de frapper Kyiv et ses infrastructures énergétiques, en plein hiver. Elle a encore frappé, il y a quarante-huit heures, un train de passagers. Le président Zelensky dit depuis le début qu’il est prêt à un cessez-le-feu immédiat. Ceux qui ne sont pas sérieux sur la paix aujourd’hui, ce sont les Russes."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio.

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