Le 16 février 2026, le journal Sud-Ouest mettait en lumière cette dérive inquiétante, qui touche désormais des athlètes de disciplines très variées. Face à ce constat, la plateforme de paris sportifs Betclic a décidé de lancer une campagne de sensibilisation inédite, intitulée "Aucune défaite, aucun pari perdu ne justifie l’insulte".
Julien Brun : "Les gens pensent qu'ils sont légitimes à aller se plaindre à l'athlète"
Pour Julien Brun, directeur général de Betclic Group, le diagnostic est clair : "Le chiffre est assez effarant. Les insultes dans le sport, ça a toujours existé, la fameuse expression des 65 millions de sélectionneurs. Par contre, ce qui a beaucoup changé, ce sont les réseaux sociaux. En tant qu'anonyme, vous avez un accès direct aux sportifs, ce qui n'existait pas avant. Et même si vous êtes seul, vous pouvez dire des choses, et vous avez immédiatement un public qui relaie. Vous le voyez aussi dans les médias, on le voit avec la politique, c'est pas très nouveau. Mais ce qui est vrai, c'est que ça a pris de l'ampleur. Benoît Paire a été un des premiers qu'on a vu en public. Mais depuis 2024, il y a beaucoup d'exemples individuels qui se sont succédé, et il fallait agir", explique-t-il au micro de Sud Radio.
Le mécanisme est souvent le même. Après un pari perdu, certains joueurs estiment avoir été "trahis" par l’athlète sur lequel ils avaient misé. Une perception biaisée, que résume Julien Brun sans détour : "Les gens prennent des paris, ils jouent, et puis ils sont frustrés par le résultat, la performance de l'athlète, et ils pensent qu'ils sont légitimes à aller se plaindre à l'athlète".
"C'est de la frustration qui se transforme en haine"
Pourtant, ces comportements restent le fait d’une minorité. Le PDG de Betclic rappelle que le volume global de parieurs est important, mais que l’immense majorité adopte une attitude responsable. "Vous avez 7 millions de parieurs à peu près. Vous en avez 5 millions chez Betclic, donc c'est massif. Mais l'écrasante majorité des parieurs ne se comportent évidemment pas comme ça. Mais je pense que ce qui était très important, et surtout pour nous qui sommes des partenaires du sport depuis longtemps, c'est de ne pas laisser s'installer le phénomène. Je pense qu'on a vu par le passé d'autres phénomènes : il y a eu le racisme, il y a eu sur l'homosexualité etc. Ça a mis beaucoup de temps. On a donc eu la volonté d'agir très vite. Il faut éradiquer cela immédiatement. C'est de la frustration qui se transforme en haine. La réalité, c'est que ça n'influera pas, quand le match a été perdu ou gagné dans le mauvais sens, il ne pourra rien se passer. On essaie de faire passer le message comme quoi ça ne sert à rien", a poursuivi Julien Brun à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Le tennis a longtemps été le sport le plus exposé, des joueurs comme Benoît Paire ou Gaël Monfils ayant publiquement dénoncé les insultes reçues. Mais la tendance s’étend désormais à d’autres disciplines. "Ça a beaucoup démarré avec le tennis. On a l'exemple de Benoît Paire. Gaël Monfils aussi en a parlé lui-même sur ses réseaux. Ce qui est très différent, et c'est ça aussi qui nous a motivés à agir assez vite, c'est de voir que ça se répand dans d'autres sports, moins médiatisés : le judo, le biathlon, ça commence aussi dans le foot…", commente Julien Brun au micro de Sud Radio.
Tous les sportifs ne sont pas égaux face au cyberharcèlement
Cette violence verbale paraît d’autant plus disproportionnée que les sommes engagées sont généralement modestes : "La mise moyenne, c'est 10 euros, donc l'écrasante majorité des gens jouent vraiment pour s'amuser. Le gain moyen, c'est entre une centaine d'euros et un peu moins de 1.000 euros. Pour 10 euros de mise, vous pouvez gagner à peu près 100 euros", fait savoir Julien Brun.
Néanmoins, tous les sportifs ne sont pas égaux face à ce harcèlement. Les stars internationales, comme Kylian Mbappé, disposent d’équipes et de dispositifs de protection. D’autres, beaucoup plus vulnérables, sont en première ligne. "C'est la raison pour laquelle on s'est mobilisés. Tous les sportifs ne sont pas égaux devant le problème. Vous avez Mbappé, les très grands joueurs, ils ont une infrastructure autour d'eux qui, quelque part, les isole, les protège. […] Par contre, il y a toute une frange de jeunes sportifs qui démarrent, alors de sportifs plus établis, mais dans des sports moins soutenus, qui sont en ligne directe avec ça. Et, psychologiquement, c'est quand même une haine très profonde et très fragilisante", explique Julien Brun toujours au micro de Sud Radio.
Avec sa campagne, Betclic souhaite avant tout fournir des outils concrets aux athlètes concernés : "On donnera pas vraiment de moyens juridiques, mais ce qu'on veut, c'est leur donner toutes les clés, comment se pourvoir juridiquement de leur point de vue, comment gérer une page de réseau social quand on est confronté à ce problème", conclut le PDG de Betclic.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.