Un chiffre inédit, issu des évaluations de début d’année scolaire, qui met en lumière une dégradation préoccupante de l’endurance et des capacités cardio-pulmonaires des enfants.
Baisse de l'endurance chez les enfants : Laurent Bonnin dénonce une "culture du moindre effort"
Pour Laurent Bonnin, professeur agrégé d'EPS et secrétaire national en charge de l'éducation physique et sportive au Snalc (Syndicat national des lycées et collège), le constat n’a pourtant rien de surprenant. "Cela fait des années qu’on le dit, cela fait dix ans qu’on tire la sonnette d’alarme sur l’état de santé physique des jeunes", rappelle-t-il au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu. Il évoque "une conjonction d’éléments délétères" qui conduit à la situation actuelle.
La baisse de l’endurance observée chez les collégiens s’inscrit en effet dans un contexte plus large de sédentarité accrue dès l’enfance. Les écrans occupent une place centrale dans ce phénomène. Selon plusieurs études récentes, le temps passé devant les smartphones, tablettes ou consoles continue d’augmenter, y compris pendant les vacances scolaires. "Vous avez les écrans, la sédentarité", résume Laurent Bonnin à l'antenne de Sud Radio, qui pointe aussi "l’électrification des moyens de mobilité", des trottinettes aux vélos électriques, participant à une "culture du moindre effort". À cela s’ajoutent des évolutions éducatives profondes : "un changement du schéma éducatif, l’anti-frustration", qui limiterait l’apprentissage de l’effort physique.
Le déficit d'endurance n'est pas rattrapé dans le cours de la vie
Les conséquences à long terme inquiètent les spécialistes. "C’est une période critique, ce ne sera pas rattrapé dans le cours de la vie", prévient Laurent Bonnin au micro de Sud Radio. Le déficit d’endurance observé à 11 ou 12 ans pourrait ainsi se traduire, des décennies plus tard, par une augmentation précoce des maladies chroniques. "Autant vous dire que ce sont des maladies chroniques qui vont débouler beaucoup plus tôt dans la vie des individus", insiste-t-il.
Dans le même temps, l’environnement alimentaire évolue défavorablement. Le nombre de fast-foods dépasse désormais celui des restaurants traditionnels en France, avec une implantation parfois très proche des établissements scolaires, au point que certains élus plaident pour des taxes dissuasives. Un facteur supplémentaire dans la dégradation globale de la santé des enfants.
Face à ce tableau, l’école apparaît comme un levier central, mais encore sous-exploité. "L’éducation physique et sportive a toujours été le parent pauvre de l’Éducation nationale", regrette Laurent Bonnin, notant qu’on commence à peine à s’intéresser aux capacités motrices des élèves. Parmi les pistes qu'il avance : "augmenter le coefficient sport au bac" et revoir des programmes jugés trop théoriques. "Il serait temps que les enfants se mettent vraiment à bouger en EPS", conclut-il à l'antenne de Sud Radio, appelant à faire du mouvement une priorité éducative.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.