La proposition de loi dite Duplomb, qui vise à lever certaines contraintes pour les agriculteurs et notamment à réintroduire des pesticides interdits (dont l'acétamipride), a été déposée malgré une pétition citoyenne record de plus de 2,1 millions de signatures contre son adoption. Cette pétition, déposée à l’Assemblée nationale, a ouvert la voie à un débat inédit mais non contraignant sur le texte, qui n’a pas modifié la loi mais a mis en lumière l’opposition profonde entre les deux camps. Au micro de Sud Radio, Laurent Duplomb a répondu aux questions de Patrick Roger.
Laurent Duplomb : "Aucune étude n'a pu démontrer que l'acétamipride était cancérogène"
Patrick Roger pour Sud Radio : Votre proposition de loi a été en partie censurée. Pourquoi revenez-vous à la charge avec cette proposition ? Cela peut-être différent cette fois ?
Laurent Duplomb : Les agriculteurs, qui sont dans une situation d'injustice totale, ne peuvent pas supporter cette injustice. Tous les producteurs qui ont besoin de ce produit pour pouvoir éliminer des ravageurs tels que la punaise diabolique ou le puceron, qui font des dégâts énormes sur leurs récoltes, se retrouvent confrontés à une concurrence déloyale, puisqu'en Italie, en Espagne et en Allemagne cette molécule est autorisée. Et la plus grande injustice, c'est qu'aucune étude n'a pu démontrer que l'acétamipride était cancérogène. On est sur un débat hystérisé, instrumentalisé.
Savez-vous qu'en 2025, la limite maximum de résidus de pesticides dans un produit alimentaire a été mutipliée par 20 pour l'acétamipride dans le miel. Comment en Europe peut-on avoir 20 fois plus d'acétamipride dans le miel, et qu'en France les médecins nous expliquent qu'il y a un danger pour la santé ?
Le gouvernement ne devrait pas soutenir votre proposition de loi, a annoncé la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon…
Je ne sais pas ce que fera le gouvernement quand le moment sera là. Ce que j'entends, c'est que le président de la République avait dit la semaine dernière : "C'est une bonne idée d'avoir saisi le Conseil d'État sur cette proposition de loi. Au vu ce que dira le Conseil d'État, on verra ce qui est possible de faire". Donc, attendons la décision du Conseil d'État.
"On empêche nos producteurs de produire - ça enrichit les autres pays et ça ruine la France"
Ne défendez-vous pas la FNSEA, le lobby de l'agroindustrie ?
Non, je défends la France. En 20 ans, l'Europe agricole a vu progresser sa balance agroalimentaire d'une valeur négative (puisqu'elle était déficitaire à l'époque) à plus de 50 milliards d'euros cette année. Nous sommes le deuxième territoire agricole au monde derrière le Brésil. Dans ces mêmes 20 ans, là où l'Europe a progressé de 50 milliards, la France est passée de 12 milliards d'excédent au maximum à -350 millions au mois de décembre. En d'autres mots, la France est devenue déficitaire sur sa balance commerciale. À titre de comparaison, l'Espagne était déficitaire il y a quelques années, aujourd'hui elle a un excédent de 18 milliards. Cette hypocrisie qui consiste à faire peur aux gens, à empêcher les producteurs français de produire en ne leur donnant pas les mêmes méthodes que les autres, ça enrichit les autres pays et ça ruine la France.
Certains vous mettent carrément sur la place publique, comme l'eurodéputée Rima Hassan, qui dit que votre place est en prison. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Je lui ai répondu que sa méthode, c'était la méthode du chaos et que son projet politique, au final, c'était un projet politique pour le chaos en France. Rima Hassan, vous la connaissez, elle va par des outrances de plus en plus loin, alors qu'elle est députée européenne. Donner de l'importance à ces accusations-là, pour moi ça n'a pas beaucoup de sens. Mais par contre, ça donne l'image de ce qu'est l'extrême gauche. Le débat, il est là-dessus. C'est-à-dire que l'extrême gauche a instrumentalisé ce débat à outrance, et on a fait un débat anxiogène en racontant des mensonges. Quand [la députée] Aurélie Trouvé hier à la télévision explique qu'il y a 50 études qui démontrent que l'acétamipride est cancérogène, c'est faux. Il n'y a aucune étude sérieuse qui le démontre. Et d'ailleurs, quand la journaliste dit : "Mais attendez, Madame Trouvé, citez-moi une étude", elle lui cite des tribunes.
"On est dans une forme de guerre économique à l'intérieur de l'Union européenne"
Entendez-vous les préoccupations sanitaires de nos concitoyens ?
En dix ans, les pesticides qu'on classe en CMR1, c'est-à-dire les plus dangereux, ont été diminués de plus de 95 % en France. La réalité d'aujourd'hui, c'est qu'on est dans une forme d'hypocrisie qui est incroyable. On veut plus de produits pesticides, mais comme on ne produit plus, on se retourne vers les pays qui, eux continuent de produire et d'utiliser pour se nourrir, comme l'Italie et l'Espagne. Est-ce que véritablement on ne pourrait pas être un tant soit peu objectif ? Est-ce qu'on voit des manifestations en Espagne et en Italie d'Italiens ou d'Espagnols pour dire "on veut les mêmes normes que les Français" ? On ne voit pas des Italiens manifester en disant "il faut interdire l'acétamipride parce que les Français l'ont interdit". Je vous rappelle que nous l'avons interdit depuis 2016. Ça fait 10 ans.
De plus, l'administration royale belge vient, il y a quelques jours, d'autoriser définitivement l'acétamipride à ses producteurs jusqu'en 2033, puisque c'est la date butoir européenne de l'EFSA pour l'utilisation de l'acétamipride en pulvérisation sur betteraves et sur pommes de terre. Vous savez pourquoi elle le fait ? Parce qu'elle comprend que les Français ne le feront peut-être pas, qu'ils mettront leurs producteurs dans des difficultés importantes. Et que pendant ce temps-là, en donnant les mêmes moyens aux producteurs belges, ils prendront la revanche sur la France. Nous avons déjà fermé six sucreries. Quand va-t-on comprendre qu'on est aussi dans une forme de guerre économique dans un continent qui est harmonisé avec des règles ? Nous, on a la capacité de surtransposer ces règles et de mettre plus de contraintes - et bien, nous dévissons et nous nous appauvrissons.
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