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Jérôme Guedj : "Il y a quelque chose qui dérange, de gênant" dans la nomination d'Amélie de Montchalin

INTERVIEW SUD RADIO - La Présidentielle 2027, le procès Le Pen, la nomination d'Amélie de Montchalin... Jérôme Guedj, député PS de l'Essonne et candidat à la présidentielle, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Jérôme Guedj, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, le 12 février 2026, dans “L’invité politique”.

"Il y a quelque chose qui dérange" dans la nomination d'Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes. Au micro de Sud Radio, Jérôme Guedj a répondu aux questions de Patrick Roger.

Procès de Marine Le Pen : "Pour un parti qui souvent met en avant la chasse aux comportements non vertueux et la recherche de l’exemplarité, pardon, mais c’est l’arroseur arrosé"

Patrick Roger : L’une des énigmes, je le disais ce matin, c’est la présence ou non de Marine Le Pen à la Présidentielle de 2027. Est-ce que vous jugeriez comme une anomalie démocratique qu’elle soit absente de l’élection ?

Jérôme Guedj : "Moi, je ne juge jamais comme une anomalie démocratique le fait que l’État de droit se déroule. Il y a une procédure judiciaire, il y a des juges, il y a des recours, il y a de l’appel. Donc si on commence à introduire dans le débat politique le fait que le déroulement naturel d’une procédure judiciaire soit une anomalie démocratique, alors on fragilise ce à quoi on se bat quand on fait de la politique, à savoir l’État de droit. Dura lex, sed lex. Et nous verrons désormais, le 7 juillet, dans quelle situation le Rassemblement national se présentera."

Patrick Roger : Parce que la réquisition est assez forte, avec cinq ans d’inéligibilité. Si elle n’avait que deux ans, elle pourrait être candidate.

Jérôme Guedj : "Oui, mais la réquisition est à cinq ans. Elle a déjà été condamnée à l’inéligibilité."

"Écoutez, je ne suis pas pénaliste, je ne suis pas juriste. Mais encore une fois, si on rentre dans cette seule logique, alors on fragilise tout l’édifice sur lequel, de manière parfois fragile, continue à fonctionner notre démocratie. Il y a plein d’éléments qui peuvent la fragiliser."

Patrick Roger : Vous savez aussi que sur le terrain, certains électeurs du Rassemblement national disent : « On nous prive de notre candidate ».

Jérôme Guedj : Oui, mais ce faisant, on oublie la raison, on oublie le fait générateur, comme on dit en droit : un détournement massif de fonds publics, en l’occurrence de fonds européens, dévoyés de leur fonction initiale pour financer un parti politique. L’instruction et le premier procès ont établi que c’était un effet de système. Donc, pour un parti qui souvent met en avant la chasse aux comportements non vertueux et la recherche de l’exemplarité, pardon, mais c’est l’arroseur arrosé.

Patrick Roger : Vous avez annoncé, à la surprise générale, votre candidature à la présidentielle, sans passer par la case primaire.

Jérôme Guedj : "Pourquoi j’ai annoncé cette candidature, et pourquoi je la réitère, et pourquoi je persiste à penser dans une élection présidentielle ? Moi, je veux porter une voix qui, à gauche, existe dans le pays mais est très peu entendue actuellement. C’est la gauche républicaine, c’est la gauche universaliste, c’est la gauche laïque. C’est l’idée selon laquelle on peut être à gauche, vouloir transformer la société, s’attaquer aux inégalités, mieux organiser le partage, et ne pas transiger avec les questions républicaines, avec les questions régaliennes, avec les questions de sécurité, avec les questions de défense, avec les questions de laïcité, avec les questions de refus de la brutalisation du débat politique. Cette gauche-là n’est pas assez entendue."

"J’ai une rupture indépassable avec la direction de La France insoumise et avec Jean-Luc Mélenchon"

Patrick Roger : Olivier Faure n’est pas de la gauche républicaine ? Raphaël Glucksmann ?

Jérôme Guedj : "À ma connaissance, Raphaël Glucksmann n’a pas annoncé sa candidature à l’élection présidentielle."

"Et je l’ai fait à un moment où le Parti socialiste — ou d’ailleurs je corrige : Olivier Faure, sans mandat du Parti socialiste, puisque le PS ne s’est pas prononcé sur cette stratégie — est allé à Tours, c’était le 24 janvier, pour dire : « C’est très intéressant une primaire écologiste », en gros avec peut-être des socialistes, puisqu’il y a Clémentine Autain, François Ruffin, Marine Tondelier, qui sont des gens qui portent une ligne politique parfaitement respectable, qui est celle de l’écologie, élargie au reste de la gauche."

"Pour moi, ça ne fait pas la gagne. Quand on est candidat à l’élection présidentielle et qu’on envisage ce défi-là, on ne fait pas ça pour témoigner."

"L’objectif n’est pas de délimiter un périmètre de la gauche. L’objectif est de voir si, de ce périmètre-là, peut être issu un candidat qui se hisse au deuxième tour et qui est capable — parce que c’est ça l’important — de recueillir des voix de gens qui ne viennent pas de son camp. La politique, vous savez, c’est trois choses. Ça commence par des valeurs."

"Et moi, je l’assume, j’ai une rupture indépassable avec la direction de La France insoumise et avec Jean-Luc Mélenchon. Sur des questions de valeurs, sur le rapport à la République, à la laïcité, à la lutte contre l’antisémitisme, il y a des lignes rouges qui ont été franchies et qui font qu’on ne peut pas entretenir la possibilité de faire quelque chose avec eux."

"Deuxième élément essentiel : avoir une orientation politique. Moi, c’est la République qui protège. C’est l’idée selon laquelle il y a des situations d’inquiétude de nos concitoyens qui demandent de la protection : la protection sociale, la protection économique et, évidemment, face aux sujets d’insécurité ou aux inquiétudes internationales, une fermeté sur ces questions régaliennes."

"Et puis la troisième chose, qui a aussi son importance dans la période, c’est l’idée qu’on ne peut pas avoir raison tout seul. Moi, je revendique la culture du compromis, des convictions fortes, mais la possibilité de discuter. Je suis convaincu que celui ou celle qui sera élu en 2027 n’aura pas de majorité absolue, parce que la tripartition de la vie politique telle qu’on la connaît va perdurer. Et qu’à ce moment-là, il faut être en capacité de discuter avec des gens."

Patrick Roger : Donc vous dites une gauche républicaine et, entre les lignes, vous accusez certains au PS de ne pas être suffisamment républicains parce qu’il n’y a pas de digue avec La France insoumise. C’est un peu ça ? Il faudrait une digue ?

Jérôme Guedj : "Moi, je l’ai expérimenté dans ma chair, si j’ose dire, en juillet 2024, quand le Nouveau Front populaire, après la dissolution, a été créé. J’ai refusé d’être candidat dans ce cadre-là. J’ai refusé d’avoir le soutien de La France insoumise. Parce que vous savez, à un moment, il faut savoir être cohérent avec soi-même. Quand on a une rupture sur des principes, quand on a des désaccords qui préexistent à gauche — on peut débattre d’un niveau de TVA, d’un niveau de financement pour l’école, de ce qu’on veut — mais sur les valeurs, on ne peut pas transiger. On ne peut pas s’accommoder, on ne peut pas regarder ailleurs quand on a des désaccords de fond."

Patrick Roger : Sur le fond, certains disent que La France insoumise s’occupe davantage des quartiers populaires que le PS, des gens en difficulté. Vous ne le croyez pas ?

Jérôme Guedj : "Moi, je pense qu’il ne faut pas s’en occuper en s’adressant aux gens en segmentant la société. C’est ce qu’ils font."

"Il n’y a qu’une seule communauté : c’est la communauté nationale. Moi, je ne sais pas ce que c’est que des « quartiers populaires ». Il y a des gens qui vivent des situations de salariat, de précarité pour certains d’entre eux. Battons-nous sur la question du pouvoir d’achat."

"C’est ça les attentes de nos concitoyens. Partons de leurs besoins, partons de leur sentiment de relégation. Organisons le partage dans la société : le partage des richesses, c’est la justice fiscale. Le partage des savoirs, c’est le projet éducatif qui doit être au cœur de tout projet de gauche. Et c’est le partage des pouvoirs, avec moins de verticalité."

Patrick Roger : Est-ce que votre opposition à La France insoumise vient aussi d’un antisémitisme que vous avez dénoncé à plusieurs reprises ?

Jérôme Guedj : "Il y a une forme d’obsession permanente à ramener tout à une essentialisation du débat politique, à regarder d’où viennent les gens, d’où ils parlent, pour soit les stigmatiser, soit essayer de les séduire. Moi, je suis un républicain conséquent. Je m’adresse à des citoyens libres et émancipés, indépendamment de leur origine, indépendamment de leur foi. Je suis attaché à la laïcité, je suis attaché à ce qu’on appelle l’universalisme républicain. Et je n’aime pas que, dans la société française, on évoque une « nouvelle France », sous-entendant que la France actuelle serait problématique. La France a un passé, elle a un présent, elle a un futur, une continuité. Et l’idée de tourner une page, sous-entendu que la précédente serait problématique, ça me pose difficulté."

Amélie de Montchalin nommée à la Cour des Comptes : "En permanence, on se posera la question de savoir si elle est capable d’avoir l’objectivité, l’impartialité, d’avoir un regard critique sur ce qu’elle-même a conduit et mené dans les mois ou les années précédentes"

Patrick Roger : Amélie de Montchalin. Vous l’avez battue lors des législatives. Il y a une polémique sur sa nomination à la Cour des comptes. Il y aurait un conflit d’intérêts : elle a été au budget, elle va à la Cour des comptes. Elle est très jeune. Souvent, on met des gens très expérimentés. Qu’en pensez-vous ?

Jérôme Guedj : "Évidemment, il y a quelque chose qui dérange. Je ne parle évidemment pas de la compétence d’Amélie de Montchalin en matière de finances publiques. Elle a été une interlocutrice de grande qualité, y compris avec laquelle on a pu négocier, obtenir des avancées pour les Français — je pense à la prime d’activité ou au débat qu’on a eu sur la suspension de la réforme des retraites."

"Ce qui est gênant, c’est que c’est une première de passer directement du poste de ministre en charge des Comptes publics à celui de premier président de la Cour des comptes, dont l’une des missions est de juger des comptes a posteriori et des politiques publiques qui ont été menées. Il y a donc un côté un peu juge et partie. C’est gênant."

"J’entends qu’il y a de la collégialité à la Cour des comptes, mais c’est un élément de confiance. En permanence, on se posera la question de savoir si elle est capable d’avoir l’objectivité, l’impartialité, d’avoir un regard critique sur ce qu’elle-même a conduit et mené dans les mois ou les années précédentes."

"Et puis un autre élément dont on a un peu moins parlé : c’est un poste inamovible. Théoriquement, elle est nommée jusqu’à l’âge limite, qui est 68 ans. Donc elle est nommée pour 28 ans. Personne n’imagine qu’elle va rester 28 ans à la Cour des comptes. On ne sait pas à quel moment elle partira, dans quelles conditions, pour faire quoi. D’habitude, à la Cour des comptes, ce sont des gens avec un profil respectable, nommés en fin de carrière, dont on sait qu’après ils ne vont pas revenir dans le jeu politique."

Patrick Roger : Est-ce que vous regrettez que Yaël Braun-Pivet se soit opposée à la création d’une commission d’enquête sur l’affaire Epstein ?

Jérôme Guedj : "J’en ai parlé hier avec Yaël Braun-Pivet et je comprends son point de vue."

"Une commission d’enquête, vous savez concrètement ce que ça veut dire : des administrateurs de l’Assemblée nationale, des parlementaires qui auditionnent des personnes, avec les moyens de l’Assemblée pour préparer les auditions, etc."

"Est-ce que vous pensez sérieusement que, vu le caractère tentaculaire, gigantesque de ces éléments-là, ce lieu-là sera capable de rassurer l’ensemble de nos concitoyens qui, légitimement, ont envie d’une seule chose : qu’il n’y ait pas d’omerta, qu’il n’y ait pas de choses planquées ?"

"Moi, je pense qu’il faut aussi tordre le cou à la petite musique complotiste qui donnerait l’impression de dire : si on ne fait pas la pleine vérité, alors il y aurait quelque chose de caché. Combien de Français sont concernés ? Combien de fonctionnaires ? Combien de politiques ? Combien de gens du monde de la culture ? De quelle nature ont-ils été concernés ? Est-ce que c’était des relations d’affaires, des relations financières — qui sont déjà gênantes, parce que ça veut dire qu’on est fasciné par le fric, par le pouvoir, par les avions, par les voitures mises à disposition ? Et puis évidemment ceux qui ont été impliqués dans des affaires pédocriminelles et là, qui ne peuvent recueillir que notre dégoût."

"Il y a besoin de cette transparence. Mais je ne suis pas convaincu que l’outil commission d’enquête parlementaire soit le bon pour le faire. Il y a un trou dans la raquette : il y a des procédures judiciaires en France, il y a des sanctions administratives, mais il faut que tout ça soit coordonné dans un endroit."

"Je suis attaché aussi au fait qu’on facilite les procédures de naturalisation pour les personnes qui sont en France et qui participent à la vie de notre pays"

Patrick Roger : Le droit de vote des étrangers non européens aux élections locales : est-ce qu’il faut l’autoriser ou pas ?

Jérôme Guedj : "Il y a un principe qui est porté depuis des années : des personnes qui résident à l’échelle locale doivent pouvoir avoir leur mot à dire. Elles participent aux conseils de quartier. Elles sont consultées par les maires."

"Moi, je suis attaché à ce principe-là. Je suis attaché aussi au fait qu’on facilite les procédures de naturalisation pour les personnes qui sont en France et qui participent à la vie de notre pays. Je regrette que ça n’ait pas été fait plus tôt et que ça redevienne un sujet de cristallisation."

Patrick Roger : Gisèle Pelicot s’exprime. C’est bien, justement, qu’elle puisse s’exprimer et notamment alerter sur les ravages de la soumission chimique.

Jérôme Guedj : "C’est vertigineux d’entendre plusieurs de ces témoignages. Cette femme, d’abord, est admirable. Évidemment que c’est utile, une libération de la parole sur la soumission chimique, sur cette espèce de toute-puissance et de domination masculine, y compris à l’intérieur de l’intime du couple. Mais la manière dont elle le fait, la dignité avec laquelle elle le fait, la manière dont elle parle… C’est indispensable, comme toute libération de la parole, que ce soit celle des enfants, des femmes victimes de violences."

Patrick Roger : On va terminer par ça. Vous avez été celui qui a posé la question à Sonia Mabrouk sur Jean-Marc Morandini, ce qui a entraîné son départ de CNews, puis celui de Jean-Marc Morandini. Vous ne regrettez pas d’avoir posé cette question ?

Jérôme Guedj : "Je ne regrette jamais, je le fais à votre micro, de parler avec la franchise que j’essaie d’incarner et de porter. J’ai cette liberté-là. Je la fais dans mon engagement politique et je la fais aussi quand je suis confronté à une situation qui interpelle."

"J’étais sur ce plateau face à Sonia Mabrouk. C’est une bonne intervieweuse, c’est pour ça que j’allais sur son plateau. Mais je ne pouvais pas ne pas l’interpeller sur ce conflit de principe. On en a reparlé juste en sortant du plateau. Elle m’a dit : « Je m’attendais à ce que quelqu’un me pose cette question-là. » Je pense que j’ai bien fait. Parce que toute décision individuelle a des répercussions collectives. Ce que je fais là en étant candidat à l’élection présidentielle, c’est aussi pour faire turbuler le système. De la même manière qu’en interpellant Sonia Mabrouk, il y a eu sa position à elle, son départ que j’ai jugé élégant et courageux, et puis à la fin, ce qui était assez inéluctable, le départ de Jean-Marc Morandini. Parce qu’à la fin, ce qui triomphe, ce sont des principes, des valeurs et, le plus souvent, la vérité."

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