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Clémentine Autain : "L’affaire Epstein nous révèle le lien entre le pouvoir et la possession des femmes"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Affaire Epstein, Jack Lang, Présidentielle 2027, "vie meilleure" : Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis, co-fondatrice de l’Après, et candidate à l'élection présidentielle, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Clémentine Autain
Clémentine Autain, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 9 février 2026, dans “L’invité politique”.

Affaire Epstein, Jack Lang et l’Institut du monde arabe (IMA), classement de La France insoumise (LFI) à l'extrême gauche, réforme institutionnelle et proportionnelle, “sécuriser nos vies”, sécurité sociale de l’alimentation, narcotrafic, guide de la Grande Mosquée de Paris, primaire unitaire de la gauche du 11 octobre, union du Nouveau Front populaire (NFP). Au micro de Sud Radio, Clémentine Autain a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Les premiers mots ont montré qu’il ne comprenait pas tout à fait ce qui se joue"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Jack Lang, à vos yeux, a-t-il pris la bonne décision en démissionnant de l’Institut du monde arabe (IMA) ?
Clémentine Autain : “Oui, j’estime qu’il était temps. Ses premiers mots ont montré qu’il ne comprenait pas tout à fait ce qui se joue. Et ce scandale est très choquant, profondément choquant.”

Qu’est-ce qui vous marque le plus dans ce qui remonte sur l’affaire Epstein ?
“Ce qu’on découvre jour après jour est accablant. Cette phrase comparant les femmes à des crevettes, c’est une violence symbolique terrible. Ça révèle un mépris et une logique de prédation.”

Pour vous, cette affaire dit quoi du pouvoir ?
“Elle dit quelque chose de profond sur la trajectoire historique du pouvoir : domination et possession des femmes. Et je crois qu’il faut une révolution dans notre rapport au pouvoir. Le pouvoir politique ne peut pas rimer avec la possession.”

Faut-il rouvrir une enquête Epstein en France ?
“Bien sûr, la justice doit pouvoir faire son travail, en France aussi. On ne peut pas se contenter de regarder ce qui se passe ailleurs. Il faut que tout ce qui doit être établi le soit.”

La commission d’enquête parlementaire, c’est la bonne méthode ?
“Je suis très sensible à cette proposition. Une commission permet d’éclairer le débat public et d’entendre des témoignages qu’on n’a pas forcément dans une enquête judiciaire. Et surtout, cette histoire ne doit pas rester sans suite. Ça doit aussi transformer notre rapport au pouvoir. Et ça doit renforcer le combat contre les violences faites aux femmes et aux jeunes femmes. On parle aussi d’adolescentes, donc c’est extrêmement grave.”

Jack Lang reste un homme de gauche à vos yeux ?
“Je n’aime pas me poser en estampilleuse. Il a été ancré à gauche et a mené des combats de gauche. Mais si être de gauche, c’est ne pas comprendre ce qu’est MeToo, c’est un problème : ce n’est pas la gauche moderne.”

"En classant LFI à gauche, le pouvoir veut banaliser l’extrême droite et cherche à discréditer la gauche"

Olivier Faure estime qu’il n’est pas juste que LFI soit classée à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, pour le nuançage des municipales. Et vous ?
“Je suis d’accord : il ne faut pas classer LFI à l’extrême gauche. L’extrême gauche existe en France, par exemple Lutte Ouvrière ou le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste). Ce sont des traditions très critiques des institutions, qui ne concourent pas de la même manière pour gagner les élections.”

Donc LFI, c’est quoi : gauche radicale, mais pas extrême gauche ?
“Oui, ce n’est pas la même chose. On peut avoir des désaccords politiques avec LFI, moi j’en ai eu, notamment sur la démocratie interne et certaines prises de position. Mais ça ne justifie pas un classement à l’extrême gauche.”

Rima Hassan qui traite un sénateur “d’ordure”, ce n’est pas un marqueur ?
“C’est de l’outrance, et je ne le défends pas. Mais on ne peut pas décider d’un classement administratif sur la base de formulations emportées. La question, c’est le fond politique.”

Vous dites que ce classement répond à un “scénario” du pouvoir ?
“Oui, c’est un choix politique du pouvoir en place. Il vise à banaliser l’extrême droite et à prendre un nouveau bouc émissaire, LFI, pour disqualifier l’ensemble de la gauche. Et c’est très dangereux dans une période de banalisation de l’extrême droite.”

Vous n’avez pas signé l’appel pour la proportionnelle avant 2027 “pour faire barrage” à l’extrême droite. Pourquoi ?
“Je me méfie des changements institutionnels pensés comme des parades tactiques. Je préfère qu’on révise les institutions à l’aune d’une ambition démocratique. Oui à une dose de proportionnelle, mais pas une réforme sèche : il faut une transformation démocratique plus large.”

"La candidature de Guedj est baroque"

Vous êtes candidate à la présidentielle : vous irez à la primaire unitaire du 11 octobre ?
“Oui, je m’y suis engagée depuis Bagneux, en juillet dernier, quand l’idée d’une candidature unique pour 2027 a été lancée. Les enquêtes d’opinion montrent que près de huit électeurs du NFP sur dix veulent cette candidature unique. Moi, c’est ce mandat-là qui m’intéresse.”

Vous accusez certains d’être dans une “guerre d’ego” ?
“Oui, parce qu’il y a une extrême droite menaçante. Et on ne peut pas sacrifier l’union à des logiques de pouvoir. Les autres, je le dis, ce sont des prophètes de la défaite.”

Que pensez-vous de la candidature de Jérôme Guedj ?
“Je le dis clairement : sa candidature est baroque. Elle ne s’inscrit dans aucun cadre. Et elle montre que la droite du Parti socialiste n’a pas de stratégie.”

Boris Vallaud dit : pas de primaire, mais une union. Vous y croyez ?
“Quand on dit “pas de primaire” mais “union”, souvent ça revient à un scénario ancien : les socialistes désignent et les autres se rangent. Ça n’arrivera pas. Si on veut une candidature commune, il faut remettre la désignation dans les mains du peuple de gauche.”

"L’insécurité est dans les maisons, dans les assiettes, dans l’emploi, dans la rue"

“La vie meilleure”, c’est le slogan de votre candidature. Ça veut dire quoi, concrètement ?
“C’est l’idée de sécuriser nos vies. Et pour ça, il faut transformer l’État : arrêter d’en faire l’outil de la compétitivité et de la croissance comme objectifs majeurs. Le cœur, c’est la satisfaction des besoins authentiques des Françaises et des Français.”

Vous parlez beaucoup d’alimentation : c’est central ?
“Oui, parce que l’insécurité, ce n’est pas seulement la rue. Elle est aussi dans l’assiette, dans la maison, dans l’emploi. Je veux faire d’une alimentation saine, accessible et durable une grande priorité nationale.”

La “sécurité sociale de l’alimentation”, c’est une nouvelle branche de la Sécu ?
“C’est un horizon de grandes conquêtes, pas une mesure d’urgence immédiate. Mais on doit sortir de l’idée qu’on ne peut rien faire. Il faut un État stratège capable de sécuriser l’alimentation pour toutes et tous.”

Ce serait “encore plus d’impôts” ?
“Oui, mais pour financer quelque chose d’utile. Aujourd’hui, on laisse des multinationales contourner l’impôt et on réduit la contribution des ultra-riches. Et on paye aussi les coûts cachés : l’alimentation coûte 19 milliards par an à notre santé.”

Vous dites : “L’insécurité est dans la rue” aussi. Le narcotrafic, vous le prenez en compte ?
“Bien sûr. Mais je ne crois pas à la voie qui ne fonctionne pas : tout répressif dans les quartiers, sans jamais s’attaquer aux têtes. Il faut remonter à ceux qui financent, ceux qui commandent et alimentent les trafics.”

Sur l’initiative de la Grande Mosquée de Paris, un guide pour concilier foi et République : bonne idée ?
“Je ne l’ai pas lu. Mais a priori, le titre et l’initiative me paraissent très bons. Et je trouve que c’est de bon augure.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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