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Antoine Léaument (LFI) : "Le silence sur l'Affaire Epstein alimente le soupçon"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Affaire Epstein, police, Présidentielle 2027, gauche, X et les réseaux sociaux : Antoine Léaument, député LFI de l'Essonne, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Antoine léaument,
Antoine Léaument, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 4 février 2026, dans “L’invité politique”.

Affaire Epstein, déclassification de plus de trois millions de documents, demande de commission d’enquête parlementaire transpartisane, souveraineté du peuple et inéligibilité, rivalité Marine Le Pen–Jordan Bardella, enquête sur X et Elon Musk, violences dans la société et sécurité. Au micro de Sud Radio, Antoine Léaument a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Affaire Epstein : "Il y a deux volets, des crimes abominables et des faits politiques qui doivent être éclaircis"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Que révèlent les millions de documents déclassifiés dans l’affaire Epstein ?
Antoine Léaument : “Il faut d’abord rappeler la nature de cette affaire. Il y a un premier volet absolument terrible, celui de la pédocriminalité, de la traite d’êtres humains, de personnes droguées et violées. Ce sont des faits abominables.”

Avant toute chose, vous évoquez les victimes. Pourquoi est-ce essentiel ?
“Parce que ce sont elles les premières concernées. Je veux dire mon soutien à celles qui ont parlé et à celles qui n’ont pas encore parlé. Il ne faut jamais l’oublier quand on parle de cette affaire.”

Vous parlez aussi d’un deuxième volet. De quoi s’agit-il ?
“Il y a des échanges de mails entre Jeffrey Epstein et des personnalités politiques ou économiques françaises. Ces échanges peuvent concerner des financements de campagnes électorales, de partis politiques, ou des ingérences étrangères potentielles.”

Faut-il pour autant assimiler toutes les personnes citées à des crimes ?
“Non, absolument pas. Et c’est précisément le danger. Être cité dans un échange ne signifie pas être impliqué dans le premier volet. C’est pour cela que je refuse d’entretenir toute confusion.”

"Une commission d’enquête est nécessaire"

Pourquoi demander aujourd’hui une commission d’enquête parlementaire transpartisane ?
“Parce que si on ne s’en empare pas politiquement et médiatiquement, le silence alimente le soupçon. À l’international, c’est le sujet majeur depuis plusieurs jours. Dans de nombreux pays, cela fait la une de tous les journaux, avec des personnalités qui démissionnent ou qui s’excusent simplement pour avoir échangé avec Jeffrey Epstein, parfois pour des choses assez légères.”

Vous avez le sentiment que la France a tardé à se saisir du sujet ?
“Oui. Pendant les premiers jours, le sujet était peu évoqué dans les médias français. J’ai l’impression que cela commence à prendre de l’ampleur aujourd’hui, et tant mieux. Mais le décalage avec ce qui se passe à l’international a nourri une incompréhension.”

Quels sont les éléments français qui interrogent et qui justifient un travail parlementaire ?
“Il y a des échanges qui concernent des personnalités françaises. Par exemple, des aides favorables auraient été maintenues à Jeffrey Epstein alors même que le pays connaissait une politique d’austérité budgétaire, sous la présidence de François Hollande. Il y a aussi des discussions entre un conseiller de Nicolas Sarkozy et Jeffrey Epstein. Ce sont des faits politiques qui interrogent.”

Vous évoquez aussi des questions de financement politique.
“Oui. Dans les documents et dans la presse, il est par exemple fait mention de Bruno Le Maire, cité dans des échanges concernant une recherche de financements pour une campagne présidentielle qui n’a finalement pas eu lieu. Ce sont des éléments documentés par la presse et qui méritent d’être éclaircis.”

Craignez-vous que ces citations nourrissent un soupçon généralisé ?
“Justement non. Le but n’est pas de jeter des noms en pâture. Le but, c’est de permettre aux personnes citées de venir s’expliquer publiquement. Faire la lumière, c’est ce qui permet de dissiper les soupçons, pas de les entretenir.”

En quoi la commission d’enquête est-elle adaptée à cet objectif ?
“Parce qu’elle ne se substitue pas à la justice. Elle peut auditionner publiquement sur des faits politiques ou d’ingérence potentielle. C’est ce travail de transparence qui est nécessaire aujourd’hui.”

"Il y a une limitation de la souveraineté du peuple dans la peine d’inéligibilité"

Marine Le Pen pourra-t-elle se présenter à la présidentielle de 2027 ?
“C’est un sujet philosophique complexe et une vraie question politique. Ce n’est pas un sujet simple, et il mérite d’être traité sérieusement, sans caricature.”

Serait-ce une anomalie démocratique si elle était empêchée ?
“Il y a d’abord la loi. La loi dit que quand on a fraudé, on doit être puni. En l’occurrence, le tribunal a estimé que Mme Le Pen avait fraudé. Et je rappelle que Mme Le Pen elle-même disait que lorsqu’on est condamné pour corruption ou malversations financières, l’inéligibilité devait être à vie.”

Pourquoi ce débat dépasse-t-il son cas personnel ?
“Parce que déclarer quelqu’un inéligible, c’est limiter la souveraineté du peuple. Cela signifie qu’il y a une personne pour laquelle les citoyens ne peuvent pas voter. C’est donc une question démocratique de fond, qui ne concerne pas uniquement Mme Le Pen.”

Êtes-vous prêt à rouvrir ce débat collectivement ?
“Oui, je suis prêt à ce qu’on ait ce débat collectivement. Mais je rappelle aussi que les Français sont majoritairement favorables à l’inéligibilité lorsqu’il y a des faits de corruption. Cette opinion doit aussi être prise en compte.”

"Jordan Bardella n’est pas au niveau"

Qui est l’adversaire le plus redoutable pour 2027, Marine Le Pen ou Jordan Bardella ?
“Il ne faut jamais sous-estimer un adversaire. Les deux sont coriaces, et l’un comme l’autre doivent être pris au sérieux.”

Vous êtes pourtant très critique envers Jordan Bardella. Pourquoi ?
“Parce que dans la séquence récente, il a montré qu’il n’était pas au niveau, notamment sur les questions internationales.”

Vous faites référence à sa position sur Donald Trump ?
“Oui. Regarder d’un œil positif la manière dont Donald Trump se comporte sur la scène internationale pose un problème. Cela montre une forme d’impréparation sur ces sujets essentiels.”

Ce n’est pas votre seule critique du Rassemblement national.
“Non. Le racisme contenu dans le programme du Rassemblement national reste un problème majeur, et c’est même le principal.”

X et Elon Musk : “Il y a un enjeu démocratique sur les algorithmes”

Vous vous réjouissez de l’enquête sur X et Elon Musk ?
“Oui, très clairement. Et je l’assume. Parce que des agences comme Viginum ont montré que des réseaux sociaux pouvaient être utilisés pour des ingérences étrangères. Cela a été dit publiquement dans des commissions d’enquête parlementaires.”

Ce sont les algorithmes qui posent problème ?
“Oui. Il y a un enjeu sur les manipulations algorithmiques potentielles, sur la mise en avant de certains contenus qui sont néfastes pour le débat public.”

Pourquoi rester sur X malgré tout ?
“Parce que si les gens de gauche quittent ce réseau social, il ne restera que l’extrême droite. Moi, je veux mener la bataille partout où il faut la mener.”

Et si la plateforme était interdite ?
“Si la France ou la Commission européenne décide que ce réseau est problématique et l’interdit, alors la question ne se pose plus.

Violences et sécurité : “Il faut s’attaquer aux causes profondes”

Après le drame de Sanary-sur-Mer, que vous inspire l’argument du risque zéro ?
“Dire que le risque zéro n’existe pas, c’est une évidence, presque une lapalissade. Il faut se poser la question de la santé mentale des jeunes. C’est un sujet majeur qui est trop souvent évacué du débat public.”

Y a-t-il une montée générale de la violence ?
“Les plaintes augmentent, notamment pour les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales, en partie parce que la parole se libère. Mais les homicides sont globalement stables et certains crimes reculent.”

Quels sujets sont selon vous oubliés ?
“Les troubles psychiques et l’alcool. Ce sont deux facteurs majeurs des violences et ils sont largement absents des débats sur la sécurité.”

Vous refusez toujours l’armement des policiers municipaux. Pourquoi ?
“Parce que la force létale doit relever de l’État et de la police nationale. Armer les policiers municipaux créerait une sécurité à géométrie variable selon la richesse des communes. Je suis favorable à une police de proximité, sous l’égide de la police nationale.”

La gauche peut-elle se retrouver au second tour des municipales ?
“Je n’en sais rien. Nous avons toujours dit que nous étions prêts à tendre la main, à condition d’engagements programmatiques clairs. La question est désormais entre les mains du Parti socialiste.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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