single.php

Marion Maréchal : "Ce n'est pas sain que les juges décident de l'affiche présidentielle"

INTERVIEW SUD RADIO - Procès de Marine Le Pen, union des droites pour 2027, Epstein, Knafo : Marion Maréchal, députée européenne, Présidente d'Identité Libertés et auteure de "Si tu te sens Le Pen" (Fayard)

Marion Maréchal Le Pen, justice, vote, RN
Marion Maréchal, interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio, le 5 février 2026, dans “L’invité politique”.


"Je pense que le nom Le Pen est, dans l’inconscient général, plutôt une marque de solidité, de courage, de refus du politiquement correct, d’une capacité quand même à voir loin, et peut-être même avant les autres, disons le, sur un certain nombre de sujets.
" Au micro de Sud Radio, Marion Maréchal a répondu aux questions de Patrick Roger.

"Le Pen, finalement, ce n’est pas tant un nom de famille qu’une attitude face aux événements"

Patrick Roger : Alors là, c’est la première fois que ça m’arrive parce que j’ai un doute. Comment dois-je vous appeler ? Marion Maréchal ou Marion Maréchal Le Pen ? Je le dis parce que dans le livre que vous venez de sortir, et qui s’appelle Si tu te sens Le Pen. Vous revendiquez l’héritage Le Pen et celui de votre grand-père. Alors comment je dois vous appeler ?

Marion Maréchal : "Écoutez, les deux me vont. Je suis fière de ces deux noms, même si mon nom civil est Marion Maréchal. Et pour préciser à nos auditeurs, en fait, cette phrase, qui est le titre de mon livre Si tu te sens Le Pen, est la dernière phrase d’une lettre que m’avait écrite mon grand-père en 2012 pour m’inviter, m’enjoindre à m’engager en politique."

"Et ce que j’essaie d’expliquer tout au long de ce livre, en effet, je reparle de cet héritage familial et politique, en quoi je le perpétue, je le dépasse, je le réinterprète. Mais 'Si tu te sens Le Pen', finalement, ce n’est pas tant un nom de famille qu’une attitude face aux événements."

"Marion Maréchal - Le Pen a été, d’une certaine manière, mon nom de guerre en politique"

Patrick Roger : Mais vous l’aviez abandonné, le nom Le Pen. C’était difficile à porter, à assumer parfois.

Marion Maréchal : "Alors ce qui est sûr, c’est qu’évidemment, il y a une trentaine d’années de cela, à l’école publique notamment, être la petite-fille de Jean-Marie Le Pen n’était pas neutre. Et moi et mes cousins avons quand même vécu un certain nombre de moqueries, parfois de violence verbale, parfois même physique. Bon, on va dire formateur à certains égards."

"Mais je reviens sur l’histoire de ce nom qui est un peu singulière, puisque les conditions particulières de ma naissance, j’en parle dans le livre, font que je me suis appelée Marion Le Pen pendant trois ans avant d’être adoptée par celui qui est mon père et de devenir Marion Maréchal. Donc j’ai toujours eu un attachement particulier à ces deux noms. Et Marion Maréchal - Le Pen avait été, d’une certaine manière, mon nom de guerre en politique. Et quand j’ai quitté la politique en 2017, je suis revenue un peu symboliquement à mon nom civil, comme une manière d’acter que je quittais la politique vraiment."

"Je ne crois pas qu’aujourd’hui, pour les Français, le nom Le Pen soit un obstacle"

Patrick Roger : Est-ce que vous reprenez votre nom de guerre, Marion Maréchal - Le Pen ?

Marion Maréchal : "Alors très souvent, sur les plateaux, vous savez, mes adversaires appuient sur le nom Marion Maréchal - Le Pen comme si cela me mettait mal à l’aise, alors que j’assume parfaitement."

"Maintenant, je n’ai pas d’intention particulière de réafficher Marion Maréchal-Le Pen. Je pense que les gens savent qu’en étant Marion Maréchal, je suis malgré tout de la famille Le Pen, et ça, ils savent surtout ce que je pense."

Patrick Roger : Est-ce que le nom Le Pen est toujours un obstacle ? Est-ce qu’il y a, dans les réquisitions au procès en appel du RN, au-delà des faits reprochés bien sûr, cet état d’esprit de certains qui ne veulent pas d’un Le Pen ou d’une Le Pen au pouvoir, en l’occurrence votre tante Marine Le Pen ?

Marion Maréchal : "Je ne crois pas qu’aujourd’hui, pour les Français, le nom Le Pen soit un obstacle. Au contraire, je pense que le nom Le Pen est, dans l’inconscient général, plutôt une marque de solidité, de courage, de refus du politiquement correct, d’une capacité quand même à voir loin, et peut-être même avant les autres, disons le, sur un certain nombre de sujets."

https://twitter.com/SudRadio/status/2019310954404565004

"J’ai l’espoir que Marine Le Pen puisse se présenter"

"Maintenant, ce qui est sûr, c’est que l’enjeu pour 2027, c’est d’élargir et de rassembler au maximum, parce que qu'elles que soient les qualités du candidat, Le Pen ou pas d’ailleurs, aucun parti politique ne peut gagner seul. Ça, c’est mon grand combat depuis des années. Moi, je suis, je la retrace dans le livre d’ailleurs, depuis 2012, défenseuse de cette idée de coalition des droites. Donc maintenant, tout l’objet est de savoir comment nous rassemblons suffisamment d’ici 2027 pour nous donner les moyens de gagner, et j’espère être un des acteurs."

Patrick Roger : Alors après ces réquisitions, on sent un peu, quand on lit dans les commentaires et même dans les déclarations, Marine Le Pen un peu abattue, comme si elle était résignée, en se disant que finalement elle ne pourrait pas être candidate en 2027. Vous l’avez eue au téléphone ? Vous avez échangé avec elle ?

Marion Maréchal : J’échange évidemment régulièrement avec elle. Ce serait mentir que de dire que ce n’est pas une épreuve personnelle. Et puis bon, une épreuve politique évidemment. Mais Marine Le Pen, c’est une femme qui est engagée depuis maintenant des années et des années en politique, qui se prépare minutieusement à exercer cette fonction de chef d’État.

Et donc, c’est vrai qu’à l’aune d’une victoire potentielle et de la reconnaissance, finalement, de sa légitimité à pouvoir exercer cette fonction, c’est évidemment difficile d’imaginer qu’elle puisse potentiellement ne pas se présenter. Maintenant, attention, les réquisitions ne sont pas la condamnation. C’est le temps maintenant des avocats de la défense. Les prévenus vont pouvoir faire valoir leur point de vue et leur défense. Donc rien n’est encore écrit. Et moi, j’ai l’espoir qu’elle puisse évidemment se présenter.

"Il y a une grande défiance des Français à l’égard de leur justice"

Patrick Roger : Vous voyez bien que les chances s’amenuisent progressivement, effectivement pour elle.

Marion Maréchal : "Je n’ai pas dit que c’était acquis, mais j’alerte quand même sur le fait que, dans un moment où il y a une grande défiance des Français à l’égard de leur justice, je pense qu’il ne serait pas sain pour le bon fonctionnement démocratique que ce soient les juges qui décident de l’affiche présidentielle."

Patrick Roger : Vous estimez que c’est un réquisitoire politique ?

Marion Maréchal : "Je pense en tout cas que, on l’a vu d’ailleurs dans le jugement et dans les réquisitions qui ont été faites en première instance, il y a une tonalité dans les arguments qui ont été avancés, qui parfois relèvent de la politique. Le jugement de valeur notamment qui avait été fait par la juge sur le positionnement anti-européen, par exemple, de Marine Le Pen. On voit à chaque fois un trio s’entendre pour aboutir à ce que les gens de droite soient quand même bien souvent plus persécutés juridiquement que les gens de gauche."

"Une affaire similaire est en cours en ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon et les assistants parlementaires, et étonnamment, l’enquête n’a pas avancé d’un pouce"

"Une affaire similaire qui est en cours en ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon et les assistants parlementaires, et étonnamment, je ne sais pas si vous l’avez relevé, l’enquête n’a pas avancé d’un pouce, d’un demi-millimètre.

"Je rappelle qu’il y a aujourd’hui une affaire similaire qui est en cours en ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon et les assistants parlementaires, et étonnamment, je ne sais pas si vous l’avez relevé, l’enquête n’a pas avancé d’un pouce, d’un demi-millimètre. Je note quand même que la célérité de la justice n’est pas toujours la même. On s’en souvient dans l’affaire Fillon."

"Je vais vous donner un exemple, parfois, qui peut entacher la confiance dans la justice. Je viens d’être condamnée la semaine dernière en diffamation par la justice, donc contre l’IESH. L’IESH, c’est le centre de formation des Frères musulmans, rien que ça. Donc j’ai été condamnée pour avoir dit que des islamistes étaient des islamistes. Et si vous voulez, le comble, c’est que ce fameux centre islamique a été, entre-temps, fermé par le gouvernement, fermé en l’occurrence par Bruno Retailleau, précisément pour ses liens avec les Frères musulmans et l’islamisme. Vous imaginez quand même le délire dans lequel on est."

Patrick Roger : Elle a reçu un coup, quand même, Marine Le Pen.

Marion Maréchal : "Je vous l’ai dit, je" pense qu’évidemment c’est difficile. Maintenant, vous connaissez un peu Marine Le Pen pour la fréquenter depuis longtemps. C’est quand même quelqu’un d’extrêmement pugnace, optimiste, battante."

https://twitter.com/SudRadio/status/2019315661231554740

Patrick Roger : Donc on prépare le plan B de plus en plus, Jordan Bardella ?

Marion Maréchal : "C’est tout à l’honneur de Marine Le Pen de ne pas faire partie de ces catégories de chefs politiques qui font le vide autour d’eux et qui s’assurent qu’aucune génération n’accède aux responsabilités. La coalition, au sens large, se prépare potentiellement à ce que Jordan Bardella puisse être le candidat."

Patrick Roger : Vous revenez à la maison, au RN, c’est ça, tout en gardant quand même votre parti Liberté ?

Marion Maréchal : "Je ne suis pas adhérente au Rassemblement national. J’ai mon propre mouvement, Identité Libertés. Je suis alliée au Rassemblement national, qui lui-même est allié à l’UDR d’Éric Ciotti. Et nous sommes une équipe, avec chacun nos singularités."

"Je défends en effet une certaine ligne que d’aucuns qualifieraient d’identitaire, libérale, conservatrice"

Patrick Roger : Qu’est-ce que vous voulez apporter au RN aujourd’hui ? C’est le côté libéral qui manquait ?

Marion Maréchal : "Dans ce livre, qui est d’abord un livre de vision et d’idées, vous l’avez compris, je défends en effet une certaine ligne que d’aucuns qualifieraient d’identitaire, libérale, conservatrice. Et donc mon but, c’est de faire en sorte que cette ligne, qui n’est pas tout à fait celle du RN, je l’assume parfaitement, soit représentée dans la coalition, pèse, compte, y compris d’ailleurs sur le programme de 2027, et peut-être demain, si nous avons la chance de remporter cette élection de 2027, dans l’exercice du pouvoir."

Patrick Roger : Et Bardella est plutôt sur votre ligne ?

Marion Maréchal : "Pour l’instant, si vous voulez, on n’en est pas là, pour une raison simple. On le sent à travers ses déclarations : ce n’est pas lui aujourd’hui le candidat. S’il est candidat, j’imagine qu’il imprimera sa marque sur un programme présidentiel, et à ce moment-là, évidemment, on verra la tonalité qu’il veut en donner. Moi, mon objectif, en tout cas, c’est de faire en sorte que cette vision que je défends depuis maintenant quinze ans pèse, compte et soit représentée, sans sacrifier ma liberté, notamment sur le budget, sur les retraites."

Patrick Roger : On a vu que ce n’était pas forcément d’inspiration libérale, le RN, dans les décisions, sur le budget, sur les retraites. Comment vous allez faire ?

Marion Maréchal : "Ce qui est vrai aussi, c’est qu’on a entendu beaucoup de caricatures, parfois un peu outrancières.
Le Rassemblement national n’est pas un parti libéral au sens strict. Ce n’est pas non plus un parti socialiste, il ne faut pas exagérer.
"

https://twitter.com/SudRadio/status/2019312876054340090

Patrick Roger : Vous êtes plus proche, d’ailleurs, des LR. Est-ce que ça veut dire que vous voulez rapprocher le RN des LR ? Votre objectif, c’est ça, l’union des droites, comme vous le dites, un bloc national.

Marion Maréchal : "Ce qui est sûr, c’est que l’une des missions que je souhaite exercer, et j’en parle en effet dans le livre, c’est d’être le trait d’union entre ce camp national et également Les Républicains. Pourquoi pas, d’ailleurs, jusqu’à une partie d’Horizons. Je dis bien une partie d’Horizons, parce que je pense qu’il y a des gens au sein d’Horizons avec qui on peut faire des choses. Je ne parle pas d’Édouard Philippe. Et ce trait d’union, je le pratique déjà au Parlement européen, puisque le groupe dans lequel je suis, qui est d’ailleurs celui de Giorgia Meloni également, est un groupe qui travaille avec François-Xavier Bellamy des LR, avec Jordan Bardella du RN."

Patrick Roger : Vous discutez avec Bruno Retailleau ?

Marion Maréchal : "Alors, j’ai un certain nombre de contacts, pas avec lui directement, pour être honnête, mais j’entretiens des relations avec un certain nombre de Républicains. Parce que je pense que la leçon que j’espère pouvoir porter auprès d’eux, c’est celle du budget. C’est-à-dire qu’en fait, quand les LR font le choix de s’allier avec les macronistes, ça finit avec le renoncement, l’impuissance et la victoire de la gauche et des socialistes."

"Et donc tout l’enjeu d’ici 2027 est de convaincre ces Républicains de dire : si vous croyez en ce que vous dites, si vous voulez défendre votre ligne, tournez-vous vers le camp national, changez votre stratégie d’alliance, parce que finalement vous vous rendez compte que vous êtes totalement cocus."

"Sarah Knafo ne gagnera pas la mairie de Paris"

Patrick Roger : Dans cette union, Sarah Knafo, c’est une adversaire ou une éventuelle partenaire ?

Marion Maréchal : "Écoutez, moi j’ai regardé ce que fait Sarah Knafo à Paris, et personne ne lui enlèvera son dynamisme. Maintenant, regardons quand même les choses en face : Sarah Knafo ne gagnera pas la mairie de Paris. La question maintenant, c’est de savoir ce qu’elle fera au second tour, si elle était qualifiée. J’ai cru comprendre qu’elle envisageait la possibilité de pouvoir se retirer, parce qu’elle ne veut pas, je cite, « faire perdre la droite » dans tous les cas. Mais si l’objectif, c’est de se qualifier pour se retirer et donc laisser le champ totalement libre à Rachida Dati, que je considère, moi, pardonnez-moi, comme totalement macronisée…"

https://twitter.com/SudRadio/status/2019315068077224170

"Qu’est-ce qu’elle fait de la droite aujourd’hui au ministère de la Culture ? Je n’ai pas vu, pardonnez-moi, dans son exercice en tant que ministre de la Culture, une rupture avec la politique de gauche que nous voyons depuis des années. C’est pour ça que je soutiens d’ailleurs la candidature de Thierry Mariani, qui est le candidat du Rassemblement national et de la coalition. Parce que si Thierry Mariani se qualifie au second tour, s’il passe la barre des 10 %, j’ai l’assurance d’avoir des élus qui seront les empêcheurs de tourner en rond, qui forceront Rachida Dati à conduire une politique de droite, parce qu’ils seront présents et qu’elle ne pourra pas faire sans eux."

Affaire Epstein : "Je pense que monsieur Jack Lang doit démissionner de l’Institut du monde arabe"

Patrick Roger : Marion Maréchal, un mot sur l’affaire Epstein après le grand déballage. Qu’est-ce que vous attendez, vous ? Est-ce qu’il faut une nouvelle enquête en France, une commission d’enquête parlementaire ?

Marion Maréchal : "Mais déjà, la première des choses, je pense que monsieur Jack Lang doit démissionner de l’Institut du monde arabe. Parce que, honnêtement, quand on voit aujourd’hui les liens privilégiés qu’il entretenait avec cette ordure, pardonnez-moi de le dire, au-delà d’ailleurs de tous les sujets dont on pourrait parler sur l’Institut du monde arabe, qui est quand même dans une situation financière douteuse, les polémiques passées sur les petits fours, et j’en passe, je pense que maintenant il devrait, par dignité personnelle, se démettre et cesser de représenter la France dans cet institut."

Patrick Roger : Vous appelez à la démission.

Marion Maréchal : "Voilà. Au moins, sa fille a eu cette dignité-là, puisqu’elle s’est démise de ses fonctions."

https://twitter.com/SudRadio/status/2019314013591556491

"Seuls les Français doivent pouvoir s’exprimer sur leurs élections en France"

Patrick Roger : Le droit de vote des étrangers non ressortissants de l’Union européenne aux municipales. C’est une proposition de loi écologiste qui a été adoptée en commission et qui sera discutée la semaine prochaine. Qu’en pensez-vous ?

Marion Maréchal : Ah oui, j’y suis évidemment extrêmement hostile. Je sais que LFI et l’extrême gauche capitalisent aujourd’hui sur le vote clientéliste de communautés extra-européennes. Mais si c’est cela, évidemment, ce serait un drame.
Moi, je suis même contre, je vais vous dire, le fait que nous puissions être ressortissants européens étrangers et voter aux élections locales. Pour moi, la citoyenneté va avec la nationalité. Seuls les Français doivent pouvoir s’exprimer sur leurs élections en France.

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"

Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
09H
08H
07H
Revenir
au direct

À Suivre
/