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Alain Duhamel : "François Hollande est au-dessus du lot chez les socialistes"

Par Aurélie Giraud

Alain Duhamel, éditorialiste, essayiste et auteur de "Les politiques - portraits et croquis" (Éditions de l'Observatoire), était “L’invité politique” sur Sud Radio. Il dresse le portrait des hommes et des femmes politiques de la 5è République.

Alain Duhamel
Alain Duhamel, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 6 février 2026, dans “L’invité politique”.

Présidentielle 2027, candidatures à gauche, primaire socialiste, retour possible de François Hollande, recompositions à droite, union des droites, tandem Marine Le Pen–Jordan Bardella, fin de second mandat d’Emmanuel Macron. Au micro de Sud Radio, Alain Duhamel a répondu aux questions de Maxime Lledo.   

"La candidature de Guedj, c’est la candidature de Taubira"

Maxime Lledo pour Sud Radio : La déclaration de candidature de Jérôme Guedj à la présidentielle vous surprend-elle ?
Alain Duhamel : “Non, pas vraiment. Mais la candidature de Guedj, si j’ose dire, c’est la candidature de Taubira. Ce sont des candidatures que l’on voit toujours apparaître au début des campagnes présidentielles.”

Ce type de candidature a-t-il une portée électorale réelle ?
“Non. Il y a toujours des candidats dont on sait très bien qu’ils ne joueront pas un rôle significatif pendant la campagne. Ils veulent exprimer quelque chose à un moment donné : une ambition, une différence, parfois un mécontentement.”

Cela signifie-t-il que Jérôme Guedj n’a pas de qualités politiques ?
“Pas du tout. C’est quelqu’un qui a du talent. Ce n’est pas un présidentiable, mais c’est un homme politique de talent. Pour la radio ou la télévision, il est parfait.”

La multiplication de ces candidatures ne banalise-t-elle pas la fonction présidentielle ?
“Il y a toujours eu, au début des campagnes, ce que j’appelle des figurants qui entrent en scène avant que les acteurs ne se préparent. C’est très démocratique et, en plus, ça occupe. Est-ce que c’est important pour l’élection présidentielle ? Évidemment pas.”

"François Hollande est plus habile que le reste des socialistes rassemblés"

À gauche, François Hollande apparaît comme une figure à part. Est-il réellement au-dessus des autres socialistes ?
“Chez les socialistes, il est au-dessus du lot. Intellectuellement, je pense qu’il l’est. En expérience, il est incomparable.”

Qu’est-ce qui le distingue le plus nettement de ses anciens partenaires politiques ?
“En habileté, il est plus habile que le reste des socialistes rassemblés. Et puis il y a un point que les journalistes connaissent très bien : c’est le meilleur analyste politique de la place de Paris.”

Vous allez jusqu’à dire qu’il analyse mieux la politique que les éditorialistes ?
“Oui. Il fait les meilleures analyses. Pour dire les choses simplement, il en fait de meilleures que moi. Il aurait fait un formidable éditorialiste s’il l’avait voulu.”

Son retour comme candidat à l’élection présidentielle de 2027 est-il crédible ?
“C’est quelque chose qu’on ne doit pas exclure. Politiquement, il a une tête de plus que les autres socialistes. Après, est-ce qu’il peut revenir réellement ? Ça reste totalement aléatoire.”

Peut-on considérer que sa carrière politique est derrière lui ?
“Avec François Hollande, il ne faut jamais se dire : c’est fini. En cela, il est un peu comme François Mitterrand.”

Jean-Luc Mélenchon reste une figure centrale à gauche. Comment analysez-vous ses évolutions idéologiques ?
“C’est quelqu’un qui a une grande culture, un grand talent et qui est un tribun exceptionnel. Il est né au Maroc, il aime profondément la culture méditerranéenne, la cohabitation des peuples. Ça l’a marqué durablement.”

Ses prises de position les plus récentes vous surprennent-elles ?
“Je ne dis pas que je les partage, je ne les partage pas. Mais je les comprends. Il a eu une enfance et une adolescence heureuses au Maroc, puis une arrivée en métropole beaucoup plus difficile. Il a la nostalgie de peuples différents arrivant à cohabiter. Je suis plus circonspect que lui, mais je comprends cette trajectoire.”

"L’union des droites sera forcément artificielle et nécessaire"

À droite, la question de l’union revient régulièrement. Est-elle crédible selon vous ?
“Elle sera forcément artificielle et forcément nécessaire. Pour gagner, il faut l’union des droites. Sinon, il n’y a aucune chance.”

Pourquoi dites-vous qu’elle sera artificielle ?
“Parce qu’entre un libéral modéré et quelqu’un comme Éric Ciotti, il y a une énorme différence. Mais c’est normal. Il y a des droites comme il y a des gauches.”

Cette difficulté est-elle propre à la droite ?
“Non. Le même problème se pose à droite comme à gauche : comment faire des alliances quand on est profondément différents les uns des autres ? C’est une question éternelle en politique.”

François-Xavier Bellamy incarne-t-il une figure crédible pour cette recomposition ?
“C’est un intellectuel brillant, cultivé, très courtois. Je le trouve sympathique. Mais ça ne suffit pas toujours. Être intelligent et cultivé ne garantit pas l’efficacité politique.”

"Bardella est l’invention de Marine Le Pen, qui a fonctionné"

Le duo Marine Le Pen–Jordan Bardella marquera-t-il durablement l’histoire politique française ?
“Chacun retiendra de Marine Le Pen ce qu’il veut. Pour ma part, je la critique beaucoup et je suis en désaccord sur à peu près tout.”

Reconnaissez-vous malgré tout une réussite politique majeure ?
“Oui. Elle a eu une énorme intuition en identifiant très tôt les qualités potentielles de Jordan Bardella.”

Peut-on dire qu’elle l’a construit politiquement ?
“Oui. Elle l’a inventé politiquement et son invention a fonctionné.”

Pourquoi est-ce si rare selon vous ?
“Parce qu’il est extrêmement rare de voir des responsables politiques importants avoir à la fois le plaisir et la volonté farouche de mettre en selle un successeur.”

Sarah Knafo s’impose de plus en plus dans le débat public. Comment l’analysez-vous ?
“Je ne partage absolument pas ses idées et je suis persuadé qu’elle est plus radicale qu’elle ne le montre. Mais c’est une jeune femme brillante, qui sait beaucoup de choses ou qui sait faire croire qu’elle les sait.”

Qu’est-ce qui fait sa force politique selon vous ?
“Elle ne doute de rien, surtout pas d’elle-même. Elle est vivante, entreprenante, ambitieuse, elle a du charisme. Ce n’est pas ma sensibilité politique, mais quand les gens ont du talent, ils ont du talent.”

"Les fins de deuxième mandat sont toujours crépusculaires"

Concernant Emmanuel Macron, quel regard portez-vous sur sa fin de mandat ?
“J’ai écrit deux livres sur Emmanuel Macron. C’est un personnage atypique. Intellectuellement, il a un niveau satisfaisant pour le pays. Politiquement, quand il est arrivé, c’était un amateur. Il n’avait pas trente ans d’expérience politique comme les autres présidents.”

Peut-on dire qu’il domine intellectuellement la politique sans toujours en maîtriser les codes ?
“Il absorbe les dossiers à une vitesse phénoménale, il se souvient de tout. C’est un débutant doué, mais encore un débutant. Il domine intellectuellement les dossiers, mais ça ne veut pas dire qu’il prend toujours les bonnes décisions.”

Sa fin de second mandat vous semble-t-elle plus difficile que celles de ses prédécesseurs ?
“Non, les fins de deuxième mandat sont toujours crépusculaires. Mitterrand, Chirac, De Gaulle… Macron n’échappe pas à la règle. C’est l’effet du temps et du pouvoir.”

Peut-on imaginer un retour d’Emmanuel Macron après 2027, voire en 2032 ?
“Il se mettra forcément en retrait après l’Élysée. Ensuite, il décidera s’il revient en politique ou s’il fait autre chose. Il pourrait aussi bien diriger une grande banque internationale. Les possibles restent ouverts.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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