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Faut-il rallumer les réverbères pour lutter contre l'insécurité ?

Faut-il rallumer les réverbères ? Devant des habitants inquiets, beaucoup de communes ont déjà choisi, tandis que certains candidats aux municipales le proposent, au motif que cela diminuerait l'insécurité. Mais éclairage réduit ne rime pas avec hausse de la criminalité, pointent les experts.

Roslan Rahman - AFP/Archives

Faut-il rallumer les réverbères ? Devant des habitants inquiets, beaucoup de communes ont déjà choisi, tandis que certains candidats aux municipales le proposent, au motif que cela diminuerait l'insécurité. Mais éclairage réduit ne rime pas avec hausse de la criminalité, pointent les experts.

Entre recherche d'économies et lutte contre la pollution lumineuse, plus d'un tiers des communes de France métropolitaine éteignaient leurs réverbères la nuit en 2024, selon des données publiques.

Cependant, face à l'angoisse de riverains, certaines font aujourd'hui machine arrière, et dans la campagne des municipales, des candidats en font un cheval de bataille, comme Pierre Jakubowicz (Horizons) à Strasbourg. A Paris, Sarah Knafo (Reconquête!) affirme même qu'un éclairage réduit "met en danger" les Parisiens.

Si la recherche confirme que l'obscurité alimente la peur de l'agression et un sentiment d'insécurité bien réel, l'extinction nocturne de l'éclairage public n'est à ce jour pas associée à une hausse de la criminalité elle-même.

La relation entre éclairage et insécurité est très complexe à étudier, observent les experts, notamment parce qu'une multitude de facteurs entrent en jeu.

Plusieurs études anglo-saxonnes observent qu'une extinction de l'éclairage public la nuit, ou sa diminution, n'est pas associée à une augmentation de la criminalité. Parmi les hypothèses évoquées: les habitants restent alors davantage chez eux le soir ; pour fracturer une voiture, encore faut-il y voir suffisamment...

D'autres travaux s'intéressant, eux, à l'amélioration de l'éclairage l'ont associée à une réduction de la criminalité dans les zones étudiées.

- "Repérer sa cible" -

Au final, "il n'y a pas de règle standard", souligne Vincent Francis, professeur en criminologie à l'université belge UC Louvain, auprès de l'AFP.

L'éclairage produit un "effet dissuasif sur les infractions pour lesquelles il accroît le risque (pour le malfaiteur, NDLR) d'être repéré (...), par exemple celles contre les personnes", mais "des études américaines montrent aussi que les vols à l'arraché sont plus facilement commis quand il y a un bon éclairage, qui permet de repérer la cible".

Tout dépend également du quartier: dans une zone résidentielle, si les habitants sortent moins parce que les réverbères sont éteints, les domiciles sont mieux surveillés et les cambriolages potentiellement moins nombreux.

Mais dans un centre ville très commerçant, l'effet sera inverse: moins de piétons dans les rues, c'est moins de personnes susceptibles de détecter des agissements suspects.

"Un meilleur éclairage de l'espace public ne conduit pas nécessairement à davantage de sécurité", et "des rues sombres ne conduisent en règle générale pas à une augmentation de la criminalité violente", résume de son côté la police berlinoise.

- "Boîte à outils" -

En France, aucune étude scientifique ou des autorités sur les effets d'un meilleur éclairage n'a à ce jour été publiée, et la seule s'intéressant aux effets des extinctions date de janvier 2026, avec des résultats pour l'heure préliminaires.

Le lien éclairage/insécurité "était, et c'est encore le cas, difficilement étudiable en France du fait de la (faible, NDLR) disponibilité des données", explique Chloé Beaudet, docteure en économie de l'environnement à l'Université Paris-Saclay et autrice de cette étude.

Elle y constate qu'entre 2017 et 2023, "contrairement aux arguments fréquents mis en avant par les opposants à ce type de politique, l'extinction de l'éclairage public n'a pas d'impact significatif sur la plupart des crimes".

Si les cambriolages ont légèrement augmenté (+0,35 pour 1.000 foyers), pour onze autres catégories de crimes, "aucun des coefficients estimés n'est statistiquement significatif, ce qui suggère qu'éteindre l'éclairage public n'a pas d'effet en moyenne sur ces crimes".

A Bordeaux, la plage horaire d'extinction a été réduite d'1H30 en février 2025, à 02H30-05H00, après des pétitions de riverains, même si, sur le terrain, "aucune statistique ne montre une corrélation entre extinction et criminalité", explique Marc Etcheverry, adjoint chargé de la sécurité. "Il faut aborder ces sujets de manière constructive et bienveillante en écoutant tout le monde", plaide-t-il.

"Il ne s'agit pas de dire oui ou non à l'éclairage public la nuit: c'est un outil, dans une boîte à outils", fait valoir Didier Poulhazan, chargé de mission sécurité et prévention de la délinquance à l'Association des maires de France (AMF), alors que des municipalités choisissent la voie médiane des variations de puissance selon les quartiers, les heures, ou la détection du passage d'un véhicule.

Par Gaëlle GEOFFROY / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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