Le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, qui rassemble plus de 200 médecins, appelle à une régulation renforcée et à des actions concrètes pour protéger les patients face à la banalisation de faux praticiens, souvent actifs sur les réseaux sociaux.
Quand l’esthétique se fait "sauvage"
La médecine esthétique — injections d’acide hyaluronique ou de toxine botulique, soins laser, peelings — connaît une popularité croissante en France, portée par une demande forte et une image banalisée sur les réseaux sociaux. Mais derrière cette démocratisation se développe ce que les professionnels appellent une médecine esthétique "sauvage", pratiquée par des personnes non qualifiées, hors des cabinets médicaux et sans respect des normes sanitaires. "Actuellement, en France, on a un vrai problème avec des non-médecins qui pratiquent illégalement, surtout auprès d'une population assez jeune, avec des drames, car nous avons même des gens qui sont en réanimation", alerte au micro de Sud Radio Catherine Plagellat, déléguée générale du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique.
Les données recueillies par le Conseil national de l’Ordre des médecins montrent une progression marquante des signalements d’actes illégaux : 128 cas en 2024, contre 62 en 2022, soit un signalement environ tous les trois jours. Ces actes concernent non seulement des injections d’acide hyaluronique ou de Botox, mais aussi des interventions plus lourdes comme des liposuccions ou liftings proposés en dehors de tout cadre médical. Et les risques sont bien réels. "Il y a une recrudescence du sida chez les jeunes, et on peut supposer que ça y participe, parce qu'ils reprennent les mêmes aiguilles", déplore Catherine Plagellat à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Les professionnels dénoncent la promotion agressive sur Instagram, TikTok ou Facebook de ces prestations illégales. Les comptes vantent des résultats spectaculaires à prix cassés, sans information sur les risques ou le cadre légal. Or, ne s'improvise pas médecin esthétique qui veut. "Un médecin esthétique peut venir de n'importe quelle spécialité. Le plus souvent, c'est des médecins généralistes qui se sont formés. Tout est post-universitaire", rappelle Catherine Plagellat au micro de Sud Radio.
Médecine esthétique ? Assurez-vous d'avoir affaire à un médecin
Alors, comment éviter de tomber sur un charlatan ? "Déjà, assurez-vous que vous avez affaire à un vrai médecin, qu'il est inscrit à l'Ordre des médecins. Si on vous donne rendez-vous dans un Airbnb ou au fond d'un garage en vous disant 'vous appelez quand vous arrivez devant', ou si on vous dit d'arriver avec de l'argent liquide, généralement ce n'est pas un cabinet médical. Maintenant ça se professionnalise : ils se font appeler docteur, ils disent qu'ils sont médecins dans un pays étranger. Il y a de vrais réseaux qui se mettent en place", alerte Catherine Plagellat.
Il arrive que des personnes qui ont utilisé les services d'un faux professionnel se tournent vers des médecins. Mais il n'est pas toujours possible de les secourir comme il se doit. "Certaines ne se tournent pas, en temps et un heure, vers un praticien, parce qu'il y a la honte. Pour celles qui vont à l'étranger, le problème est que, quand vous revenez et qu'il y a un problème, vous vous retrouvez face à un médecin français, qui vous dira : "attendez, c'est le dernier qui intervient qui est responsable". Allez prendre en charge une patiente dont vous ne savez pas ce qu'elle a fait, quel produit on lui a injecté. Il peut ne rien se passer de très grave, mais vous, derrière, vous réinjectez, et là il peut y avoir quelque chose. Et puis, certaines mentent en disant 'non, non, docteur, ne vous inquiétez pas, je n'ai pas fait ci, je n'ai pas fait ça'. Et puis, évidemment, elles ont fait mais n'osent pas le dire, parce qu'il y a de la honte à avouer certains gestes de médecine esthétique", poursuit Catherine Plagellat au micro de Sud Radio.
En effet, la multiplication des actes hors cadre médical expose à des risques sérieux, allant d’infections à des complications sévères. Les experts soulignent la nécessité d’une formation médicale rigoureuse, d’un cadre légal clair et d’une information publique accrue pour éviter que la quête de beauté ne mette en péril la santé des Français.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.