Entre régulation des accès, droits d’entrée et quotas de visiteurs, de nombreuses destinations emblématiques tentent de répondre à la saturation touristique. Mais derrière ces mesures, le concept même de surtourisme fait débat : pour certains experts, il masquerait surtout des problèmes de logement et d’aménagement, tandis que la contestation contre les locations de type Airbnb continue de s’amplifier.
De Rome à Venise, du Mont Saint-Michel au Japon, les sites touristiques essaient de limiter la fréquentation
À Rome, la fontaine de Trevi est devenue l’un des symboles de cette saturation touristique. Chaque jour, des milliers de visiteurs s’y pressent, rendant parfois la circulation impossible autour du monument. Pour y remédier, les autorités italiennes ont instauré des dispositifs de contrôle des flux, avec des jauges horaires et une surveillance renforcée. L’objectif est double : éviter les débordements et permettre aux touristes de profiter du site dans de meilleures conditions, tout en réduisant les dégradations.
Venise, souvent citée comme l’exemple le plus frappant du surtourisme, a franchi un pas supplémentaire. La Sérénissime a instauré un droit d’entrée de 5 euros pour les visiteurs à la journée, une mesure expérimentale destinée à limiter la fréquentation lors des périodes les plus chargées. Ce ticket n’empêche pas l’accès à la ville, mais il vise à décourager le tourisme de masse et à favoriser des séjours plus longs et plus respectueux.
Au Japon, la floraison des cerisiers attire traditionnellement des foules immenses. Cette année, dans certaines villes, des festivals liés aux cerisiers en fleurs ont été annulés ou fortement restreints afin d’éviter une concentration excessive de visiteurs. Les autorités locales invoquent à la fois des raisons de sécurité, de protection des espaces naturels et de tranquillité pour les riverains.
En France, le Mont Saint-Michel fait face à des problématiques similaires. Des mesures de régulation des accès, notamment via les parkings et les navettes, ont été mises en place pour lisser la fréquentation sur la journée. Sur l’Île-de-Bréhat, la municipalité a instauré des quotas quotidiens de visiteurs en haute saison, afin de préserver cet écosystème fragile et la qualité de vie des habitants permanents.
"Dénoncer le tourisme de masse est une erreur"
Pour Jean Pinard, président de Futourism, un cabinet de conseil en développement touristique et auteur d’une tribune dans Le Monde, “La notion de surtourisme relève du mépris de classe”, il convient de relativiser le phénomène de surtourisme. "À Barcelone, c'est plutôt un usage dévoyé des logements, qui étaient prévus pour loger des gens à l'année mais qui maintenant accueillent des gens uniquement pour une semaine ou 15 jours. Il est vrai que c'est un vrai problème. En revanche, quand on dénonce le surtourisme en dénonçant le toursime de masse, le fait que beaucoup de gens se déplacent au même endroit… Moi, je travaille pour le Cap d'Agde, c'est la plus grosse station européenne, il y a plus de 200.000 lits. Donc, quand il y a 200.000 personnes au mois d'août au Cap d'Agde, il n'y a pas trop de touristes, puisque ça a été aménagé pour les accueillir. Je fais souvent le parallèle avec le Stade de France : quand le Stade de France est plein à 80.000 personnes pour la finale de la Coupe du monde de rugby, il n'y a pas une sur-fréquentation du Stade de France !", a fait valoir Jean Pinard au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Comme le rappelle Jean Pinard, certaines destinations touristiques, qui se plaignent de sur-tourisme, s'efforcent au contraire d'augmenter l'afflux de touristes. "Il y a de très grosses fréquentations sur des sites naturels. Le premier à avoir réagi, c'est le parc des Calanques, qui a dit : 'pour que l'expérience des touristes ne soit pas trop dégradé, on prend le principe de la jauge, donc il faut limiter l'accès, et donc il faut réserver à l'avance'. Il y a aussi Venise qui a dit 'on va faire payer, comme ça on va limiter'. Mais c'est l'hypocrisie totale : la Ville de Venise financer l'aggrandissement de l'aéroport pour doubler la surface de l'aéroport et la capacité d'accueil des toursites à Venise !"
Selon Jean Pinard, les Français ont tort de se plaindre de sur-tourisme, c'est un mythe plus qu'autre chose. "Entre 2019 et 2024, l'augmentation des nuitées touristiques est de 1,7%. Donc, il n'y a pas eu de sur-fréquentation depuis 2019, c'est un mythe. Il y a juste eu des appréciations d'habitants de sites touristiques, qui sont plus agacés aujourd'hui. Et puis, vous savez, La Grande-Motte ou le Cap d'Agde, c'est des endroits qui ont été construits spécialement pour le tourisme, avant il n'y avait pas d'habitants là-bas. Donc, quand des habitants disent 'on veut moins de touristes', il ne faut quand même pas exagérer."
En toile de fond, le mouvement anti-Airbnb gagne du terrain. Dans de nombreuses villes et zones touristiques, les locations de courte durée sont accusées de raréfier le logement pour les résidents et de faire grimper les prix. Réglementations renforcées, limitations du nombre de nuitées ou interdictions ciblées témoignent d’une volonté politique de rééquilibrer l’usage des territoires.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.