« Nous apprenons que les magistrats rendront leur décision dans le procès des collaborateurs du Front national le 7 juillet 2026. Un peu plus de cinq mois d’attente. Certes, les tribunaux sont encombrés, les dossiers s’accumulent. Les magistrats ont besoin de temps. Il faut ensuite rédiger les attendus du verdict avec des termes d’une extrême précision, car cette décision engage l’avenir de la France.
La responsabilité qui repose sur les épaules de Madame Michèle Agy, présidente de la Cour d’appel, est considérable : avec ses deux assesseurs, elle prendra une décision qui, effectivement, engage l’avenir du pays.
"D’où vient cette affaire ?"
On peut alors s’interroger : d’où vient cette affaire ? Elle trouve son origine dans un épisode désormais bien connu. Un jour, le ministre socialiste de l’Économie et des Finances, Jérôme Cahuzac, a nié devant l’Assemblée nationale, puis face à notre confrère Jean-Jacques Bourdin, les yeux dans les yeux, détenir des comptes illicites à l’étranger. Le mensonge ayant été établi, Jérôme Cahuzac l’a reconnu publiquement, humiliant tous ceux qui lui avaient accordé leur confiance, à commencer par le président de la République de l’époque, François Hollande.
Dans la précipitation, il a fallu prendre une mesure politique pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise. L’Assemblée nationale a donc voté, en octobre 2013, une loi encadrant plus strictement les comportements financiers des élus de la République. Cette loi impose une transparence totale, une limpidité complète sur les financements personnels et politiques de la classe dirigeante.
🇫🇷 Les étrangetés du procès Le Pen
— Sud Radio (@SudRadio) February 12, 2026
🗣️ @perikolegasse :"En 2027, le résultat des élections dépendra de la décision d’une magistrate. Le pouvoir judiciaire va décider de l’avenir de la République française"
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"Une affaire concernant le Parlement européen, jugée par la justice française"
C’est précisément cette loi à laquelle Marine Le Pen et les responsables du Rassemblement national — à l’époque le Front national — se trouvent aujourd’hui confrontés. Charles Mignon, que nous recevions récemment, soulignait ce qu’il considère comme une anomalie : il s’agit d’une affaire concernant le Parlement européen, jugée par la justice française, avec en toile de fond un enjeu politique strictement français, l’élection présidentielle de 2027.
C’est un peu comme si vous fraudiez à la RATP avec votre carte Navigo et que l’on vous retirait, en sanction, votre carte SNCF, vous interdisant de prendre le TGV. Certes, tout cela relève du même ensemble, mais la sanction paraît décalée. Néanmoins, c’est la loi. On ne reviendra pas dessus.
"Votre décision va peser sur l’Histoire"
Madame Michèle Agy, magistrate parfaitement légitime dont nul ne conteste les compétences, décidera, avec ses assesseurs, en son âme et conscience. C’est la réalité de cette situation. Le 7 juillet, nous saurons si le Rassemblement national, aujourd’hui premier parti de France en nombre de voix, pourra désigner librement son candidat à l’élection présidentielle.
Autrement dit, en 2027, le résultat de l’élection pourrait dépendre de la décision d’un magistrat. Cela engage la France, mais aussi l’Europe. Et, la France demeurant une puissance majeure, cela concerne d’une certaine manière l’équilibre international. On mesure ainsi la responsabilité qui pèse sur cette magistrate. L’avocat, Maître Bosselut, l’a d’ailleurs souligné à la fin de sa plaidoirie : « Votre décision va peser sur l’Histoire, va peser sur la France. »
La justice "n'est pas un pouvoir"
Il n’est pas inutile de rappeler que le général de Gaulle, lors de l’élaboration de la Constitution de la Ve République, distinguait le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, mais refusait de parler de « pouvoir judiciaire ». Il évoquait une « autorité judiciaire ». Ce n’est pas un pouvoir, disait-il.
Le pouvoir exécutif, c’est le gouvernement et le président de la République. Le pouvoir législatif, c’est le Parlement, avec les sénateurs et les députés. Et il y a l’autorité judiciaire. Or, le 7 juillet prochain, quoi qu’on en dise, ce sera bien, d’une certaine manière, le pouvoir judiciaire — et non la seule autorité judiciaire — qui aura décidé de l’avenir politique immédiat de la République française. »
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