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Sport en France : la variable d’ajustement délaissée par l’État

DECRYPTAGE SUD RADIO - Alors que le sport ne représente qu’une infime partie du budget national (0,2%), il reste l’un des premiers secteurs touchés dès que les finances publiques se resserrent. Car malgré la réussite des Jeux Olympiques en 2024 et la promesse d’un héritage durable, une nouvelle baisse du budget alloué au sport a été actée dans le projet de loi de finances 2026.

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Le sport reste l’un des premiers secteurs touchés dès que les finances publiques se resserrent.

En France, le sport occupe une place étrange, paradoxale voire schizophrénique. Si tout le monde s’accorde à dire qu’il est essentiel, moteur de santé publique, de cohésion et de compétitivité, il reste l’un des premiers secteurs pris pour cible au moment de réduire la manne budgétaire. Pour preuve, un an seulement après les Jeux de Paris 2024 qui devaient laisser un héritage durable à la France, le projet de loi de finances 2026 prévoit de faire baisser à nouveau les financements alloués au sport. Une douche froide, surtout pour ceux qui comptaient sur l’élan olympique pour inscrire le sport durablement dans les politiques publiques et le tissu sociétal.

Le sport, petit budget et grande fragilité

Car les chiffres sont sans appel. La mission "Sports, Jeunesse et Vie associative" pourrait voir son enveloppe diminuer de 15 % l’an prochain, alors qu’elle ne représente que le sport ne compte que pour 0,2% du budget total de l’État. Le ''programme 219'', colonne vertébrale du financement du sport, prévoit notamment de passer de 593 M€ à 554 M€ (-6,5 %). 

Les autorisations d’engagement, elles, chutent encore davantage atteignant -18,2 %. Une baisse qui réduit drastiquement la capacité du pays à planifier de nouveaux équipements ou des projets structurants. Et puis, il y a les signaux plus discrets mais tout aussi inquiétants. Parmi eux, la suppression de 26 postes de conseillers techniques sportifs. Tant de mesures qui confirment que le sport demeure dans notre pays  la variable d’ajustement privilégiée au moment des arbitrages budgétaires.

Un secteur économique majeur mais fragilisé

Pourtant, au-delà de son rôle social et sanitaire, le sport constitue un pilier économique souvent sous-estimé. La filière sportive française représente près de 64 milliards d’euros, soit 2,6 % du PIB. Le sport irrigue donc l’économie, l’emploi et le tissu social, bien au-delà de sa part minime dans le budget national. Pourtant, cette puissance économique est constamment fragilisée par les baisses régulières de fonds publics. Car lorsque les moyens diminuent, c’est l’ensemble de l’embarcation qui tangue.

Les communes tentent de maintenir le cap

En effet, cette baisse de budget va impliquer l’ensemble des acteurs du sport. Dans les collectivités, l’heure n’est plus aux nouveaux projets flamboyants mais à la gestion serrée. À Fontaine-les-Dijons, l’adjoint aux Sports Patrick Zanini « essaye de maintenir un niveau de subvention au niveau des clubs pour qu’ils fonctionnent ». Mais il admet déjà « qu’il y aura une réduction des constructions neuves » et que la commune devra recentrer ses efforts sur « la rénovation de bâtiments » plutôt qu’à l’installation de nouvelles structures.

À Saint-Vite dans le Lot-et-Garonne, la situation est bien plus brutale. Le maire Daniel Boury l’affirme : sa commune vit la baisse « très difficilement ». Ses clubs seront privés de financements auxquels ils avaient accès « par les ministères et les fédérations ». « Ça devient de plus en plus compliqué » pour les soutenir poursuit-il.

« La douche froide » post-olympique

Pour lui, l’impact dépasse les chiffres et y voit « un très mauvais signal » qui contraste avec l’ambiance post-olympique. « On a eu des champions, de nombreuses médailles, une euphorie dans le pays. Et aujourd’hui, c’est la douche froide » explique-t-il, rappelant que le sport reste « une école de la vie » pour la jeunesse, regrettant que l’État envoie le message inverse.

Un secteur associatif mis à l’épreuve

Dans ce nouveau paysage sous contrainte, les associations sportives jouent également leur survie. Déjà fragilisées par l’inflation ou la perte d’adhérents, elles voient désormais les financements publics se raréfier. Pour Renaud Alain, agent des Sports en Île-de-France, les conséquences sont immédiates et la baisse du budget se traduit par une nouvelle difficulté. En effet, avec cette nouvelle chute du budget, « il devient difficile d’aller chercher des partenaires » estimant qu’ils ne sont « plus en mesure de suivre les différentes associations et collectivités à cause d’inflation ».

La désillusion chez les professionnels

Car ce sentiment craintif est également partagé par les professionnels. Pour Julien Gauthier, directeur commercial chez Husson International, entreprise d’infrastructures sportives en plein air pour enfants, le constat est simple : « La part du sport dans le budget national est largement insuffisante ». Il explique « qu’investir dans le sport n’est pas une dépense perdue. Elle permet de gagner sur d’autres budgets à long terme, notamment la santé ».

Même constat du côté des nouvelles pratiques sportives. Dominique Desbouillons, créateur du Homeball, sent déjà le vent tourner. Il sait que les nouvelles disciplines, celles qui n’ont pas encore trouvé leur place dans les budgets municipaux, risquent d’être « les premières sacrifiées ». Il appelle ainsi les élus à « ne pas stopper le sport », rappelant qu’il s’agit d’« un enjeu collectif » autant pour la santé que pour la vie en communauté.

Un investissement sanitaire sous-évalué

Car oui, le sport est également un important levier de santé publique. D’après les partenaires sociaux du sport, les économies générées par l’activité physique atteignent entre 194 et 254 milliards d’euros par an. Rien que pour la santé, l’activité régulière permettrait d’éviter 140 milliards d’euros de dépenses liées aux maladies chroniques, à l’absentéisme ou aux arrêts de travail. 

Concrètement, un euro investi dans le sport pourrait générer jusqu’à 13 euros d’économies publiques d’après une étude sur l'impact Social Sociétal et Économique du Sport. Pour les collectivités locales, réduire les investissements sportifs revient donc à reporter des coûts bien plus élevés dans les années suivantes, en plus de nuire à la cohésion sociale au sein des collectivités.

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