single.php

Nicolas Forissier : "Le vote du Mercosur ne signifie pas qu'il sera appliqué demain"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Mercosur, Emmanuel Macron et le nouvel impérialisme : Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Nicolas Forissier
Nicolas Forissier interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 9 janvier 2026 dans “L’invité politique”.

Mercosur, filières agricoles, vote européen, risque de censure du gouvernement, taxe carbone aux frontières, engrais, Politique agricole commune (PAC), Chine. Au micro de Sud Radio, Nicolas Forissier a fait le tour de l'actualité et répondu aux questions de Maxime Lledo.   


"La décision d'Emmanuel Macron est une position extrêmement forte"

Maxime Lledo pour Sud Radio : Le président de la République a annoncé que la France votera non au traité du Mercosur. Qu’est-ce que ça change concrètement ?
Nicolas Fourissier : “Je pense que ça change beaucoup parce que c’est une position extrêmement forte. Contrairement à ce que j’entends, ce n’est pas un acte symbolique. La France est un grand pays agricole, le premier de l’Union européenne, et ne peut pas accepter que, même s’il y a des avantages dans cet accord du Mercosur, il y ait des risques qui pèsent sur certaines filières comme la bovine, la volaille, le sucre ou le miel. Ça, on ne peut pas l’accepter.”

Certains disent pourtant que ce non est purement symbolique.
“Non, ce n’est pas symbolique. On a mené un bras de fer, on a exigé un certain nombre de choses, on a obtenu pas mal de garanties, comme l’augmentation du budget de la Politique agricole commune ou la suppression des surcoûts sur les engrais pour les agriculteurs. Mais ce n’est pas suffisant, on est loin du compte, et donc on dit non.”

Ce vote signifie-t-il que l’accord est enterré ?
“Pas du tout. Le vote qui va avoir lieu va autoriser la prise de décision, mais il ne signifie pas que l’accord du Mercosur sera applicable demain. Ce n’est pas ça. C’est un processus qui va nous conduire à une deuxième étape, celle du Parlement européen.”

Au Parlement européen, certains élus demandent la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne. Est-ce une option ?
“En tant que ministre, je n’ai pas à intervenir dans le législatif. Il y a une séparation des pouvoirs et c’est très bien comme ça. Mais le Parlement européen a la possibilité de demander la saisine de la Cour de justice pour vérifier si la procédure a été conduite correctement et si ce traité a juridiquement le droit d’être mis en œuvre.”

Quelles seraient les conséquences d’une telle saisine ?
“Si la Cour de justice est saisie par le Parlement européen, il y a suspension. En général, la Cour rend ses décisions dans un délai d’un an et demi. Pendant ce temps-là, l’accord ne s’applique pas. En revanche, si la France en tant qu’État demandait la saisine, ce ne serait pas suspensif.”

Souhaitez-vous cette saisine ?
“Je souhaite que ce débat s’apaise. Et si cela peut permettre d’engranger encore plus d’éléments qui protègent notre agriculture, et de nous donner du temps pour négocier, j’y suis évidemment sensible. Mais je ne peux pas dire plus.”

"Le Mercosur a du bon"

Des responsables politiques affirment que la France se tire une balle dans le pied économiquement.
“La vérité, c’est que cet accord a beaucoup d’intérêt pour les filières industrielles, pour l’accès aux services, pour un certain nombre de secteurs.”

Vous reconnaissez donc des aspects positifs ?
“Oui, le Mercosur a du bon pour le lait, le fromage, le vin, les spiritueux.”

Pourquoi alors refuser l’accord ?
“Parce qu’il peut être très dangereux si on n’obtient pas les protections nécessaires pour les éleveurs bovins, les éleveurs de volailles, les producteurs de miel, de sucre ou d’éthanol.”

Selon vous, le débat est-il honnête ?
“Ce qui me sidère, c’est de voir certains responsables politiques essayer d’utiliser la colère. La vérité, c’est qu’il faut dire que cet accord a de l’intérêt pour certaines filières, mais qu’en l’état, nous n’avons pas tout obtenu pour protéger les filières sensibles de l’agriculture française.”

Pourquoi la France maintient-elle cette ligne dure ?
“Parce que nous sommes un grand pays agricole et que nous nous battons pour les agriculteurs. En l’état, nous n’acceptons pas parce que nous n’avons pas obtenu toutes les garanties nécessaires.”

"Ce serait un comble que l’on nous censure, car le gouvernement défend les agriculteurs"

Jordan Bardella évoque une motion de censure sur le Mercosur. Craignez-vous une chute du gouvernement ?
“Ce serait quand même un comble qu’on nous censure parce que le gouvernement défend les agriculteurs français.”

Vous parlez de récupération politique ?
“Oui, il y a du populisme, de la récupération. Dans cette affaire, le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour défendre les agriculteurs français.”

Certains accusent l’exécutif de faiblesse.
“C’est l’inverse. La France est forte quand elle affirme ce qu’elle est, son identité. On tire aussi les conséquences de ce que demandent nos parlementaires, qui sont unanimes, et de ce que demandent nos agriculteurs.”

Vous êtes personnellement engagé sur ce sujet ?
“Je suis le fils d’éleveur, élu d’une région d’élevage, et pour moi c’est extrêmement important, y compris en termes de conviction personnelle. On se bat pour les agriculteurs.”

"Il n’y aura pas de surcoût des engrais ni en 2026 ni en 2027"

La taxe carbone aux frontières inquiète fortement les agriculteurs, notamment sur les engrais.
“Ce mécanisme est plutôt vertueux, mais sur le cas des engrais, il y a un sujet très concret : cela renchérissait le coût des engrais importés à un moment où les agriculteurs sont déjà fragilisés.”

Qu’avez-vous obtenu concrètement ?
“Nous avons obtenu de l’Union européenne de neutraliser ce surcoût.”

Cela signifie-t-il une exonération durable ?
“Il n’y aura pas de surcoût ni en 2026 ni en 2027, puisque la plupart des commandes de 2027 seront faites au prix de 2026.”

Vous parlez d’une victoire ?
“Oui, c’est une grande victoire.”

Avec quelles autres avancées ?
“L’augmentation de l’enveloppe de la Politique agricole commune, la suppression du surcoût des engrais, la clause de sauvegarde renforcée sur le Mercosur, ce sont des victoires pour la France.”

"Avec la Chine, il faut réaffirmer notre fermeté"

Les tensions commerciales mondiales s’aggravent. Comment l’Europe doit-elle réagir ?
“Il y a un énorme bouleversement en cours. Les tensions commerciales sont considérables et elles conduisent les Européens à réagir.”

Contrairement à ce que l’on entend parfois, l’Europe est-elle à la traîne ?
“Ce n’est pas vrai. Il y a une prise de conscience, une structuration de l’Union européenne sur les questions de défense, économiques et de protection douanière, et la France est hyper motrice.”

Sur la Chine, êtes-vous prêt à aller au bras de fer ?
“Il faut à la fois conserver cette relation particulière qui existe entre la France et la Chine, mais il faut aussi réaffirmer notre fermeté.”

Les taxes sont-elles un levier crédible ?
“C’est une arme qu’ils utilisent eux-mêmes. Pourquoi est-ce qu’on ne l’utiliserait pas ?”

La position française a-t-elle changé ?
“Le fait que la France et l’Europe ne soient plus naïves, y compris et peut-être en particulier sur le commerce, c’est une évolution majeure.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !

L'info en continu
23H
22H
21H
19H
18H
17H
16H
15H
14H
13H
Revenir
au direct

À Suivre
/