“Soutenir les agriculteurs, c’est consommer leurs produits” : tel est l’appel du chef cuisinier français étoilé Frédéric Vardon alors que la 62e édition du Salon de l'Agriculture bat son plein, au micro de Sud Radio. Homme d'excellence et de goût, il jette un regard lucide sur la santé actuelle de l'agriculture française. "On ne va pas dire qu'elle subit 62 ans de déclin, mais une bonne quarantaine d’années, estime-t-il depuis les allées du Salon de l'Agriculture. Le restaurateur n’existe pas sans agriculture, sans marché. C’est notre culture, la culture gastronomique française, de nos terroirs, de nos régions."
"Les produits français sont un peu boudés, car un peu plus chers"
Les Français aiment tous les agriculteurs, mais consomment-ils assez leurs productions ? "On se rend compte que dans le panier moyen, les produits français sont un peu boudés, car un peu plus chers. Nous avons nos normes. C’est sûr qu’une tomate qui traverse la mer du Maroc est très bonne, mais son producteur gagne au maximum 100 euros par mois. On doit réformer notre pays. Si on veut rester compétitif, il va falloir qu'on produise. Je vous rappelle quand même que nous étions autonomes dans la filière avicole il y a une quinzaine d'années ou une vingtaine d'années, je n'ai pas le chiffre exact. Aujourd'hui, on importe plus de 50% de ce qu'on consomme en volailles et produits dérivés. Même quand cette nourriture de base était un truc pas terrible, au moins c'était la nôtre et on la contrôlait !"
"On était les leaders mondiaux de fromage mais peut-être que dans quinze ans, on importera le camembert !"
"Alors qu'aujourd'hui, poursuit-il, avec toutes les normes qu'on a, on va laisser faire les autres. Oui mais les autres, ils se sont modernisés, ils ont appris à produire et à produire comme nous, nous le faisions. Et maintenant, notre balance commerciale est déficitaire. Je rappelle quand même que Charles de Gaulle avait dit "c'est difficile de gouverner un pays aux 250 fromages". On était les leaders mondiaux mais peut-être que dans quinze ans, on importera le camembert !"
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🗣️@FredericVardon : "Notre indépendance alimentaire doit être une cause nationale. On envoie de l'argent partout dans le monde pour aider les autres… Aidons-nous nous-mêmes !" #GrandMatin @lacoopagricole
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"Le prix de notre indépendance alimentaire et de la préservation de ses territoires doit être une cause nationale"
Et de lancer un appel à la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard : "Il faut sensibiliser à une agriculture de saison et sensibiliser au fait que, effectivement, le prix est une chose mais le prix de son indépendance alimentaire et de la préservation de ses territoires doit être une cause nationale. On envoie de l'argent partout dans le monde pour aider les uns et les autres, soyons clairs : aidons-nous nous-mêmes !"
"Je suis comme les Français, quand je fais mon marché, je regarde"
"Je suis comme les Français, quand je fais mon marché, je regarde, confie le chef cuisinier français étoilé Frédéric Vardon, sur l'antenne de Sud Radio. Très souvent un produit brut comme un poulet a plusieurs utilisations : on va le manger rôti, mettre la carcasse avec des épluchures de légumes en bouillon… À un moment donné, il faut aussi cuisiner. Le plat tout fait ou déjà préparé à 50% coûte plus cher. Le prix d’une pâte à tarte au kilo est exorbitant. Mais tout le monde arrive à faire une pâte sablée."
"Dans la grande distribution, on sait très rarement ce que l’on achète"
"Aujourd’hui, tout le mode a un smartphone et accès à tous les tutoriels. Par contre, dans la grande distribution, le fléchage des produits n’est pas bien fait. On sait très rarement ce que l’on achète. Si le consommateur avait une vraie indication sur d’où viennent les produits, il se dirait peut-être « non, je ne peux pas faire cela ».
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