"Le danger prioritaire pour la France, évidemment, c’est la France insoumise." Au micro de Sud Radio, François-Xavier Bellamy a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Loi sur la fin de vie : "Je ne crois pas qu’il faille mourir dans la dignité avant d’être devenu dépendant"
Jean-François Achilli : François-Xavier Bellamy, vous avez signé cette tribune dans Le Figaro. Vous dites : « Quand notre système de santé est menacé d’asphyxie, la paresse politique propose aux patients d’en finir ». Il est question de l’aide à mourir. Ça y est, le texte a été voté en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. C’est un jour particulier pour vous ?
François-Xavier Bellamy : "C’est un jour particulier pour la France. Ce n’est pas le dernier jour, parce que ce texte a encore beaucoup de chemin à faire avant de rentrer dans notre droit. Et je crois qu’il est encore temps d’éveiller les consciences des Français sur ce qui se joue aujourd’hui, parce que cette loi nous engage tous."
"La question de la mort fait partie de chacune de nos vies. D’abord la mort de nos proches, de ceux que nous aimons, et puis notre propre mort à nous. Nous serons tous un jour en fin de vie. Nous vivrons tous l’expérience de la maladie. Nous vivrons tous l’expérience de la dépendance. Moi, je ne crois pas qu’il faille mourir dans la dignité avant d’être devenu dépendant. La dépendance, c’est la condition humaine. Nous sommes tous dépendants de ceux qui nous entourent, d’une manière plus ou moins palpable, plus ou moins visible. Mais ce que vivent les personnes qui portent un handicap, ce que vivent les malades, ce que vivent nos aînés, ceux qui sont dans le plus grand âge, c’est au fond la condition humaine elle-même : l’expérience de la dépendance. Et je crois qu’il y a une forme de très grand danger dans l’idée que, parce que quelqu’un souffre, cela justifie de le tuer. Parce que c’est de ça qu’on parle. Parce que quelqu’un souffre, il faudrait mettre fin à sa souffrance en mettant fin à sa vie."
"Cette loi est d’autant plus absurde qu’elle arrive au moment où nous en avons le moins besoin. Parce qu’aujourd’hui, nous vivons ce que ceux qui nous ont précédés n’ont pas eu la chance de vivre. Nous vivons une époque où la souffrance n’est pas une fatalité. Nous savons soigner. C’est pour ça que tous les médecins qui travaillent en soins palliatifs, tous les soignants, sont dans leur écrasante majorité opposés à cette loi, parce qu’ils savent que soigner, c’est possible quand on veut."
"Et la question qui se pose à notre pays aujourd’hui, c’est : voulons-nous soigner ? Voulons-nous reconstruire le système de santé qui fera que, à la demande qui s’exprime parfois au cœur de la maladie, la demande d’en finir, nous répondrons par le soin plutôt que par le fait d’aider à mourir ?"
"Ce sont des parlementaires de gauche qui disent lutter contre les profits, contre le capitalisme, qui ont voté pour que la mort puisse devenir une activité lucrative"
Jean-François Achilli : Vous dites : "Ce n’est pas fini." Ça veut dire quoi ? La droite républicaine au Sénat, où elle est majoritaire, va batailler de nouveau ?
François-Xavier Bellamy :" Le Sénat a rejeté cette proposition de loi. Le Sénat a rappelé que le devoir d’un pays, c’est d’aider à vivre et pas d’aider à mourir. Et moi, je voudrais dire un immense merci aujourd’hui — je ne suis pas parlementaire à l’Assemblée ou au Sénat — à tous les députés, tous les sénateurs de droite, mais plus largement de tous les bancs, parce qu’il y a eu des parlementaires de gauche, il y a des parlementaires de tous les camps qui disent aujourd’hui leur inquiétude devant cet agenda."
"Je voudrais ce matin saisir cette occasion pour demander à toute la gauche où elle a bien pu passer. Est-ce que les Français savent que, dans ce texte, il est question par exemple de pénaliser ce qui s’appelle grossièrement le délit d’entrave ? C’est-à-dire que si quelqu’un autour de vous dit qu’il voudrait mourir aujourd’hui, vouloir le convaincre de vivre, de retrouver le sens de la vie, ce serait faire entrave à cette loi."
"Aujourd’hui, il est question d’expliquer qu’en 48 heures, vous devez pouvoir avoir le délai de réflexion, et déjà l’injection létale. Le droit protège les consommateurs : vous avez 14 jours si vous achetez n’importe quel produit dans un supermarché, 14 jours pour vous rétracter. En deux jours, en revanche, vous serez mort. Donc on protège mieux le consommateur ordinaire que celui qui demande la mort."
"Dernier élément qui m’a beaucoup marqué dans ce débat : un amendement a été déposé par des parlementaires qui tentent d’alerter sur le risque de cette dérive en disant que la mort ne devrait jamais devenir un business, que l’euthanasie ne devrait jamais se faire à but lucratif. Eh bien ce sont des parlementaires de gauche qui ont voté contre ça. Ce sont des parlementaires de gauche qui disent lutter contre les profits, contre le capitalisme, qui ont voté pour que la mort puisse devenir une activité lucrative. Mais où est la gauche aujourd’hui ? Il faut défendre les plus faibles, les plus fragiles, les plus vulnérables."
Jean-François Achilli : Pas sûr que la loi soit votée avant l’été.
François-Xavier Bellamy : "Quelque chose d’incroyable : j’ai passé ma journée hier au Salon de l’agriculture. Les agriculteurs attendent avec impatience la loi d’urgence qu’on leur a promise. Une loi qui, en urgence, pourrait débloquer des éléments fondamentaux pour faire vivre notre modèle agricole. Bon, cette loi, manifestement, elle a disparu. Il faut croire que l’agriculture n’est plus une urgence. En revanche, la fin de vie, c’est une urgence absolue et, pour les gens qui la défendent, il faudrait aboutir le plus rapidement possible."
"Moi, je crois que l’urgence absolue, c’est de reconstruire les soins palliatifs, de reconstruire notre système de santé, de faire que tous les Français demain aient la certitude que, quand ils seront malades, la santé de notre pays prendra vraiment soin d’eux, plutôt que de faire en sorte que, le plus vite possible, on les pousse vers la sortie."
Municipales : "Le plus important, c’est qu’à Paris il puisse y avoir l’alternance dont les Parisiens ont tellement besoin"
Jean-François Achilli : François-Xavier Bellamy, dans 18 jours, le premier tour des élections municipales. Rachida Dati qui démissionne du ministère de la Culture, vous dites quoi ? Il était temps ?
François-Xavier Bellamy : "Le plus important, c’est d’abord qu’à Paris il puisse y avoir l’alternance dont les Parisiens ont tellement besoin. Tous les Français aiment Paris, tous les Français tiennent à cette ville. Tous les Français souffrent de voir ce qu’elle est en train de devenir."
"Le sujet qui intéresse les gens, c’est : comment est-ce que l’alternance est possible à Paris ? Je suis très surpris de voir qu’aujourd’hui, certains font le choix de menacer la possibilité de ce changement si nécessaire pour la ville."
Jean-François Achilli : Sarah Knafo, à votre place lundi, disait : « Moi, je suis pour une alliance avec toute la droite à Paris pour essayer de changer la capitale. » Vous la croisez au Parlement européen, vous la connaissez bien. Vous êtes d’accord pour une alliance avec Sarah Knafo à Paris ?
François-Xavier Bellamy : "On revit ce que j’ai vécu comme candidat à l’élection européenne. Ceux qui parlent le plus d’union et d’alliance sont ceux qui créent des chapelles supplémentaires."
"Encore une fois, je le redis, le sujet pour moi, c’est le soir du premier tour : tout faire pour que Paris puisse connaître l’alternance. C’est la seule chose qui compte. C’est la seule chose qui intéresse les Parisiens, et au-delà des Parisiens, tous les Français. Parce que Paris, ces dernières années, est le symbole de ce que beaucoup de métropoles en France ont vécu : une forme de barricade qui prive la ville de tous ceux qui habitent autour d’elle."
"Si vous voulez que la droite gagne, si vous voulez sortir la gauche, si vous voulez éviter que la gauche continue d’abîmer nos villes, alors c’est pour LR qu’il faut voter au premier tour"
Jean-François Achilli : Vous avez vu ce qu’a dit Marine Le Pen, hier soir sur BFM TV. À la question : "Y aura-t-il des alliances de second tour entre le RN et vous, Les Républicains ?", elle répond : "Nous analyserons au cas par cas."
François-Xavier Bellamy : "Simultanément, Marine Le Pen dit aussi que le RN se maintiendra partout où il a été qualifié. Donc c’est difficile de suivre le raisonnement jusqu’au bout. La seule question qui se pose — et moi je le redis — la réalité, ce sont les électeurs qui la décideront."
"Je voudrais dire à tous les électeurs français qui veulent aujourd’hui que la gauche perde le pouvoir dans des villes qu’elle a tellement abîmées — on parlait de Paris, mais ce n’est pas seulement Paris, c’est Nantes, c’est Grenoble, c’est Strasbourg, c’est Lyon, c’est Bordeaux — dans toutes ces villes où il faut permettre l’alternance, les candidats qui peuvent le plus permettre cette alternance, ce sont les candidats de la droite."
"La droite aujourd’hui, Les Républicains, sont en difficulté dans la vie politique nationale. On connaît une crise, comme notre pays tout entier traverse une crise. On va se reconstruire, on doit se reconstruire pour l’élection présidentielle. Mais en revanche, au plan local, nous sommes la première force politique locale. Nous sommes la formation politique qui a le plus grand nombre d’élus locaux en France. Et nous sommes, avec nos candidats, la formation politique qui peut partout permettre l’alternance."
"Je le dis à tous les Français : le premier tour n’est pas joué. Les sondages sont des sondages. Si vous voulez que la droite gagne, si vous voulez sortir la gauche, si vous voulez éviter que la gauche continue d’abîmer nos villes, alors c’est pour LR qu’il faut voter au premier tour, pour les candidats républicains."
"Ce qui compte, ce n’est pas qu’on réunisse des appareils. Ce qui compte, c’est qu’on réunisse des électeurs autour de projets clairs. Le vrai sujet, ce n’est pas de réfléchir sur des seconds tours qui n’existent pas encore. C’est de permettre que l’alternance soit possible. Et pour que l’alternance soit possible, il faut qu’au second tour, partout en France, il y ait des candidats de droite qui puissent construire une majorité politique dans toutes les villes où le changement est indispensable."
"Un cordon sanitaire autour de La France Insoumise, c’est une nécessité absolue"
Jean-François Achilli : François-Xavier Bellamy, le drame national, la mort de Quentin à Lyon. Pour Bruno Retailleau, LFI, ce sont les initiales de « la France indécente ». Ce parti n’est plus dans l’arc républicain. Est-ce qu’il faut le dissoudre à un moment donné ? Quel est votre regard là-dessus ?
François-Xavier Bellamy : "Il faut le combattre et il faut le combattre politiquement. Moi, je crois à la nécessité de combattre sur le terrain politique cette force qui, en effet, a fait le choix de rompre avec les principes fondamentaux de notre vie démocratique."
"Un cordon sanitaire autour de La France Insoumise, c’est une nécessité absolue. Qui peut ne pas le voir aujourd’hui ? Et comment pouvons-nous accepter des leçons de barrage républicain de la part de gens qui ont pactisé, et surtout qui sont prêts à pactiser à nouveau avec la France insoumise ? Aujourd’hui, nous le voyons dans notre pays : la France insoumise tue. L’extrême gauche tue. Parce que cette logique de brutalisation de la vie politique conduit à justifier la mort de Quentin. Et après même la mort de Quentin, vous avez aujourd’hui des ténors de cette formation politique qui expliquent que c’était logique."
"Je n’ai jamais changé d’avis. Je l’ai toujours dit. Pour ma part, j’ai toujours assumé clairement que je ferais, à chaque fois que je le devrais, barrage contre l’extrême gauche, contre la France insoumise et contre tous ceux qui sont prêts à s’allier avec la France insoumise. Parce que ce qui menace aujourd’hui ce pays, ce n’est pas seulement l’extrême gauche. C’est la tolérance envers l’extrême gauche de beaucoup de forces politiques qui sont prêtes à voter avec elle quand l’opportunisme l’exige."
Jean-François Achilli : Ce n’est plus ce qui était dit du Rassemblement national. À vos yeux, désormais, le vrai danger, ce n’est plus le RN, c’est la France insoumise ?
François-Xavier Bellamy : "Le danger prioritaire pour la France, évidemment, c’est la France insoumise. Et pardon, mais tous ceux qui nous ont expliqué qu’il fallait faire des fronts républicains contre le Rassemblement national, s’ils ne voient pas que leur devoir est de lutter d’abord contre la France insoumise, montrent leur incohérence."
"Où est l’antisémitisme aujourd’hui ? Où se trouve l’antisémitisme qui a été la raison d’être de ce cordon sanitaire ? L’antisémitisme est évidemment aujourd’hui à l’extrême gauche. Il suffit d’entendre ce que disent aujourd’hui les dirigeants de cette formation politique pour comprendre où se trouve la réalité du danger."
Jean-François Achilli : Qu’est-ce que vous attendez de l’enquête ouverte par le ministère de l’Intérieur, qui a saisi la justice sur la possible reconstitution du groupe issu de la Jeune Garde, avec un Raphaël Arnault, le député LFI, qui ne s’est toujours pas exprimé ?
François-Xavier Bellamy : "Il était absolument nécessaire que cette enquête ait lieu. Nous étions prêts, nous aussi, à signaler à la justice le danger que représente ce mouvement qui, manifestement, n’a pas cessé de s’organiser malgré sa dissolution."
"Parce que la Jeune Garde, ce n’est pas seulement la mort de Quentin. La Jeune Garde, ce sont des dizaines d’agressions violentes au cours des derniers mois. La Jeune Garde, c’est — on parlait d’antisémitisme — une agression antisémite d’une violence inouïe contre un jeune de 15 ans dans un métro parisien, frappé parce qu’il avait le seul tort d’être juif. C’est ça, la Jeune Garde. C’est ça, l’extrême gauche. C’est ça, la France insoumise."
"Encore une fois, je le redis : tous ceux qui, dans ce pays, refusent d’ouvrir les yeux sur la menace que représente la France insoumise montrent par là qu’en réalité leur barrage républicain était d’une hypocrisie sans nom, qu’il est à géométrie variable."
"Némésis, c’est un mouvement de militantes féministes"
Jean-François Achilli : Ultime question. Vous seriez pour une dissolution de Némésis ? C’est demandé par certains leaders de gauche.
François-Xavier Bellamy : "C’est une plaisanterie ? Regardez ce qui vient de se passer et regardez à quel point la gauche est forte dans l’inversion accusatoire. Némésis, c’est un mouvement de militantes féministes. On peut, comme pour n’importe quel mouvement, être d’accord ou non avec les thèses qu’il défend. Mais Némésis est venu manifester en marge d’une intervention de Rima Hassan à Sciences Po, avec des slogans, des pancartes, avec des manifestantes désarmées. Et à cause de cette manifestation, l’extrême gauche a tué Quentin."
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